NOBIS: UNE PARKA BIEN PRICEE QUE VOUS GARDEREZ 20 ANS

Y avait-il une pièce qu’on avait pas encore couverte sur JamaisVulgaire ? 

Pour avoir un aperçu complet de l’outerwear masculin, il était aussi nécessaire de tester la classique doudoune, conçue à la fois de matières nobles et de tissus techwear.

Dans l’optique du meilleur rapport qualité/prix possible, nous n’allions évidemment pas nous tourner vers Moncler ou autre Canada Goose: on vous a déniché une marque un peu plus confidentielle, Nobis.

On vous avait parlé de la parka Aim Experience il y a quelques semaines, la doudoune Nobis testée se destine un peu au même usage en terme de température, mais dans un positionnement plus premium (en particulier en terme de matières utilisées), et avec une longévité qui se compte en dizaine d’années.

Evidemment, on dépasse les usages standards en ville. Dans le contexte actuel de réchauffement climatique, il faut cependant aussi réfléchir à moyen et à long terme: vous l’avez bien remarqué, on constate des variations de températures de plus en plus importantes, qui vont dans un sens comme dans l’autre. S’il peut faire toujours 15 degrés fin Novembre (comme ça a été le cas sur ces derniers jours), l’inverse est aussi vrai et on peut s’attendre à des épisodes très rudes sur le milieu de l’hiver, y compris en ville.

On en est pas là, mais ça peut arriver (beaucoup) plus vite qu’on ne le croit.

Surtout dans les climats vraiment continentaux comme dans l’Est de la France, je me souviens encore de week-ends à -15 degrés à Reims lorsque j’y faisais mes études.

Si une bonne superposition de couches en laine/coton plus classiques  (ou un layering pour les connaisseurs) peut vous protéger, elle restera toujours beaucoup moins fiable, pratique et confortable qu’une grosse parka technique prévue pour des températures extrêmes. (et au bout d’un certain empilement de couches je ne suis pas certain que ça soit beaucoup plus élégant).

Disclaimer sur les photos: on a pu shooter de jolies photos de style en montagne pile au moment du coucher de soleil. On a par contre dû shooter les finitions en intérieur: désolé pour la qualité qui est légèrement moindre.

NOBIS: LE BON RAPPORT QUALITE/PRIX DANS L’UNIVERS DE LA PARKA PREMIUM

Plusieurs noms sont bien identifiés dans le domaine de la doudoune comme Canada Goose ou Moncler, il s’agit souvent malheureusement de produits d’image et de statut, pas forcément adaptés ni au climat ni au style urbain.

Il n’était donc pas facile de trouver une marque qui ne mise pas tout sur l’image, mais qui se concentre sur un produit premium qui soit polyvalent autant en terme de température que de style.

Et c’est justement ce que Nobis propose: à la base issus de chez Canada Goose, les fondateurs de Nobis se séparent de la marque en 2007 pour prendre une direction différente.

Au delà d’un produit avec un meilleur rapport qualité-prix, ils souhaitent aussi proposer des parkas qui s’insèrent dans un registre plus haut de gamme et urbain, en particulier à travers des coupes plus ajustées, sans changer les performances du produit en terme de protection du froid, de technicité et forcément de confort.

Cette image plus minimaliste et plus adaptée à la ville lui apporte un succès rapide, en particulier dans des points de distributions prestigieux comme Harrods, Harvey Nichols, Saks Fifth Avenue ou encore Les Galeries Lafayettes à Paris. Nobis est au total présent dans une quarantaine de pays.

L’UTILISATION DES MATIERES ANIMALES

Pour ses parkas, Nobis utilise des matières animales, notamment du duvet de canard blanc et de la fourrure de coyote. A l’heure où la question environnementale se pose de plus en plus, j’ai donc effectué quelques recherches sur le sujet:

Le duvet

Le duvet d’une parka est forcément un vaste sujet: je vais tâcher d’être le plus synthétique possible en ce qui concerne précisément cette parka. Nous sommes évidemment bien conscients que la tendance, dans des soucis de durabilité et d’écologie, est de remplacer le plus possible le duvet (qu’il s’agisse d’oie ou de canard) par du synthétique: le duvet conserve cependant des avantages exclusifs, et peut être produit dans un (relatif) respect de l’environnement.

Si vous voulez en savoir plus sur les avantages et inconvénients des uns et des autres, je vous encourage vivement à lire l’article extrêmement riche de BonneGueule sur le sujet. (prévoyez tout de même une bonne vingtaine de minutes devant vous, c’est technique et ça ne se lit donc pas en diagonal).

Le canard blanc canadien

Le duvet de canard blanc canadien provient de canard d’élevage: il s’agit donc d’un produit résiduel de l’alimentation, comme le cuir utilisé pour les chaussures. (c’est-à-dire qu’on ne tue pas les canards exprès pour leur duvet). Il s’agit aussi d’un produit résiduel en terme de revenus: un canard mature rapporte de 95 à 97% de son revenu pour la nourriture, et 3 à 5% pour le duvet.

Vous vous en doutez, le duvet d’un canard canadien s’adaptera plus facilement au froid que celui d’un canard d’un climat plus tempéré grâce à un pouvoir gonflant bien supérieur: le duvet de canard canadien est ainsi l’un des meilleurs sur le marché.

Une grosse partie du duvet vient par exemple de la région autour du lac de Brome (de nombreuses recettes se font à partir de ce canard là, il est particulièrement prisé pour le canard laqué).

Le label Downmark

Nobis source et traite son duvet en partenariat avec l’Association Canadienne du Duvet qui lui a décerné le label Downmark (un peu l’équivalent du label Woolmark, mais pour le duvet).

Ce label garantit:
– de bonnes conditions d’élevage et une sélection rigoureuse des oiseaux: il ne s’agit évidemment pas d’oiseaux plumés vivants ou gavés. (la plumaison à vif étant interdite dans la plupart des pays producteurs)
– un traitement rapide du duvet (la plume commence à se dégrader seulement 4H après son prélèvement)
– un tri rigoureux des flocons pour extraire efficacement les impuretés
– un processus ultra exigeant sur le traitement, le lavage et le transport du duvet.

Le duvet propose deux avantages de tailles par rapport au synthétique:
il a un pouvoir gonflant et prend donc initialement moins de place, la parka sera donc plus fine et mieux coupée
la durée de vie qui se compte en dizaine d’années: la seule condition est bien protéger le duvet de l’eau (il perd tout son pouvoir isolant au contact de l’eau), ce qui avec la membrane Sympatex imperméable ne pose a priori pas de soucis

Petit rappel: la différence entre déperlant et imperméable

Pierre de chez Nobis nous a rappelé la différence entre un tissu déperlant et un tissu imperméable: un produit simplement déperlant laissera l’eau s’infiltrer avec le temps, en effet il s’agit simplement d’un enduit qui a été appliqué sur le tissu (souvent sous forme de spray) pour permettre à l’eau de glisser dessus. Cet enduit s’efface souvent au premier lavage ou après quelques mois.
Dans le cas de Nobis, pour garantir l’imperméabilité de ses produits, on trouve une membrane Sympatex. Cette membrane (fine couche de plastique ultra technique) est rajouté en dessous du tissu extérieur. Elle bloque l’eau d’un côté et laisse circuler la chaleur dégagée par le corps de l’autre côté. Cette membrane est notamment visible à l”intérieur de la poche intérieur
Pour garantir ce côté étanche et donc protéger le duvet, toutes les coutures sont scellées grâce à du thermocollant à l’intérieur.  Il n’y a donc aucun risque que l’eau atteigne le duvet.

La fourrure de Coyote

Autant j’avais été convaincu par les conditions de production du duvet, autant j’ai été au début plus sceptique sur la fourrure de coyote en terme éthique. Quelques recherches m’ont cependant rassuré.

Comme vous le savez, les coyotes sont des animaux sauvages: le problème c’est que leur population est nombreuse et qu’on a une véritable prolifération de cette espèce en Amérique du Nord. On est donc très loin d’une espèce en voie de disparition.

Cette prolifération amène les coyotes à évoluer en dehors de leur cadre naturel et à s’attaquer au bétail, et aussi à se rendre en ville où ils s’attaquent parfois aux animaux domestiques. Des trappeurs posent donc des pièges afin de réguler cette population de coyote (en accord sur les normes internationales de piégeage sans cruauté (ANIPSC)).

Bref, on est donc loin d’une espèce menacée chassée uniquement pour sa fourrure: il s’agit ici d’une population nombreuse parfois piégée lorsqu’elle cherche à s’aventurer en ville ou qu’elle s’approche du bétail.

La fourrure de coyote des doudounes Nobis respecte les normes NAFA (North American Fur Auctions), le plus gros organisme de vente de fourrure en Amérique du Nord.

L’utilité de la fourrure

En ville, hormis pour des questions esthétiques et de confort, la fourrure sert à conserver la chaleur du visage. (ça se ressent en particulier lorsqu’on s’approche des 0 degrés).

Nobis conçoit cependant ses doudounes pour des régions de grand froid, où la peau est susceptible de geler instantanément (à -25 degrés): la fourrure autour de la capuche est une excellente solution pour empêcher l’air de pénétrer la capuche lorsque le vent vous fouette le visage. Si l’on est pas habitués au froid, c’est un raisonnement qui peut être valable à partir des -10 degrés

Maintenant que ces questions sont réglées, passons au test de la parka en elle-même.

TEST DE LA PARKA YVES

La membrane Sympatex

C’est la membrane Sympatex qui assure le côté déperlant et coupe-vent de la doudoune: on vous avait déjà parlé de Sympatex avec la parka Aim Experience. Comme tout vêtement technique, cette membrane est double-face pour laisser le corps respirer: elle est imperméable et coupe-vent à l’extérieure mais permet d’évacuer l’air depuis l’intérieur.

Outre ces propriétés bien utiles, la membrane n’en est pas moins agréable à l’oeil avec une jolie texture chevrons, qui donne un côté un peu plus authentique à cette pièce technique, tout en lui permettant de mieux prendre la lumière.

Les chevrons sont bien visibles sur cette photo, ainsi que le logo (au niveau du haut de l’épaule gauche). Bon point: il est plutôt sobre par rapport aux autres marques du même segment.

Elle dispose aussi d’un zip sous chaque aisselle avec un filet pour évacuer l’air chaud à l’intérieur pour ne pas transpirer:

A noter que même cette finition dispose d’un double zip, ça en dit long sur le sens du détail de la marque:

Made in China: “C’est en forgeant qu’on devient forgeron”

Les doudounes Nobis sont produites en Chine, et (tout comme de nombreuses marques de luxe) ce n’est vraiment pas par souci d’économie. Si le Made in China n’a pas forcément bonne presse, on se rend bien compte de la qualité des finitions à travers des marques qualitatives comme SuitSupply ou Cotton Society, ou même à travers l’atelier chinois d’Atelier Mesures, testé l’année dernière.

Songez que l’expertise en confection de la Chine se compte en dizaines d’années, et que l’écart de compétences est à présent quasi-nul avec l’industrie européenne: les meilleurs outils de production se trouvent à présent en Chine.

C’est encore plus vrai dans le techwear, une niche textile vieille d’à peine 30 ans dans laquelle la Chine s’est engouffrée dès ses balbutiements. Sur un secteur comme le techwear, il n’y a donc qualitativement aucune différence de compétence entre une confection européenne et une confection chinoise: certains savoirs-faire propres au techwear n’existent d’ailleurs qu’en Chine.

La coupe

Evidemment, ce n’est pas un manteau qui se porte près du corps. Comme vous le savez, le duvet tient chaud en se gonflant face au froid. Il faut donc prévoir un certain espace pour que le duvet ne soit pas comprimé et puisse exercer tout son pouvoir isolant.  (songez de toutes façons qu’à -10 ou -15 degrés, même si elle est un peu ample, ça sera déjà une alternative bien plus élégante que de nombreux layerings mal faits).

Nobis taille normalement, vous pouvez prendre votre taille habituelle.

Les finitions

C’est ce que j’ai apprécié sur cette parka Yves: elle est plutôt minimaliste en terme de finitions, ce qui est bien plus adapté à un port urbain.

Des poches latérales à rabat boutonnées

Elles sont plutôt larges et profondes. L’ouverture est moins pratique qu’avec des boutons pressions mais le bouton a le mérite d’être assez gros pour que la poche s’ouvre relativement facilement, même lorsqu’on porte des gants.

Sous ces mêmes poches, on trouve d’autres poches zippées et doublées en polaires auxquelles on peut accéder par les côtés: des poches pratiques et bien confortables pour y ranger ses mains. On les appelle d’ailleurs poches “réchauffe-mains”.

Ce n’est pas forcément un acquis sur toutes les parkas, les ouvertures sur les côtés sont parfois trop difficilement accessibles (car trop basses, ou trop sur les côtés).

Les poignets mitaines

Les bords côtes de cette parka se prolongent en fait en mitaines pour les mains, ce qui est bien pratique si on a oublié ses gants. (surtout combiné aux poches latérales et à leur doublure polaire).
Seul regret: le tissu est un peu trop épais pour pouvoir porter la mitaine sous des gants. (en tout cas des gants de ville un peu habillés, comme ceux d’Atelier Particulier que nous avons testé semaine dernière). Ils n’empêchent par contre pas de porter par dessus des gants plus utilitaires et moins fittés.

La capuche

Elle est extrêmement étonnante de par ses dimensions: elle est en fait largement assez grande pour envelopper toute la tête, visage compris. Difficile donc de s’empêcher de faire référence à South Park.

En terme de profondeur, elle est réglable via la sangle arrière:

L’ouverture de la capuche se règle quant à elle via des cordons de serrage de chaque côté:

La fourrure quant à elle est amovible:

J’aurais aimé que la capuche soit amovible pour plus de polyvalence en terme de style, mais il faut admettre que ce n’est pas vraiment la finalité de cette parka qui est avant tout conçue pour faire face aux grands froids.

La capuche est doublée en duvet: vous n’aurez donc pas besoin de porter de bonnet avec.

La fermeture

Il s’agit d’un zip ultra robuste avec une fermeture double pour la liberté de mouvement (c’est bien utile en vélo). Grosse particularité: le zip remonte en fait assez haut et le col peut ainsi recouvrir quasiment tout votre visage.

Un double zip robuste et irréprochable

Par dessus ce zip, on trouve une bande aimantée, doublée en polaire: personnellement, j’utilise très peu la fermeture zippée et très souvent cette bande. Elle permet de fermer votre parka quasi instantanément, sans devoir vous embêter avec le zip, elle tient plutôt bien et elle suffit largement à vous isoler avec.

La fameuse bande magnétique avec doublure intérieure polaire

Bref, c’est un gimmick plutôt appréciable, qui tient mieux qu’il n’y paraît et qui suffit largement à fermer votre parka dans un usage purement urbain.

Les poches intérieures

C’est un peu là où ça pêche: on n’a qu’une poche intérieure en biais sur la gauche: c’est un peu léger. Je trouve également dommage que la poche ne soit pas située entre la fermeture éclaire et les bandes métalliques pour la rendre plus facile d’accès.

CONSEILS DE STYLE

Casual

J’ai opté pour le classique combo pull col rond, chemise et écharpe en laine et soie. Vu à quel point cette parka tient chaud, vous pouvez justement vous permettre une tenue plutôt casual chic et vous passer des vêtements vraiment épais.

La chemise est simplement en popeline (pas besoin de flanelle ultra épaisse) et le pull est un Paris-Yorker, pas foncièrement épais non plus. Le tissage est en revanche bien serré, il y a tout de même beaucoup de matière.

L’écharpe choisie n’est pas mon écharpe la plus chaude mais mon écharpe la plus habillée: la laine et soie de chez Atelier Particulier.

Formel

La parka Yves est prévue pour une utilisation urbaine pour des températures allant de -30° à 10°. La membrane Sympatex respirante permet à ce produit de s’adapter aux variations de températures. C’est une parka fréquemment achetée pour être portée par dessus un costume: la coupe assez large de la parka vous permettra de le faire sans soucis en laissant assez de marge aux épaules si votre costume a un peu de padding.

Nous n’avons pour l’instant pas pu faire de photos dans un cadre formel, nous y remédierons bientôt, dès que nous aurons un shooting parisien avec des températures plus rudes.

Pour donner un côté plus minimaliste et sobre à votre parka, pensez juste à retirer la fourrure de coyote autour de la capuche.

CONCLUSION

A 1000 euros (enfin 999 euros 😉 ), ça fait forcément un peu peur car c’est un sacré investissement. Il faut cependant le voir sur la durée: c’est une parka que vous pourrez facilement conserver de 15 à 20 ans en la réservant au grand froid, et à condition de bien préserver le duvet de l’eau (sachant qu’il est déjà tout de même bien protégé par sa membrane Sympatex).

Le prix au regard de la pièce en elle-même, de sa matière première (duvet premium et fourrure de coyote) et de sa fabrication reste au final très raisonnable, surtout comparé à des marques comme Moncler ou Canada Goose, où l’on paie bien plus pour l’image de marque.

En terme de confort, ça change en tout cas vraiment la vie de pouvoir enfiler cette parka sans réfléchir dès qu’on passe sous les 5 degrés et de pouvoir être au chaud avec même une simple chemise en dessous.

Au niveau du style, la marque a clairement fait du mieux qu’elle a pu pour obtenir une pièce polyvalente et urbaine: n’oubliez tout de même pas que sa vocation est avant tout utilitaire.

Enfin et c’est excessivement rare, Nobis est la seule marque de parka que j’ai pu trouver à concilier les avantages traditionnels du duvet et les caractéristiques techniques novatrices de la membrane Sympatex: un peu le meilleur des deux mondes.

Je vous recommande pour vous la procurer le site La Canadienne, qui vous propose dessus une garantie à vie.

 

Crédits photos en extérieur: Agence This is Why

 

 

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