L’AIGLON : LA MUTATION D’UN SAVOIR-FAIRE CENTENAIRE (+ TEST DE LA LIGNE ARCOLE)

Pour les quelques personnes qui ne l’auraient pas encore remarqué, le mois de février aura vu passer plusieurs articles qui traitent de maroquinerie sur JamaisVulgaire. Promis, on vous laisse un peu tranquille sur le sujet après cet article !

À vrai dire, cela faisait quelques temps que nous n’avions pas abordé les accessoires de maroquinerie, mis à part un article sur la marque Leo et Violette début janvier.

Vient un matin ou nous prenions un café avec Valéry, durant lequel le sujet est arrivé sur la table : “Tu connais une marque qui propose de beaux briefcase (porte-documents pour les chauvins), bien qualitatifs et dont le prix n’est pas exorbitant?” Après quelques secondes de réflexion, le nom de l’Aiglon est rapidement sorti.

Dans ma série “le cuir, ça déchire”, je vous propose de terminer avec une marque qui, malgré un héritage plus que centenaire, a vu l’année 2016 comme un nouveau départ. Vous pourrez également découvrir la nouvelle ligne “Arcole”, qui sera disponible au début du mois de mars.

I : L’HERITAGE DE FRANÇOIS BAYON

  1. Un aigle bien attaché

Avez-vous bien suivi vos cours d’histoire à l’époque du collège ? Si c’est le cas, “l’Aiglon” devrait vous rappeler quelque chose.

Comme cela est toujours indiqué à la suite de la marque, l’Aiglon a été crée en 1889. Alors que la période était particulièrement belliqueuse sous la troisième république française, François Bayon, alors tailleur militaire de profession, imagine une ceinture à la fois pratique et innovante : la ceinture tressée élastique (c’est tout de même plus classe qu’Hugo Boss et ses uniformes pour les SS).

Les ceintures sont un succès, la création d’une marque pour les commercialiser est alors logique. Ce fervent bonapartiste choisi d’orienter son image autour de l’aigle impérial, et fini par la nommer en référence au fils de Napoléon 1er, surnommé l’Aiglon.

Avec un produit révolutionnaire pour l’époque, la marque ne cessa de prospérer jusqu’aux années 70 du siècle dernier, armée de sa ceinture tressée et de ses bretelles, développées sur le même principe.

  1. Diversification et nouvel élan commercial

Alors que tout se passait bien pour l’Aiglon durant près d’un siècle, une période de déclin commence pendant les années 80 (il faut dire que les deux décennies qui suivirent furent très tristes pour la mode). C’est alors que s’enchaîne une série de rachat, de fusion, et autres petits plaisirs liés au monde de l’entreprise.

En 1987, Dominique Vigin prend les commandes de l’Aiglon en rachetant l’usine historique de la marque (à Avrillé dans le Maine-et-Loire), puis deviendra par la suite “Collaert l’Aiglon”, suite à sa fusion avec la firme, alors spécialisée dans la production de ceintures en cuir pour des marques prestigieuses sous licence, telles que Balmain, Azzaro, Lanvin et d’autres.

C’est en 2009 seulement que la première boutique de la marque, ouvre ses portes en plein cœur du quartier de la Madeleine de Paris (120 ans d’existence, il fallait bien que ça se fête !)

  1. Des ceintures, en passant par le portefeuille et le sac en cuir : une gamme élargie

Redynamisée par cette période de transition, la marque profite alors de son savoir-faire historique, mêlé à celui de Collaert, pour lancer une production plus vaste d’accessoires.

Durant ces dernières années, l’Aiglon proposait donc 3 gammes de ceintures :

– La ceinture tressée, cousue et montée main à 100% dans l’usine historique, avec une boucle en cuir gainée encore une fois à la main.

– Vient ensuite la ceinture “tendance”, déclinée dans plusieurs types de cuirs, et plusieurs coloris.. Il y en a pour tous les goûts !

Pour terminer, l’impériale (tadamm ..) : c’est la gamme luxe de la marque, pour laquelle on retrouve les matières les plus nobles (veau pleine fleur, caïman..).

Concernant la petite maroquinerie, un des produits star de l’Aiglon est son porte-carte, annoncé comme “un des plus fin au monde” : il permet à son possesseur d’y insérer jusqu’à une vingtaine de cartes de crédit, de fidélité ou autre, grâce à un système d’agencement entre les cartes, breveté par Pascal Morand. Malin l’Aiglon.

Après un rachat en 2010 de l’entreprise de maroquinerie italienne Mova, l’Aiglon acquiert tout le savoir-faire nécessaire à la création d’une ligne de sacs pour hommes : Porte-documents, besaces, cartables, ou encore sacs 48h… L’offre est importante en terme de coloris (hors des classiques marrons et noirs, on peut notamment trouver des bleus électriques et des oranges vifs), mais également en terme de matières (avec du cuir de veau, ou du cuir de vachette lisse ou foulonné).

  1. Une nouvelle direction pour une nouvelle vision

Avec l’arrivée de Bruno Jourd’hui à la direction artistique de l’Aiglon, le renouvellement identitaire de la marque est en marche. Également Directeur Général de la Maison Boinet (autre grand spécialiste français de la ceinture), l’ambition autour de la création d’un nouvel univers pour la marque est annoncé.

Après avoir rencontré Franck Sebille, le nouveau responsable commercial de l’Aiglon, j’ai pu constater que la marque est en complète mutation. L’héritage acquis tout au long de ces décennies n’est pas pour autant mis aux oubliettes, mais l’arrivée d’une nouvelle équipe dépoussière les ailes de l’aigle.        

Concernant la distribution, le renouvellement est de mise : la marque possède déjà un grand nombre de retailers, mais elle compte dorénavant sur un partenariat et des implantations avec les boutiques les plus cossues de l’hexagone, et également aux États-Unis (où elle a ouvert un bureau il y a peu), pour une orientation plus luxe. 

  1. Iena, Wagram et Arcole..

Il s’agit des noms des trois nouvelles collections de maroquinerie de l’Aiglon… Si encore une fois vous avez de très bonnes références en histoire, vous remarquerez qu’il s’agit de 3 batailles de l’époque napoléonienne.

Si ces références rappellent des batailles d’un autre temps, c’est bien cette notion d’héritage sur laquelle l’Aiglon ne souhaite pas surfer.

J’ai pu comparer les pièces de maroquinerie qui existent déjà dans la collection de la marque avec les nouvelles, et cela n’a rien à voir. Les lignes sont plus simples, plus épurées, les matières sont plus nobles. Bref, tout est “plus”. 

Niveau visuel, il n’est pas sorcier de voir que ces trois lignes n’ont pas grand chose en commun : Iena est la ligne business de l’Aiglon. Avec son design plus structuré et épuré de toutes fioritures, elle se distingue par son aspect élégant et fonctionnel. Le tout est réalisé en cuir Saffiano (cuir de veau robuste qu’on retrouve très souvent chez Prada et Michael Kors), et sera disponible en noir, jais et ardoise pour rester dans des tonalités plus sobres.

La ligne Wagram, c’est un peu l’originale de la bande : elle joue beaucoup plus sur les matières et le design que ses deux consœurs. Niveau matière, on a le choix entre un cuir lisse noir ou un cuir lisse encre, complété par une toile de lin couleur mastic. L’effet tressé de la toile de lin semble être une référence directe au tressage des ceintures cher à la marque.

Dernière ligne que vous trouverez dans les jours qui viennent chez l’Aiglon, et celle que j’ai testé pour vous : la ligne Arcole.

II : TEST DU PORTE-DOCUMENTS DE LA LIGNE ARCOLE

  1. Une collection qui mélange “casual friday” et raffinement

J’ai testé pour vous une bonne partie de cette fameuse ligne Arcole. Alors que la Iena est résolument business, et la Wagram joue sur le bi-matière, la ligne Arcole vient se mettre au beau milieu : c’est la smart casual (ou casual chic comme le nomme la marque).

Disponible dans des coloris plus “classiques”, à savoir le noir, l’ébène et le havane, cette collection se trouve quelque part entre business et décontracté. En d’autres termes, elle est parfaite pour un jeune trentenaire dynamique qui fait attention à ce qu’il porte.

Sur toute la ligne, le cuir provient de tanneries italiennes, pour ensuite être assemblé… au Maroc. Je vois déjà venir les aficionados du made in France crier, mais dans le cas présent, il y a de quoi se justifier. En effet, sur des pièces volumineuses telles que le porte documents et le 48h, si la production était faite dans un atelier français, les prix seraient proches du double. L’idée de l’Aiglon n’était pas de faire une ligne qui touche le millier d’euros, mais quelque chose de plus abordable, tout en ayant un niveau de confection et de finition plus que raisonnable.

  1. Le porte-documents

C’est une des pièces qui est chère à la marque. Le porte-documents est l’accessoire de maroquinerie indispensable de l’homme actif qui a besoin de transporter ces papiers, son ordinateur et ses effets personnels, tout en alliant pratique, élégance et légèreté. Là dessus, l’Aiglon ne s’est pas trompé.

En terme de design, on se retrouve sur un grand classique qui est difficile à renouveler, sans qu’il perde sa définition même du porte-documents. Cela dit, je trouve que la marque a bien su réinventer cette pièce, avec un joli cuir de vachette grainé (foulonné pour les intimes). Le rendu est très agréable visuellement, peut-être plus sophistiqué qu’un cuir lisse; de même pour le toucher qui s’avère être plutôt moelleux.

Ce que j’apprécie beaucoup sur cette pièce, c’est également les bandes présentes des deux côtés du sac, partant du bas pour rejoindre la base des poignets. C’est sans aucun doute cette partie du design qui rend la pièce unique et reconnaissable.

Pour rappeler le savoir-faire originel de la marque, et notamment les boucles des ceintures tressées mains entièrement gainées de cuir, le designer a choisi d’en faire de même sur les poignets du sac et le rend ainsi plus harmonieux.

Côté finitions, rien à redire : les coutures semblent solides, régulières et bien resserrées. Vous pouvez aussi bien porter le sac à la main si il n’est pas trop lourd, ou grâce à une bandoulière qui s’avère être assez confortable (pour avoir eu un sac en cuir à bandoulière pendant toutes mes années de fac, mes épaules s’en souviennent..). Il est bien sûr possible de détacher cette dernière si vous transporter le porte-documents à la main. Pour cela, la marque a choisi un système de blocage à double arrêt que je n’avais encore jamais vu. Niveau solidité, je ne m’inquiète pas le moins du monde, et niveau esthétique, c’est plutôt bien vu.

(Désolé pour la qualité de cette image, photographier l’intérieur d’un sac n’est pas chose facile..)

Pour terminer avec l’intérieur du sac : On trouve d’un côté une grande poche zippée, dans laquelle iront sans doute vos clés, cartes et autres petits objets. De l’autre côté, il existe une séparation qui servira à glisser un ordinateur portable (dans la mesure ou les deux bords sont renforcés en cas de choc). Contre la partie extérieure de cette séparation, on terminera avec deux petites poches à stylos, ainsi que deux poches un peu plus grandes. Le tout (séparation et poches) est surmonté d’un liseré de cuir, de manière à conserver une bonne solidité sur le long terme.

  1. Et dans un look, ça donne quoi ?

J’ai tenu à choisir un style qui est plus ou moins à l’image de la ligne Arcole, à savoir quelque chose de smart casual (bon, c’est un peu la manière avec laquelle je m’habille tous les jours). J’ai hésité avec le port d’un costume, mais cela irait mieux avec la collection Iena qui est plus “business”.

Pour ces clichés, j’ai choisi d’arborer un teddy en laine avec manches en cuir, sous lequel on retrouve un pull en laine noir classique. Pour terminer, un pantalon en laine super 120’s vient se poser sur une paire de brogues noires cirées.

(Photos par Laura Belconde)

III : TEST DU SAC 48 HEURES (+ TROUSSE DE TOILETTE)

Après avoir emmené votre porte-documents partout avec vous durant la semaine de travail, vient le week-end. Vous avez booké des billets pour sortir de la grisaille parisienne, et passer deux jours de repos en campagne ou à la plage.

Pour cela, la marque a crée un sac 48h permettant d’insérer le nécessaire pour un week-end, et d’y ranger également la trousse de toilette qui va avec !

  1. Le 48 heures

Même collection oblige, le sac 48h est très proche du porte-documents en terme de matériaux et de finitions. Le but n’est pas d’emporter une armée de vêtements et autres accessoires pour un voyage, mais plutôt d’y insérer une paire de chaussures de rechange, et une ou deux tenues complètes et les accessoires qui vont avec.

On reste sur un cuir de vachette foulonné d’origine italienne, et une production marocaine. Au niveau du design extérieur, cette couleur que la marque appelle “ébène”, est très facile à marier avec votre tenue. Le petit twist, tout comme pour le porte-documents, est crée par la présence des bandes bleues marine qui courent de la base aux poignets du sac.

Seule une poche ouverte vient se poser à l’extérieur du sac, et vous permettra d’y insérer vos billets de trains. Évitez cependant les objets précieux tels qu’un portefeuille ou votre téléphone.

Une fois de plus, le niveau de finition est remarquable. On retrouve la fameuse boucle gainée en cuir chère à la marque. Les coutures semblent proprement réalisées, et le cuir m’a l’air d’être vraiment solide. Sans la présence de bandoulières sur ce modèle, il n’est de toute façon pas conseillé de remplir le sac d’objets trop lourds. Si vous suivez le principe d’un 48h, je ne m’inquiète pas pour la durée de vie du sac.

Évidemment, ne vous attendez pas à une multitude de rangements dans une telle pièce de maroquinerie : le but du 48 heures est avant tout d’être pratique, et de ne pas perdre de place pour y mettre les vêtements qui vous accompagneront en week-end. L’intérieur du sac est revêtu d’une doublure en toile bleue marine. Seule une poche latérale intérieure est présente, pour ranger quelques petits objets que vous n’avez pas envie de chercher au fond du sac.

  1. La trousse de toilette

Ne vous y trompez-pas : elle n’est pas comprise avec le sac 48h lors de l’achat, quand bien même leur utilisation se marie très bien. La trousse de toilette est le parfait accessoire à prendre avec vous en voyage si vous souhaitez évitez de faire comme moi, c’est à dire, chercher votre brosse à dents ou votre crème hydratante dans tous les recoins d’un sac ou une valise.

À l’instar du sac 48h, on retrouve la couleur ébène de la collection Arcole, ainsi que le cuir de vachette grainé. Pour tout vous dire, j’ai rarement vu une trousse de toilette aussi solide !

Une fois n’est pas coutume, les finitions sont parfaites. On trouve de nouveau la boucle gainée en cuir, qui vient se poser à la base d’une hanse, permettant ainsi de tenir fermement la trousse. Il existe également une poche zippée sur l’extérieur qui permet un petit rangement supplémentaire.

Concernant l’intérieur, on retrouve la toile bleue marine présente dans le sac 48h. La poche zippée est également de la partie, pratique pour séparer sa brosse à dent du reste de vos produits.

Pour conclure à propos de la trousse de toilette, il s’agit là d’un joli petit objet que peu de marques spécialisées dans la maroquinerie présentent. Elle trouvera une parfaite utilité en complément du 48h si vous partez en week-end avec le nécessaire.

  1. Idée de look

Pour respecter le principe de la collection Arcole, j’ai choisi une fois de plus un style assez smart casual, avec une forte prépondérance du bleu marine (pour reprendre les bandes contrastées du sac).

(Photos par Laura Belconde)

IV CONCLUSION

Pour être totalement franc, je connais la marque depuis seulement quelques mois, lorsque Valéry a brièvement parlé de leurs ceintures tressées à la main dans un article précédent. Après avoir fait un tour à la boutique du quartier de la Madeleine, j’ai tout d’abord été agréablement surpris par la qualité des produits, pour être ensuite charmé par le professionnalisme des personnes que j’ai eu l’occasion de rencontrer.

Je pense que l’Aiglon a toute la légitimité nécessaire pour gagner en reconnaissance. Le savoir-faire plus que centenaire a su tomber dans les mains de personnes réalistes, qui préparent aujourd’hui des collections à venir qui bousculeront le monde de la maroquinerie française.

Pour terminer avec la question épineuse du prix, vous trouverez le porte-documents à 400 euros prix retail. Le sac 48h sera présenté au prix de 480 euros, pour terminer avec la trousse de toilettes à 140 euros. Et entre nous, le prix est plus que justifié qu’il s’agisse de la qualité du design, du cuir lui-même ainsi que du niveau de finitions.

En attendant une sortie qui ne saurait tarder, je vous invite à jeter un oeil au nouveau site de l’aiglon en cliquant ici.

3 réflexions au sujet de “L’AIGLON : LA MUTATION D’UN SAVOIR-FAIRE CENTENAIRE (+ TEST DE LA LIGNE ARCOLE)”

    • Salut Geoffroy ! Il s’agit en réalité d’un trench relativement court, que j’ai acheté il y a maintenant un bout de temps (du genre 4/5 ans, et qui a bien survécu d’ailleurs). Pour la marque, il s’agit de Merc, mais j’ai des doutes quant au fait qu’elle soit toujours distribuée !

    • Salut Geoffroy ! Il s’agit en réalité d’un trench relativement court, que j’ai acheté il y a maintenant un bout de temps (du genre 4/5 ans, et qui a bien survécu d’ailleurs). Pour la marque, il s’agit de Merc, mais j’ai des doutes quant au fait qu’elle soit toujours distribuée !

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