LEPANTALON: DES BASIQUES A DES PIÈCES PLUS POINTUES ( TEST DU PANTALON FLANELLE AIR ET DU CHINO BLANC)

Au fur et à mesure qu’on observe le marché de la mode masculine, on repère des schémas assez courants. Les marques qui distribuent sans intermédiaire par exemple commencent toujours par des produits très basiques, sans prise de risque, et qui mettent souvent en avant le rapport qualité/prix plus que le style ou l’originalité.

Mais au fur et à mesure des années d’existence, l’offre s’étoffe et leur rôle devient souvent de guider leurs clients (alors déjà bien équipés en basiques) vers des pièces plus affirmées. La démarche pédagogique pour les présenter, et apprendre à bien les porter n’est d’ailleurs pas si lointaine de celle des blogs.

C’est notamment la démarche qu’a adopté LePantalon, avec des séries limitées régulières depuis environ un an: si la première (celle avec l’artiste Jisbar) allait particulièrement loin dans ce concept de style et d’originalité, elles se sont par la suite faites plus subtiles avec par exemple l’Illusionniste ou l’Intrépide).

On va justement vous parler dans cet article d’une pièce de ce genre, qui reprend tout l’héritage de la sprezzatura et de sa nonchalance caractéristique: le chino blanc en coton et lin.

I LEPANTALON: EVOLUTION DE LA MARQUE DEPUIS 2015

On vous avait déjà évoqué la marque en Août 2015: LePantalon était alors à l’époque la nouvelle marque sans intermédiaire du moment, qui se spécialisait alors comme son nom l’indique dans…le pantalon.

La marque proposait un chino dans un coton très qualitatif avec des finitions sartoriales (par définition qu’on retrouve généralement dans un pantalon de costume en mesure), le tout décliné dans quelques couleurs basiques.

Trois ans plus tard, la marque a fait son bonhomme de chemin et a notamment ouvert une boutique dans le Marais au 48 rue du Roi de Sicile.

Les produits

Les chinos sont confectionnés au Portugal dans un tissu teint en fil (et non plus teint en pièce): les fils sont baignés dans la teinture avant tissage, contrairement au teint en pièce où on baigne le tissu déjà tissé.

Les collections spéciales

Afin d’aller plus loin que les chinos classiques, LePantalon propose régulièrement des éditions limitées qui permettent de donner plus d’originalité et d’approfondir l”univers de marques mais sans prendre trop de risques.

Le premier essai: Jisbar

La première série limitée était réalisée avec l’artiste Jisbar, c’était sûrement la plus risquée de l’ensemble.

Ces séries ponctuelles se sont ensuite structurées en épisodes, avec des originalités plus subtiles qui se remarquent surtout à travers la texture:

Episode 1: l’Illusioniste

Un modèle sorti l’été dernier, avec une belle couleur d’été et une texture chevrons discrète:

Episode 2: l’Intrépide

Une toile plus épaisse et texturée, de 435g/m carré:

C’est surtout l’aspect armuré qui était intéressant

Episode 3: le Double Face

Celui-ci a la particularité de proposer un revers contrastant grâce à un intérieur coloré:

Collection spéciale: LePantalon x Dormeuil

Elle est réalisée en collaboration avec le drappier Dormeuil à partir d’une laine mérinos déperlante, et avec une belle texture bleu-grise.

Les nouveaux permanents et pièces saisonnières

LePantalon propose enfin des nouveaux produits de saison, avec pour l’été notamment des maillots de bain et des bermudas (et un chino en coton/lin qu’on va voir plus bas):

Et pour l’hiver des chinos en flanelles: d’une part des flanelles assez lourdes (340g/m carré).

Mais on trouve aussi le modèle Flanelle Air (que nous vous présenterons plus en détails dans quelques semaines): sa flanelle est plus légère (270g/m) et il se ferme à l’aide d’une ceinture élastique. (tout en laissant la possibilité de porter une ceinture grâce aux passants).

Au-delà de proposer des produits de saison, il fallait aussi proposer un produit alternatif pour compléter la gamme et qui soit toutes saisons, mais qui joue dans un registre un peu différent. C’est ici le rôle du chino sport, plus streetwear et plus confortable avec une coupe carotte.

Constat et réflexions sur la démarche

Vous le savez, au-délà de la simple proposition stylistique, j’aime aussi analyser en détails le modèle économique des marques testées pour vous présenter les tendances de fond.

J’observe toutes ces marques sans intermédiaires / en circuit court depuis leur création et celles qui réussissent font souvent la même chose:
– d’abord proposer une sélection réduite de basiques, vendue à très bas prix, en étant à peine rentable (ça coûte très cher d’acquérir un client)
– se constituer une base de clients importante, satisfaite du rapport qualité/prix et qui reviendra sans se poser trop de questions
– ensuite élargir sa collection et amener doucement cette base de clients vers des pièces plus travaillées: c’est aussi ce qui permet à la marque de devenir vraiment rentable en optimisant la LTV de chaque client. (ce qu’on appelle Lifetime value, c’est à dire ce qu’un client va dépenser en moyenne au total chez vous)

C’est une démarche très saine, à l’opposé des marques de luxe traditionnel qui elles viseront surtout à acquérir des nouveaux clients (vu le rapport qualité/prix la plupart du temps médiocre, pas sûr que les clients soient très fidèles) , et qui devront donc dépenser beaucoup plus en frais marketing et en publicité, d’où un besoin de marges plus élevées.

C’est en tout cas le chino en coton et lin que nous allons vous présenter aujourd’hui.

II TEST DU PANTALON EN FLANELLE AIR ET DU CHINO BLANC LE PANTALON (Mise à jour novembre 2018 par Gustave)

Pour ce test nous avions d’abord pris un pantalon blanc, dans une matière légère, idéale pour l’été et le mois de septembre. Pour la deuxième pièce que nous avons testé quelques semaines après, nous sommes partis sur un pantalon plus chaud (270 g/m) en flanelle de laine, plus adapté à la saison froide qui s’annonce.

Le pantalon flanelle air

Le concept “air” nous a  tout de suite séduit. L’idée ? C’est d’avoir un pantalon à l’allure formelle mais qui soit aussi confortable que votre jogging que vous portez le dimanche (le seul jour qu’on autorise à titre officieux, bien à l’abri des regards chez soi).

Une coupe semi-slim, une taille moyenne, on retrouve toutes les composantes d’un pantalon formel. La grande différence et l’originalité de ce modèle se situe sur le type de fermeture utilisée, il s’agit d’un cordon de serrage ! Oui, ce même cordon qui orne vos joggings si confortables qui vous habillent les jours de flânerie. Un cordon de serrage situé juste au dessus d’une fermeture éclair, ainsi votre pantalon a l’air tout à fait formel.

Pour tout vous dire, on peut tout à fait le porter en dehors de chez soi et l’intégrer dans une tenue stylée. Je n’en dis pas plus, on verra ça dans la partie conseils de style !

Le tissu

C’est un 100% laine de chez Vitale Barberis Canonico. Une belle flanelle de laine qui propose un micro motif gris et noir : beau et subtil, qui rend le pantalon original tout en restant formel. De surcroît, le micro motif est d’autant plus mis en valeur par la texture de la flanelle.

Les finitions

On retrouve la palette habituelle des finitions de qualité qui nous assurent d’une construction de qualité, en plus de ce fameux cordon de serrage.

-finitions en demi lune
-double patte de boutonnage
-finitions gansées
-doublure fleurie à la taille

On ne revient pas dessus, car nous en avons déjà parlé à de multiples reprises sur d’autres articles concernant Le Pantalon.

Le cordon de serrage

C’est la finition originale de ce pantalon qui fait tout l’intérêt de ce modèle. Elle est discrète et si vous portez un blouson ou un manteau les autres n’y verront que du feu et vous, serez particulièrement à l’aise dans votre pantalon “formel”. Comme c’est un 100% laine, inutile de tirer dessus, une simple boucle et le pantalon tient bien. On sent une vraiment différence avec ce système, qui est nettement moins rigide que les fermetures classiques type passants ceinture ou pattes de serrage. Vous pouvez même porter le cordon noué à l’intérieur de votre pantalon.

Conseils de style : Une tenue casual habillée facile à porter

Valéry s’est lancé dans une tenue décontractée tout en restant élégant. D’ailleurs il garde quelques codes du formel qu’il utilise afin de rendre sa tenue très efficace, notamment en termes de couleurs. Le pantalon s’insère bien dans la tenue car il génère du contraste avec la veste et avec la paire de double boucles. Comme vous pouvez le constater, les couleurs sont simples : du bleu marine, du gris et du marron : simple mais très efficace.

Si Valéry a préféré porter des couleurs simples en apparence, c’est surtout parce qu’il porte une paire de chaussettes rouges carmin affirmée. D’ailleurs vous remarquerez que le pantalon propose deux finitions formelles intéressantes : le revers pantalon marqué ainsi que le pli central ! Il est donc préférable d’opter pour des chaussures habillées plutôt que des baskets.

Le flanelle air est disponible ici à 138 euros.

Le chino blanc

1 Les finitions

On retrouve les finitions sartoriales classiques de la marque:
-finitions en demi lune
-double patte de boutonnage
-finitions gansées
-doublure fleurie à la taille

Nous n’allons pas forcément revenir dessus car on a déjà du en parler dans une bonne dizaine d’articles. Vous pouvez consulter le premier article sur Le Pantalon si vous voulez plus de détails dessus.

TLDR; Sachez en tout cas que les finitions proposées sont très bonnes pour le prix

2 La matière: un mélange du coton et de lin

L’intérêt de cette matière est d’avoir un tissu avec les propriétés thermiques du lin, qui évacue la chaleur et l’humidité comme aucun autre mais qui froisse très vite. (ce qu’il faut vraiment éviter sur un pantalon blanc)

Le coton remédie justement à cet inconvénient et permet d’obtenir un tissu qui tient mieux, froisse moins vite et se repasse plus facilement.
Le coton permet aussi d’adoucir le lin, parfois assez rêche.

Au porté, le tissu est très agréable, léger et respirant: on a une vraie impression de fraîcheur. (alors même qu’en 36 la coupe est encore assez slim)

Seul souci de cette matière: la transparence du tissu. Simple exemple: si vous portez une chemise foncée et que vous la rentrez dans le pantalon, ça va se voir au soleil.
Au niveau des fesses, on voit aussi légèrement les sacs de poches arrière en transparence.

Pour limiter ce désagrément, LePantalon a eut la bonne idée d’intégrer une doublure en viscose à l’entrejambe et au niveau du genou. Ce qui rajoute un vrai confort supplémentaire sans brider le côté respirant du tissu.

Autre inconvénient de ce blanc immaculé: il ne tolère évidemment aucune tâche et vous devez être vigilant à là où vous vous asseyez. Compliqué du coup de s’allonger négligemment dans l’herbe.
Attention évidemment aux tâches alimentaires: j’ai lors de la rédaction de cet article renversé de la sauce de carotte râpée sur l’intégralité du pantalon, ça devrait partir en y appliquant de l’eau de Javel avant le lavage. Je vous tiens au courant et vous ferai un avant/après.

3 La coupe

Un chino blanc est une pièce assez forte et pas facile à porter: une coupe sobre et des finitions minimaliste sont indispensables.
LePantalon l’a donc doté d’une coupe très simple qui arrive à mi taille (ni taille haute ni taille basse). N’hésitez pas à prendre une taille qui vous serre un peu au début: le mélange coton/lin comprend lui aussi 2% d’élasthane pour se détendre. (ça n’a pas rendu le chino moins frais ou moins confortable

4 Conseils de style

Aussi paradoxale que ça puisse paraître, j’ai considéré le blanc immaculé de ce chino comme une couleur forte. Pour conserver une tenue équilibrée, j’ai donc choisi de jouer sur d’autres aspects pour les autres pièces: la coupe, la matière ou la texture. Rajouter en tout cas une autre couleur marquante aurait donné un contraste trop fort et une tenue trop chargée.

Le bomber Gastby donne un côté travaillé grâce à sa coupe ainsi qu’à la texture de la matière. (une laine VBC légèrement nattée)
La chemise Cotton Society joue quant à elle sur la texture grâce à son tissu seersucker gaufré, elle rajoute aussi un motif rayé simple et qui contraste bien avec le blanc et le bleu. (on en parle également dans un test la semaine prochaine)

Désolé pour la qualité de cette photo prise au téléphone

 

Un gros défi du pantalon blanc, c’est qu’il se porte surtout en été, là où on privilégie des couleurs claires: l’idée est donc de porter une couleur claire en haut, qui doit suffisamment contraster avec le pantalon (on évite donc la chemise blanche).

Si vous êtes de petite taille, il ne faut pas non plus se démarquer totalement: un torse et des jambes qui contrastent trop donnent l’impression d’une plus petite taille. On a quand même ici une continuité en terme de couleur claire, mais un contraste qui s’affirme assez grâce aux rayures.

Enfin, les mocassins Sparkes et la ceinture Caulaincourt rajoutent une texture suédée classique qui s’insère bien dans cette tenue estivale. Ce genre de mocassins est justement idéal dans le registre décontracté d’un pantalon blanc.

Autres pistes à explorer

Dans un registre plus habillé et aussi plus sprezzatura, vous pouvez évidemment vous inspirer des italiens qui porteront davantage cette pièce avec des blazers déstructurés.

Andreas Weinas, un des instagramers menswear star, s’en sort aussi très bien:

Ou dans le style coréen, on peut suivre l’exemple de @thezanification. Les proportions sont en revanche plus caractéristiques du style (veste longue, pantalon taille haute):

CONCLUSION

LePantalon vise juste avec ce chino blanc en coton et lin: leur coupe semi-slim très basique convenait très bien à ce genre de pièce. On retrouve par contre forcément quelques défauts inhérents à cette couleur comme la transparence: LePantalon fait le nécessaire pour les corriger avec la doublure en viscose mais elle restera légèrement présente.

Ca reste en tout cas une pièce à acheter une fois que vous avez les basiques et que vous avez une garde-robe assez solide pour la porter.

Il est disponible ici à 89 euros

Note casual: 10/10
Note formelle: Ca peut s’intégrer dans une tenue habillée, mais pas dans une tenue formelle au sens business du terme
Prise de risque: 7/10
Rapport qualité/prix: 10/10 (on s’y retrouve aussi bien sur les matières que sur les finitions)

Merci à Alicia Hamet pour les photos

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