DR. MARTENS : DES WORK SHOES ANGLAISES A L’HEGEMONIE PUNK. HISTOIRE DE LA MARQUE + TEST DES BROGUES MORRIS.

Vous aimez le punk rock ? Moi franchement pas trop. Je n’irai pas cracher sur des légendes telles que les Sex Pistols ou encore The Clash, mais c’est pas vraiment mon truc. Comme dorénavant tout le monde le sait, chaque genre musical est souvent accompagné de son style vestimentaire bien à lui : Les rappeurs US et leurs vêtements larges (+ bijoux bling bling), le glam rock et ses pantalons en spandex (ou cuir) ou encore Stromae et le preppy ultra coloré.


On en revient au punk rock. Selon vous, quel est l’élément qui revient dans l’imaginaire collectif comme indissociable de ce mouvement musical ? La massive paire de boots Dr. Martens. Moi le premier, quand Valéry m’a parlé d’un test de la marque, je me suis déjà vu avec une de ces fameuses bottes au cuir épais et aux semelles increvables aux pieds. je me suis vite rendu compte que malgré les idées reçues, la marque à l’origine allemande (et oui, qui l’eut cru ?) avait bien plus à offrir, tant en terme de diversité de produits que dans une technique de fabrication hors pair.

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I . DE L’ORTHOPEDIE D’APRES GUERRE AU SUCCES MONDIAL.

 

a – Bien avant le mouvement punk, le Docteur Klaus Märtens et ses soucis orthopédiques.

Le mouvement punk rock est née dans les années 60, alors que la marque fût crée en 1947. Vous n’auriez pas tort de penser qu’il s’agit d’une marque anglaise, mais elle a tout d’abord été crée pour répondre à des problèmes orthopédiques avant de devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

Le docteur Klaus Märtens eut l’idée avec un ami ingénieur, de créer une semelle par un procédé alors révolutionnaire à l’époque, la soudure à chaud, et tout ça dans le but de soulager ses blessures de ski. Cette soudure permet alors de créer une poche d’air à l’intérieur même de la semelle, offrant un confort de marche inégalé. La première semelle à coussin d’air est née, et dans le même temps la marque, alors ortographiée « Dr Maertens », obtient très rapidement un vaste succès chez les sexagénaires dans l’Europe toute entière.

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Un plein carton de semelles Dr Martens, de quoi donner du baume au cœur des mamies allemandes des années 50.

 

b – Du foyer allemand au workwear britannique, il n’y a qu’un pas.

Et c’est en 1959 que la production de la marque devenue entre-temps « Dr. Martens » (histoire de lui donner un côté plut british) passe sous l’égide de Bill Griggs. L’Angleterre étant à cette période à son apogée industrielle, et ayant pu constater le succès de la semelle à coussin d’air, Griggs souhaitait alors offrir ce confort de marche aux ouvriers anglais. Naît alors la fameuse « 1.4.60 » : baptisée de sa date de première sortie d’usine, la bottine rouge au laçage huit trous fait ses premiers pas.

C’est l’explosion de la marque. Concomitante à la naissance du mouvement punk rock, les bottines de l’usine de Wollaston équipent aussi bien les ouvriers que les agents de police ou les postiers anglais. En gros, tous les corps de professions qui marchent beaucoup.

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Au déballage de ma paire de Dr Martens, j’ai pu constater que la marque n’oublie en aucun cas son histoire et rappelle à quel point elle fût d’utilité publique.

 

c – Le mouvement punk : blouson Harrington, jean troué et Dr Martens au pieds.

Chez Dr. Martens on peut remercier la naissance du mouvement punk. On parle bien de mouvement car le punk n’était pas seulement une musique un peu forte avec des riffs de guitares stridents et des discours contestataires, mais une culture à part entière, notamment vestimentaire.

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Bon, sans vouloir faire trop dans la critique, c’est quand même la classe à Dallas.

Et puis il y eut ce qu’on a appelé les « boot boys », ou les skinheads dans d’autres termes. Branche plus violente et anarchiste de la mouvance punk, ces porteurs de bottines ont fait également parler d’eux, mais beaucoup moins pour leur culture artistique.

De là à dire que les punks ont choisi les bottines de Dr. Martens pour leur confort et leur durabilité, on en est un peu moins sûrs. Il s’agissait plus probablement d’un lien identitaire propre à la culture vestimentaire, plutôt qu’à l’amour des semelles à coussin d’air développées par Klaus Märtens.

La marque anglaise n’a jamais reniée ses liens intimes avec le mouvement punk, qui fût un tremplin incroyable en terme de communication pour la marque, et qui la propulsa sans le moindre doute à un niveau international. D’autant plus que dans les années 2000, la firme de Wollaston n’a cessé de collaborer avec des grands noms de la mode pour sortir des modèles colorés, avec différents motifs tels que le liberty ou encore des effigies.

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Le fameux modèle 1460 de Dr. Martens, vecteur de la réussite internationale de la marque, est aujourd’hui décliné d’en d’innombrables coloris.

Non seulement la « 1.4.60 » a réussi le pari d’être transgénérationnelle, mais elle a aussi permis à la marque de peaufiner sa technique avec le temps, et de créer des collections de chaussures autres que bottines, telles que des derbys et brogues en majorité, des chelsea boots ou encore des sandales, pour les deux sexes et enfants.

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II . UNE TECHNIQUE DE FABRICATION INNOVANTE ET DURABLE

 

a – Tout est dans la semelle, mais pas seulement.

Comme j’ai pu l’énoncer dans l’historique de la marque, ce qui a fait avant tout la renommée du produit développé à la base en Allemagne, c’est cette semelle propre à Dr. Martens, qui fût la première en son genre.

Aujourd’hui, toute la gamme « Made in England » est encore fabriquée dans l’usine familiale des Griggs, chausseurs émérites depuis 1901. Les procédés utilisés ont évidemment évolués ces 50 dernières années, mais l’homme reste encore et toujours au centre de la production des chaussures de la marque. Malgré cela, et forte de son succès, la marque a tout de même envoyé une grande partie de sa production en asie (Made in India est inscrit sur mon modèle test). Cela ne veut pas dire pour autant qu’elle perd en qualité, la production asiatique étant tout autant contrôlée.

La semelle a coussin d’air est crée grâce à la fonte d’un composant granulé, qui sera injecté ensuite dans un moule et lui donnera son aspect atypique et propre à la marque, ainsi que le logo présent sous toutes les semelles indiquant que ces dernières sont résistantes aux huiles, acides, pétroles et produits alcalins (c’est du solide quoi). Une fois la semelle refroidie, tout le reste est posé à la main (une bande de feutre + garnissage de confort)… C’est pour dire à quel point on ne rigole pas avec la technique de montage.

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On peut apercevoir par transparence la tige, la bande de feutre ainsi que le garnissage, pour finir avec la couture Goodyear. Le moulage de la semelle indique bel et bien qu’elle résiste à tout (je me sens plus confiant pour l’hiver qui arrive d’un coup).

Pour terminer avec les fameuses semelles à coussin d’air, non seulement elles sont très solides, résistent à tout ou presque, et offrent un confort de marche exceptionnel, mais il s’agit d’une semelle particulièrement efficace par temps froid : vous vous souvenez de la fois lors de laquelle vous avez marché plusieurs heures en extérieur, en plein mois de mars (et pas dans les caraïbes j’entends bien) ? Et bien avec ce type de semelle, le froid a très peu de chances de venir vous frotter la voute plantaire. Merci docteur.

 

b – Des coutures qui durent

Le retour de la fameuse couture Goodyear. Valéry vous en a longuement parlé dans le le guide des chaussures formelles ainsi que dans le guide des bottes, ou plus récemment dans le test des brogues Longwing de Jacques et Demeter.

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Cette surpiqûre jaune est une des marques de fabrique de Dr Martens. Increvable je vous dit !

En supposant que vous êtes des lecteurs assidus du site, j’imagine que vous avez entendu maintes fois parlé de ce procédé utilisé chez les chausseurs hauts de gamme, qui la plupart du temps considèrent que la couture Goodyear est plus durable et solide qu’une couture Blake. Non contents d’utiliser ce procédé gage de qualité pour un chausseur, Dr. Martens utilise également une seconde couture appelée « couture trépointe » à l’intérieur de la chaussure, qui atteste d’autant plus de la solidité des chaussures de la marque. Comme quoi, ça n’est pas obligatoire de mettre plus de 300 euros dans une paire de souliers pour avoir de la qualité.

Vous savez ce qui est beau dans l’histoire ? Pour que vous puissiez comprendre encore mieux de quoi je parle concernant les qualités de fabrication de la marque anglaise, ces derniers ont eu la bonne idée de montrer tout le processus de production de la « 1460 » dans une vidéo :

 

 

 

III . TEST DE LA MORRIS DE DR. MARTENS

 

Voici la paire que j’ai choisi dans le catalogue de la marque :

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a – Des brogues épurées sans perdre en efficacité.

Comme j’ai pu l’indiquer dans l’introduction de cet article, l’imaginaire autour de la marque anglaise est surtout calibré sur les célèbres boots. J’ai d’ailleurs cru ¼ de seconde que j’allais me retrouver avec ce genre de chaussures au pied, sans trop savoir ce qui irait avec dans ma garde robe.

Oui, mais non : Out les boots « 1460 », bonjour les brogues « Morris ». Il s’agit d’un des modèles de la marque assez loin de l’épaisse bottine 8 trous, mais bien plus proche de la « 1461 » (chaussure basse 3 trous, toujours assez massive néanmoins).

Pourquoi me suis-je orienté vers ce modèle et non un des grands classiques de la marque me demanderez-vous ? C’est simple : la marque a su se renouveler avec une gamme de chaussures plus fines et plus modernes (du moins selon moi). On enlève rien à la robustesse et à la qualité de la semelle qui s’est vue mincir, on rajoute juste une touche de légèreté et de perforations. Mon avis : ça a franchement de la gueule.

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« Des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous » : Serge Gainsbourg a encore vu juste.

Vous l’aurez sans doute remarqué, on a entre les mains un modèle qu’on ne peut pas qualifier de « full wing » (les perforations ne suivent pas toute la longueur) ni « half wing » d’ailleurs, mais sur quelque chose de plus léger et discret, un peu un mix des deux . Même si le bout fleuri reste un classique et comme très souvent perfore l’avant de la chaussure, tout comme le laçage 5 œillets propre aux brogues, les designers du Doc n’ont pas voulu en faire des tonnes, et c’est très bien comme ça.

C’est exactement ce qui m’a séduit au premier coup d’œil avec la Morris (déclinée également couleur chêne). Elle est résolument formelle, mais pour les érudits comme moi, pas de souci pour les porter plus « smart casual ».

 

b – Back in black

(On a parlé de punk rock, aucun rapport avec AC/DC). Vous observerez sans doute une autre différence majeure avec les idées pré-conçues concernant la marque : la grosse couture jaune s’en est allée. La fameuse marque prouvant habituellement que la couture Goodyear est passée par là est absente sur ce modèle, et on comprend vite pourquoi : sur ces brogues, ça serait moche.

Du noir, du noir et encore du noir : la tige en cuir lisse noir respire la qualité et la solidité. Je suis partagé entre l’envie de les ménager et de ne pas hésiter à gambader avec, tant la souplesse est au rendez-vous. La finition fumée de la semelle est parfaite pour s’accorder avec le reste de la chaussure, qui malgré la monochromie est tout sauf monotone.

 

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c – Même pas mal

« 8h00 : je pars de chez moi, nouvelle paire de chaussures aux pieds, fier comme un coq. 19h00 : je rentre chez moi, je pleure, j’ai mal. » Pour résumer assez simplement, et en vous passant les ampoules et autres désagréments, c’est l’histoire de ma vie en tant que consommateur de chaussures. Dès qu’il s’agit de chaussures basses, 99% du temps les premiers jours de port sont très difficiles pour moi, sans utiliser des techniques de grand-mère.

Pour être capable de vous donner un point de vue objectif au possible (c’est quand même le but d’un test !), j’ai passé plusieurs jours à porter les Morris. Vélo, marche active ou juste plusieurs heures à marcher de manière hasardeuse et devinez quoi ? Rien. Pas d’ampoules de la taille du Texas à l’arrière du pied, pas de douleurs autres, juste rien.

Pourquoi ? J’ai une légère tendance à avoir le pied assez large et le choix de la taille fût parfait. Regardez par vous même le profilage de la chaussure vue de haut, vous allez comprendre.

 

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Alors je ne dis pas que ce modèle est uniquement fait pour les pieds de dinosaure comme les miens (j’en rajoute un peu..), mais leur profilage fait qu’elles peuvent aller à tout pied.

D’autre part, j’ai pu en effet comprendre l’intérêt de la semelle à coussin d’air : plus légère que les semelles de brogues classique, et terriblement confortables. On sent la chaussure mieux épouser la plante du pied à chaque pas. Que du bonheur.

 

d – Et les tenues dans l’histoire ?

Je n’allais tout de même pas vous laisser sans vous donner quelques idées de looks sympas qui iront avec les brogues de Dr. Martens ! L’automne est déjà bien arrivé, il est temps de ressortir des pièces plus tempérées de votre garde robe. Ca tombe bien, des brogues aussi sombres se porteront sans aucun doute mieux durant cette saison plutôt que pour l’été. La preuve en image.

 

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Qui dit « brogues » dit que presque automatiquement on ne peut pas se louper en les chaussant en accompagnement d’un costume. Si ce dernier est d’une couleur s’accordant avec les chaussures, la prise de risque est minime. Dans cet exemple çi, le costume est gris anthracite et la chemise et chaussettes sont noires. Le rappel de couleur est simple, et je n’ai pas besoin de rajouter que le gris et noir se marrient sans problèmes. Il s’agissait juste de rappeler via cette tenue que les Morris de Dr. Martins sont formelles à souhait.

Après le costume, elles se débrouillent toujours très bien dans une tenue plus simple, proche du « smart casual » : jean brut et pull en laine à col roulé sur lequel une pochette au liseré en cuir rappel le cuir des brogues. Le look en lui-même n’est pas bien compliqué, mais vous m’accorderez le fait que les brogues rajoutent ce petit truc en plus.

 

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Terminons sur quelque chose de bien plus casual et résolument automnal (j’avoue, l’automne dans le sud est plus doux que dans la capitale..). Je me suis un peu plus amusé sur cette tenue : vous ne pourrez pas manquer les chaussettes bleues à pois blancs, parfaites pour le rappel de couleur avec le blouson en denim. Je vous l’avais promis : ces brogues en cuir noir marchent tout aussi bien dans une tenue plus street.

 

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CONCLUSION DU TEST

Note formelle : 7/10 (Parfaites pour les costumes sombres, mais seulement sombres)

Note casual : 6/10 (Pas vraiment faites pour, mais c’est tout de même possible)

Prise de risque : 6/10 (Faciles à porter, même si le noir est souvent rédibitoire pour associer avec des couleurs vives).

Rapport qualité/prix : 8/10 (A 160€ la paire, le savoir faire de la marque et la qualité du montage et du cuir.. J’attends de voir comment elles se comportent sur le long terme, mais ça s’annonce vraiment bien).

Univers : Chic et rock (on ne peut pas se permettre d’oublier les racines de la marque !)

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