Test et Avis: Thetis, chaussures personnalisées au bon rapport qualite-prix

Vous connaissez un des plus gros piège de l’entrepreneuriat ?

Avoir un bon concept et une mauvaise exécution. Et les multiples start-ups de personnalisation en ligne à grand renfort de modélisation 3D en sont une belle illustration, avec de très belles idées sur le papier, mais des résultats pas forcément à la hauteur des espérances.

On est en droit d’être d’abord un peu circonspect avec le concept Thetis: vous proposer des chaussures personnalisées, issues d’usines prestigieuses espagnoles, portugaises et italiennes et à un prix accessible.



Ce n’est qu’après notre premier RDV, en voyant et en essayant les paires, que j’ai été convaincu par la qualité réelle du produit et que j’ai voulu vous en parler.

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de tester un concept aussi poussé: j’en ai donc profité pour faire de cet article un véritable article de conseil, avec une infographie complète qui vous aidera à bien choisir vos chaussures en fonction du contexte.

Même si vous ne souhaitez pas forcément vous procurer des chaussures personnalisées dans l’immédiat, cet article vous sera tout de même utile pour votre prochain achat.

I Thetis, un concept prometteur mais difficile à mettre en avant

On a été très enthousiaste sur le concept, et ça s’est confirmé sur son exécution quand on a vu les premières paires.

Vous vous en doutez, le concept est TRES difficile à présenter correctement (même pour moi dont c’est le métier). La tâche était donc ardue pour Antoine et Grégoire, les fondateurs, dont le marketing digital n’est pas la spécialité: ils s’en tirent de manière honorable.

L’identité de marque est encore très lisse et le site un peu austère mais c’est assez commun au lancement d’une marque (et ça vaut toujours mieux qu’un univers travaillé et de mauvais goût), surtout qu’il n’est pas forcément facile de construire un univers affirmé à partir d’un concept de personnalisation (qui est par définition plus flexible et universel).

En terme d’optimisation des process et des coûts, le travail abattu par Antoine et Grégoire est juste remarquable.

J’avais déjà vu cette plate forme utilisée par d’autres marques, mais encore jamais de manière aussi rationalisée avec des prix aussi accessibles.

Quand on présente une nouvelle marque, c’est toujours plus facile de mettre en avant UN point fort. Ca serait ici bien sûr la personnalisation.

Mais Antoine et Grégoire ont été perfectionnistes et sont allés plus loins en proposant notamment en plus un insert en mousse ergonomique dans leurs chaussures, pour plus de confort.

En dehors du test technique de la paire, tout notre travail dans cet article est de vous aider à exploiter l’outil à 100%, mais sans vous retrouver avec une paire excentrique et importable. Et à l’inverse les fondateurs m’ont expliqué qu’il y avait aussi beaucoup de clients avec un goût TRES classique, c’est un peu dommage mais on peut comprendre.

Chercher l’inspiration chez les grands bottiers

Fukuda, Meccariello autant de noms de grands bottiers qui font rêver et qui sur le papier peuvent être de formidables sources d’inspiration sur cet outil. Vous pourrez trouver de nombreuses autres références dans le très bel ouvrage d’Hugo Jacomet, Souliers: une passion masculine:

Souliers: une passion masculine est disponible ici (un très bel objet si l’art sartorial vous passionne)

Soyez vigilant tout de même en pratique, tout ce savoir-faire de pointe de bottiers à plusieurs milliers d’euros ne peut pas forcément se reproduire, en particulier du fait de la finesse des formes, de la précision des patines ou de la rareté des cuirs utilisés (avec parfois, de très fins et subtils cuirs d’autruche).

Je vous ai du coup choisi quelques exemples, avec des contrastes qui marchent bien et dont il est facile de s’inspirer:

Cette paire de Yohei Fukuda vous avait beaucoup marquée: il est assez facile de s’en inspirer avec une patine marron marbrée ou aubergine Fire sur le modèle Jodhpur.
En revanche, vous ne retrouverez évidemment jamais la même finesse des lignes.

Sur ces bottes de chez Andres Sendra, on a un contraste vraiment intéressant entre l’empeigne en cuir grainé et le bas dans une nuance olive marbrée. J’aime beaucoup l’association gris/olive. Seul hic: l’outil ne propose pas de cuir grainé patiné.

Pas forcément une paire facile à porter de chez Meccariello. On peut s’en inspirer mais le contraste exact est ici impossible à reproduire.

Sur cette autre paire de chez Meccariello, le contraste entre le cuir de veau noir et le daim passe bien et n’est pas trop risqué. On peut décliner le daim dans pas mal de couleurs sans fautes de goût.

Dernier exemple avec cette paire de chez Bonafé: une bonne idée sur le papier, mais à voir vraiment en fonction du rendu du daim.

Et 5 contre-exemples, que je vous déconseille vivement d’essayer de reproduire:

Une paire de Masaru Okuyama: je laisserais plutôt le contraste avec cuirs exotiques aux grands bottiers.

Encore des Meccariello: le contraste de matière est ici assuré par le cuir kudu, assez rare. Je vous déconseille donc de tenter ce genre de contraste avec trois matière (j’ai essayé en remplaçant le kudu par du cuir grainé fin, ce n’était pas très convaincant).

Une mauvaise idée car le contraste est ici un peu trop violent à mon goût.

Bien choisir vos chaussures en fonction du contexte

Les possibilités de l’outil sont assez folles, et le sujet est donc assez complexe. Une image valant 1000 mots, je vous propose cette petite infographie qui vous aidera à construire votre chaussure en fonction du contexte durant lequel vous souhaitez la porter:

Aperçu des matières disponibles

Cuir de veau: box calf issu de tanneries européennes

Cuir polido: il s’agit d’un cuir recouvert de vernis et imperméabilisé. Il demande assez peu d’entretien, mais le cuir ne respire pas et donc aura des plis qui marquent plus. Je déconseille si vous voulez des chaussures qui tiennent dans le temps.

Cuir patiné (à l’opposé des patines réalisées artisanalement sur des cuirs crust vierges): veau patiné réalisé de manière industrielle où la peau entière est teintée

Veau velours: le plus fin, avec des poils assez longs

Daim: il s’agit de chevreau, surtout utilisé pour des chaussures d’été

Grainé fin/gros: vous connaissez 🙂 Très bien pour des brogues. Le cuir grainé fin peut s’utiliser aussi pour un contraste de matières sur des chaussures habillées

Cuirs exotiques: les cuirs plus rares type alligator, python etc

Les patines disponibles

Marble: comme son nom l’indique, il s’agit d’un effet marbré assez apparent en clair.

Museum: vieilli, effet aussi marbré beaucoup plus naturel. Le terme Museum vient au départ du fameux museum calf de John Lobb, avec un effet marbré subtil et une variation intéressante sur les teintures claires et sombres.

Handmade: il s’agit de la patine classique, où l’on pourrait presque deviner le coup de pinceau de l’artisan. Elle est très affirmée en nuance claire, mais beaucoup plus discrète en foncée

Papyrus: il s’agit pour moi de la patine la plus affirmée tant son effet strié sort du lot. Une patine très adaptée à un style sartorial pointu, mais à éviter si votre boulot est un peu austère en terme de codes.

Les couleurs de patine notables

Aubergine Museum : il s’agit d’une bonne solution à mi-chemin entre le noir et le bordeaux. La couleur est parfaite pour une patine subtile et s’assortira facilement aux couleurs de costume classiques. Bref, une paire pas trop difficile à assumer dans une tenue formelle, pour laquelle on peut même se payer le luxe de choisir une patine texturée.

Le bordeaux lie de vin ou rouge sang est aussi une bonne alternative, qui diffère de peu du bordeau hormis avec des nuances de vert discrètes

Cognac: Un peu le cliché de la patine, pas si facile à assumer dans un cadre formel car elle joue énormément entre marron foncé et marron clair/orange et elle peut faire tout de suite bling-bling.
Dans le cas de l’offre proposée par Thetis, ce n’est pas une patine que je vous conseille car je la trouve assez grossière. Elle peut juste bien passer avec un costume bleu texturé, pas forcément bleu foncé et dans un cadre pas trop strict (casual Friday ou afterwork par exemple).

Chocolat : Un exemple de patine beaucoup sobre, qui joue avec des nuances de marron foncé et de noir.
Il s’agit d’une patine plus discrète que la patine cognac classique, et aussi un peu moins habillée que la patine aubergine : elle est donc beaucoup plus formelle.

Test de notre paire Thetis: brogues Longwing avec patine museum aubergine et marbrée bordeaux

Notre modèle de départ: des brogues longwing

Ca peut paraître un peu étrange de choisir des brogues pour un modèle habillé et patiné, mais dans la configuration de l’outil, en chaussure basse, c’est le seul type de paire (en chaussure basse) où on peut faire une nette distinction entre le bout golf en dessous et l’empeigne au dessus grâce à la séparation des perforations longwing.

Contraste de patine (ou comment jouer avec le feu et pousser l’outil à fond)

J’ai un peu joué avec le feu en voulant pousser l’outil à fond et je me suis risqué à faire un contraste de patines. Comme on le disait plus haut, c’est le genre de fantaisie qui peut passer si c’est parfaitement exécuté par un grand bottier, sur une paire de luxe: c’est en revanche beaucoup plus risqué sur du moyen-de-gamme (même qualitatif).

Sur l’empeigne, j’ai choisi une patine museum aubergine et sur le bout golf une patine bordeaux foncée, en l’occurence marbrée. Je voulais jouer un peu sur la couleur, sans trop mélanger les textures pour un résultat subtil.
Je m’attendais en revanche à ce que la couleur de la patine bordeaux foncée marbrée soit un poil plus foncée, mais ça passe encore. C’est juste un poil clair quand on examine la paire de côté, mais rien de choquant.

Le contraste vu du dessus reste très discret.

 

Si c’était à refaire, j’aurais choisi la patine faite main bordeaux (visible à gauche), qui elle est très foncée.

Des perforations faites main

Elles étaient à la base techniques et étaient conçues pour évacuer l’eau et faciliter les conditions de travail des agriculteurs et des ouvriers anglais du début du 20è siècle.
On les trouve donc traditionnellement sur des souliers anglais en cuir grainé, un peu massifs.

Il s’agit ici de Full Brogue Longwing: ce schéma de perforation se trouve uniquement sur des derbies. Les perforations sont légèrement irrégulières, ce qui indique qu’elles sont réalisées de manière artisanale.

Une semelle habillée: la finition violon

L’enjeu était ici de rendre ces brogues plus habillées, pour qu’elles restent dans un registre adapté à la patine. Choisir des semelles en gomme aurait crée un décalage avec la patine et le résultat aurait été vulgaire.

On a donc choisi une finition violon. Comme on l’a expliqué plus haut, elle rend la paire beaucoup plus habillée avec une forme beaucoup plus biseautée au niveau du milieu. En revanche, si l’outil affiche un fer encastré, ce n’est pas forcément le cas dans la réalité (c’est une finition utile seulement si elle est accompagnée d’un patin).

Finitions diverses

Oeillets: les modèles proposés sur l’outil ne proposent pas d’oeillets (à part pour les sneakers et les running). Ce n’est pas plus mal dans le cas présent car ça aurait rendu la paire un peu trop chargée.

Couleurs de semelles: vu la paire, on est restés relativement sobres sur la semelle extérieure avec du bordeaux, et nous avons opté pour un bleu plus voyant à l’intérieur.

Impressions

Le cambrion et l’insert en mousse font de cette paire un vrai bonheur, on a quasiment l’impression de marcher dans des chaussons. Evidemment, comme toute chaussure Goodyear, il faudra un peu assouplir la semelle pour atteindre un confort parfait.

Le prix

C’est là où ça devient intéressant: sur ce même style, on peut choisir une paire en goodyear, avec finition violon (+75 euros) qui s’élèvera à 420 euros.

Mais on peut avoir une paire avec un style quasi identique (même patine, même qualité des peaux etc), sans les finitions de puriste (type finition violon) et avec un montage Blake ou Goodyear, pour 345 euros.

Conseils de style

Vu le travail réalisé sur les patines, on portera évidemment ces brogues dans une tenue plutôt habillée. J’en ai profité donc pour porter le costume trois pièces de chez Atelson dont je vais vous parler très prochainement.

Il est réalisé dans un tissu Standeven bleu foncé à rayures bordeaux, ce qui permet de rester dans des tonalités proches des chaussures sans faire de rappel vulgaire. J’ai enfin choisi une chemise pin collar de chez Howard’s, pour rester dans le registre anglais caractéristique des brogues.

(j’ai encore des cernes de 3km donc je me suis croppé le visage 🙂 )

Le côté un poil plus massif des brogues va bien avec les revers généreux du pantalon. Je suis resté exactement dans les mêmes tons aubergine/bordeaux avec les chaussettes Mazarin.

Conclusion sur Thetis

Un concept novateur et bien exécuté qui pourra intéresser aussi bien les puristes, que ceux qui recherchent de manière plus occasionnelle une paire précise sans jamais trouver le modèle exact (ce qui peut se jouer à pas grand chose).

Si la personnalisation implique généralement des coûts supérieurs, ce n’est pas du tout le cas ici alors qu’on est sur une gamme très correcte, que je situerais en terme de qualité entre Carlos Santos et Carmina (très honorable donc pour des paires qui sortent aux alentours de 350 euros en Goodyear).

Bref, je recommande chaudement Thétis, et je pense qu’on vous en parlera très régulièrement 🙂

Ca se passe ici:
https://thetis-shoes.com/

Valery

Fondateur de JamaisVulgaire, j'aime le tartan blackwatch (cf ma photo), la Bretagne, le Cambodge et la boxe khmère (qui a inspiré la boxe thaï).

Enorme geek devant l'éternel, je passe aussi des heures pour vous à éplucher tous les petits blogs et forums pour vous dénicher les marques les plus improbables.

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