S’HABILLER COMME UN KINGSMAN : COMMENT ABORDER LE STYLE ANGLAIS

Cela fait un petit moment qu’on mûrit cet article, et pour cause Kingsman est une saga de qualité, tant sur le plan cinématographique que sur le plan stylistique. Pour tout vous dire, peu de films arrivent réellement à retranscrire un style authentique, en tenant réellement compte des us et coutumes d’un genre en particulier.

intérieure boutique kingsman

Inutile de se mentir entre nous, on y a tous songé ou fantasmé ! Je parle de revêtir l’une des tenues particulièrement élégantes d’un Kingsman.  Ces agents d’élites travaillant pour une agence de renseignement indépendante, sous couvert d’une maison de tailoring dont le film est mis en scène par Matthew Vaughn : le réalisateur de Kick Ass (on y retrouve la même façon de filmer les combats, qui est un délice), qui au passage est issu de l’aristocratie anglaise (donc il maîtrise plutôt bien son sujet).

Bien que pour certain cela semble trop audacieux à tenter, leurs tenues sont pourtant simples à aborder et surtout, elles sont particulièrement sophistiquées pour qui s’y intéresse de plus près ! Explications.

Le style anglais

Pour comprendre les codes qui régissent la tenue et les manières d’un Kingsman il faut revenir aux fondamentaux : ce qui fait un authentique gentleman. Un mot galvaudé, trop souvent utilisé pour définir un peu tout et n’importe quoi (tout comme le mot dandy). On va donc faire un petit détour sur les manières abordées dans le film, qui l’air de rien ont un véritable lien avec le style et l’allure que dégage une personne.

Il faut dire que ce n’est pas nécessairement un mal de revenir dessus. Par exemple, je ne compte plus le nombre de fois ou j’ai entendu dire qu’un gentleman était galant, ce qui est faux. À vrai dire, la galanterie est un comportement opportuniste destiné à séduire, exemple : vous ouvrez volontairement la porte à une dame en espérant que celle ci vous remercie afin d’engager la conversation . Le gentleman lui préfère la courtoisie : une attitude qui se qualifie par une politesse raffinée, mêlée d’élégance et de générosité.  Ainsi il ne se contente pas d’ouvrir la porte aux femmes qu’il trouve séduisantes mais à tous. Il ne pâlit pas non plus à l’idée de rendre service lorsque l’occasion se présente, tout cela sans jamais attendre quoi que ce soit en retour. Le malentendu étant dissipé, je me concentre désormais sur la définition du gentleman proposée par Kingsman.

illustration kingsman 2

(source : kingsmanners.tumblr.com)

Etre un Gentleman façon Kingsman

« Manners make the man » voici les mots que prononce Galahad  avant de retourner un pub en démolissant la demie douzaine de hooligans qui vient tout juste de l’insulter de gigolo. Des mots qui se traduisent en français par « ce sont à ses manières que l’on juge un homme ». Autrement dit selon Galahad, ce qui compte véritablement chez un homme, ce n’est pas son costume mais son comportement à l’égard d’autrui.

illustration kingsman

(source : http://kristihoi.com/kingsman-the-secret-service/)

Il évoque également plusieurs fois la notion de servir autrui, sans en attendre le moindre retour . Des attitudes qui participent à la construction intellectuelle et morale d’un gentleman . En somme ? Il n’est pas suffisant voire inutile d’être élégant et d’arborer un costume en bespoke,  si vous n’êtes pas d’abord noble d’esprit (selon les critères qu’il expose). Fondamentalement il n’envisage pas l’un sans l’autre, c’est une dualité indissociable ! Personnellement je suis tout à fait d’accord avec lui sur le fait que la noblesse d’esprit participe activement à l’allure et au style que nous présentons.

Naissance du costume contemporain

Petit rappel historique : il faut savoir que l’art tailleur est né en Angleterre. D’ailleurs, toutes les grandes maisons tailleurs actuelles, quelles soient françaises (Cifonelli, Camps de Luca,Smalto..) ou italiennes (Dalcuore, Caraceni, Rubinacci…) sont allées se former en Angleterre. C’est uniquement en retournant chez eux qu’ils ont ensuite mûri leurs propres écoles de style. Et pour cause, c’est à Londres qu’est né le costume tel qu’on le connait aujourd’hui !

C’est George Brummel (également appelé Beau Brummel) l’un des protégés du Prince de Galles et considéré comme le père du dandysme qui, dès le début du XIXe siècle démode le port du jabot et des multiples bijoux portés par les hommes. À la place il opte pour une veste et un pantalon, une chemise ainsi qu’une cravate ! C’est le début d’une hégémonie stylistique qui va durer un siècle et demi.

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Bref, on troque tous ces apparats et bijoux très bling  pour quelque chose de nettement plus épuré. L’idée c’est d’arriver à une tenue beaucoup plus sobre, dans les tons foncés. Ainsi,  on se refuse désormais à étaler ses richesses aux yeux des autres.  La tenue doit être sobre mais raffinée dans ses finitions (grâce notamment aux nœuds de cravates sophistiqués). C’est donc Brummel qui a institutionnalisé le port du costume, tel qu’on le connait encore aujourd’hui. Une manière de se vêtir particulière, qui va rayonner à travers le monde et donnera naissance à l’école du style anglais classique contemporain.

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L’understatement

Un mot intraduisible en français mais qui pourrait s’entendre de la manière suivante : s’habiller sobrement pour  mettre en avant la personnalité de son auteur, plutôt que sa richesse ou ses titres. Là encore on refait le parallèle entre élégance et manières qui forment une symbiose caractérisant le gentleman anglais dans son ensemble.

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Le style anglais est donc très épuré, sans fioritures. On évite l’ostentation à tout prix, à tel point d’ailleurs qu’autrefois, chez les aristocrates anglais, il était de très mauvais goût de porter des habits ou des souliers neufs. Cela faisait mauvais genre, nouveau riche (pour s’opposer à l’ostentation de la bourgeoisie industrielle du XIXe) et donc lorsqu’on venait d’acheter un vêtement, on le prêtait aux domestiques pour qu’ils le portent et l’utilisent afin qu’il vieillisse un peu avant de s’en servir soi même !

Pour tout vous dire, aujourd’hui le style anglais a un peu de mal à se renouveler. Il est considéré comme trop guindé, trop conservateur et a du mal à se transmettre auprès des nouvelles générations. À contrario du style français et du style italien qui reconnaissent un véritable regain d’intérêt auprès de leurs jeunesses respectives mais c’est un autre sujet.

S’habiller comme un Kingsman

Maintenant on passe à la partie style ! Dans cette deuxième partie de l’article je vais vous disséquer quelques unes des différentes tenues que portent les Kingsmen durant leurs périples. Bien sûr on va commencer avec le costume ! Mais, il y a également deux trois autres pièces très intéressantes qui méritent qu’on s’attarde dessus. L’idée, c’est de cibler l’essentiel qui caractérise chacune des tenues et de vous décrire ce que cela apporte en termes de style.

LA TENUE FORMELLE KINGSMAN

On commence avec ce qui fait notre cœur de métier chez Jamais Vulgaire : La tenue formelle. Dans la plus pure tradition du style anglais, elle est composée des pièces suivantes : cravate, chemise, costume, richelieu et pochette ! Dans cette section on va s’en tenir aux pièces iconiques du vestiaire british, à savoir les Oxford, le costume croisé et la cravate club.

« Oxford not brogues »

Une phrase que l’on entend dans le premier volet de la franchise. C’est un code secret utilisé par Egsy pour échapper à la justice au tout début du film ! C’est un adage qui signifie la chose suivante (en français) : On ne porte que des Oxford (richelieu sans perforations) pas des « brogues » (richelieu avec perforations) qui sont considérées comme casual. Bon c’est un peu un peu vieux jeu mais c’est tout le charme de la chose et c’est pour vous dire à quel point le style anglais est conservateur. Un adage du même titre que « No brown in town » qui signifie que seuls les souliers noirs sont admis en ville, le marron étant exclusivement réservé à la campagne. Des codes qui font plus ou moins sens aujourd’hui, avec lesquels on a pris quelques libertés. (je vous invite pour approfondir à consulter notre infographie sur les chaussures formelles )

Oxford

Un élément de style important car c’est la paire de soulier la plus formelle possible. De plus, c’est une pièce très sage qui permet aux autres pièces fortes de pouvoir s’exprimer ! Car un costumé croisé à rayures (une pièce qui a un caractère très affirmé) avec des chaussures patinées ça serait considéré comme trop ostentatoire.

Prise de risque : 0/10 Un basique incontournable de la garde robe formelle, mais également la pièce indispensable lorsque vous vous rendez à un entretien (sauf certains milieux pro).

Le costume croisé à rayures

LA pièce emblématique du kingsman. Une pièce forte qui semble vraiment difficile à porter en dehors du film de Matthew Vaughn. On parle d’un costume croisé avec un motif de caractère (mais pourtant classique dans le formel anglo-saxons) : la rayure craie (donc bien fondue).

costumé croisé Kingsman

Généralement portée sur une flanelle (pour encore atténuer le contraste induit par les rayures) ce costume aux revers larges semble impossible à porter pour beaucoup de personnes. Pourtant le tour de force réalisé dans Kingsman c’est qu’il est porté avec des pièces très épurée et sobres qui viennent calmer le rendu de la tenue : les Oxford noires et la chemise blanche unie servent à cela. En plus, porté avec une cravate club, ça permet de proposer un petit jeu de rayures bien maîtrisé car de différentes dimensions.

Mon conseil pour réussir à porter cette pièce ? Commencer par porter un costume croisé uni. Plus simple à aborder, il vous mettra en confiance pour ensuite pouvoir porter le croisé à motif avec assurance. Car si vous n’êtes pas sûr de vous, l’effet n’y sera pas. Je le répète très souvent car on note une réelle différence entre quelqu’un sûr et à l’aise dans son costume et quelqu’un qui a l’impression d’être un clown pas à sa place. (on vous en dit plus dans notre guide des costumes)

Prise de risque : 8/10 Une pièce délicate à présenter mais qui peut vous conduire au sommet de l’élégance sartoriale.

On a eut la chance de tester un costume croisé chez Maison Pen, complètement dans ce style.

La cravate club

Motif originaire des cravates de régiments britanniques dans les colonies, qui affichaient les couleurs de leur garnison: une fois revenus en Angleterre, les soldats portaient fièrement leur cravate comme signe d’appartenance. (on vous en explique plus dans notre guide sur les cravates et leurs motifs)

cravate club

Désormais très courante dans les milieux d’affaires américains et anglais (ou l’on porte peu de cravates unies) elles sont pourtant nettement moins communes en France. C’est fort dommageable car c’est un motif élégant, facile à porter et qui peut venir jouer subtilement avec les rayures de votre chemises (à conditions quelles ne soient pas de même dimension).

Dans le cas de nos agents d’élite, rien de plus normal que d’arborer une telle pièce pour un British ! En plus ça match vraiment bien avec le costume à fines rayures. En dehors de cela, c’est une cravate qui peut facilement se porter dans n’importe quelle tenue formelle et même dans une tenue casual habillée avec une veste sport.

Prise de risque : 2/10 Pour ceux à qui elle fait envie, foncez !

LA TENUE CASUAL KINGSMAN

La veste cirée

De prime abord, j’ai cru qu’il s’agissait d’une veste Barbour, le symbole même du gentleman farmer, toujours élégant même lorsqu’il doit braver les éléments en dehors de la ville. Pourtant, c’est notamment le col, ici en cuir d’agneau au lieu d’être en velours, qui nous donne un indice déterminant sur la provenance de la veste, à savoir Mackintosh, une maison anglaise tout aussi émérite.

Tartan Blackwtch Kingsman

Le coton ciré est également très différent de l’olive uni classique que l’on retrouve sur ce genre de veste d’ordinaire. Il s’agit d’un célèbre tartan écossais, le Blackwatch. Un tartan est une étoffe qui représente les couleurs des célèbres clans écossais, qui s’en servaient pour se différencier entre eux. Le plus connu étant le tartan Burberry (très clair), tandis que le tartan Blackwatch est beaucoup plus foncé.

Encore une preuve de l’importance de l’étiquette dans les traditions sartoriales anglaises. Si ce motif a tout-à-fait sa place sur une veste cirée portée dans une tenue plus décontractée, elle n’a pas sa place dans un contexte business. Elle est portée par Merlin avec une prestance impressionnante !

Prise de risque : 6/10 Un motif de caractère pas facile à porter mais qui apporte une vrai touche virile et sophistiquée à qui s’en emparera.

 

LA TENUE DE SOIRÉE

Puisque le réalisateur n’aime pas faire les choses à moitié, il est allé jusqu’au bout du style en nous éblouissant une dernière fois avec un smoking (ou tuxedo ou encore dinner jacket selon que vous soyez anglais ou américain). Honnêtement c’est probablement ma partie favorite de l’article parce qu’aucun membre de l’équipe Jamais Vulgaire n’oserait porter une telle perfection, tant elle réclame d’assurance et d’élégance. C’est la pièce que peu de gentlemen au monde peuvent un jour espérer porter avec brio.

La veste de smoking orange

Une fois encore nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Dans le deuxième opus, Egsy nous fait grâce d’une dinner jacket en velours orange ! Une pure folie qui vient démolir toute idée de conservatisme et d’étiquette (on reconnait la patte rebelle de Matthew Vaughn). D’ailleurs c’est une pièce qui n’ira qu’à un jeune  homme aussi impétueux. En effet, je doute que Colin Firth (aka Galahad) puisse la porter avec autant d’aisance que lui.

Dinner jacket Kingsman

Ici, on comprend que lorsque vous maîtrisez parfaitement vos codes (en particulier les codes des tenues de cérémonie), vous pouvez aisément les manier à votre convenance. Attention tout de même, j’entends souvent dire « oui mais moi les codes je m’en fiche je fais comme il me plaît » ce genre de réplique on oublie car c’est rarement une bonne idée quand on ne maîtrise pas son sujet. On a déjà vu des vestes de smoking issues de la même matière mais dans des tons différents comme le bordeaux, le violet ou encore le vert … Des tons bien plus foncés en somme et qui pourtant sont déjà des couleurs très audacieuses pour ce type de registre très codifié. Disons que si on prenait un tissu plus clair qu’orange on passerait du statut de dandy flamboyant à celui d’endimanché furieux.

Prise de risque : 10/10 Même nous à la rédaction on ose pas. Honnêtement nous pensons que cette pièce appartient à Egsy et à personne d’autre. C’est d’ailleurs tout le charme de Kingsman et du style anglais, on ne peut pas tout porter !

 

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jamaisvulgaire
Invité
jamaisvulgaire

Drake’s et Shibumi peut être ?

Gustave Uhlig
Invité
Gustave Uhlig

Bonjour Aurélien ! Je suis d’accord avec Valéry pour les marques évoquées, j’ajouterai également French Coconuts : Une enseigne française qui démarre tout juste dans la cravate et qui propose plusieurs cravates club aux finitions ultra poussées (on ne fait pas mieux)

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