Test&Avis Septième Largeur bottines Tobar: comment porter des bottines triple boucle

Comme pour chaque article du blog, mon rôle est de vous aider à différencier les marques, et de vous aider à y voir plus clair dans l’offre générale, pour savoir ce qui vous convient (ou pas).


Du coup, c’est une situation idéale de tester un modèle exclusif, qu’on ne trouve pas chez d’autres marques. Et c’est justement le cas le la bottine triple boucle balmoral Tobar de chez Septième Largeur (rien qu’au nom du modèle, on sent que ça ne court pas les rues).

C’est le genre de paire qui sort de l’ordinaire, mais qui est en même temps beaucoup plus polyvalente qu’il n’y paraît, grâce à un patronage réfléchi et en choisissant bien sa patine.

I La bottine triple boucle Tobar par Septième Largeur: origines

Pourquoi une triple boucle balmorale ?

Ce n’est en fait pas du tout une bottine triple boucle que Septième Largeur avait en tête avant de créer la Tobar en 2013: l’idée était plutôt de ré-interpéter les bottines balmoral à boutons des années 20.

Seul souci: ces bottines balmoral à boutons sont assez restrictives au niveau du fit et ne conviennent pas aux coups de pieds et chevilles trop imposants.

Il faut d’ailleurs dire que ces bottines à boutons datent d’une époque où les chaussures étaient confectionnées sur-mesure: on voit bien rien qu’à la photo que le placement des boutons est tellement précis qu’il ne sera confortable que pour un type de pied bien spécifique.

A la différence de lacets et de boucles, un patronage avec des boutons sera ainsi bien plus segmentant que des lacets ou des boucles.

Des boucles à place des boutons

La solution était toute trouvée: opter pour des boucles à la place des boutons pour rendre le modèle beaucoup plus polyvalent.

A noter depuis que le projet initial de bottines à boutons est disponible sous le nom d’Arsène en version cuir crust à patiner et avec boutons pression à la place de boutons.

Les premiers prototype sont ainsi réalisés en 2013 et la bottine est nommée d’après son premier client: monsieur Tobar.

C’est la raison pour laquelle il ne s’agit pas d’une bottine triple boucle “classique”, mais d’une balmorale triple boucle. C’est donc loin d’être un patronage courant vous vous en doutez. Et c’est aussi une sacrée prise de risque en termes stylistiques.

Ce qu’il est intéressant d’analyser, c’est tout le travail réalisé sur les détails pour rendre ce modèle très fort (dont les trois boucles pourraient alourdir le rendu) plus équilibré.

On apprécie par exemple l’arrondi subtil entre les boucles:

Mais aussi la couture verticale à l’avant:

Ca n’a l’air de rien, mais cette couture verticale au milieu de l’empiècement des boucles permet aussi d’occuper l’espace: la chaussure de face aurait l’air un peu vide sans elle.

Le bout droit donne enfin à cette paire un aspect un minimum formel, pour plus facilement la porter avec un costume.

La couture balmoral donne elle aussi une allure racée à la bottine, qui se voit encore plus du côté intérieur de la chaussure:

On peut trouver des marques de chaussures un peu plus cheap et génériques avec le même genre de modèle, au-delà des différences évidentes de construction et de cuir, on voit aussi que tous ces petits détails sont absents. Le résultat est plus fade et grossier:

Vous allez le voir dans les conseils de style: lorsque vous êtes debout, on voit à peine la différence avec une paire de double boucle classiques, ce qui peut la rendre portable dans un contexte formel.

Une alternative: la Renan boots double boucle

A mi-chemin entre la double boucle et la Tobar, ce modèle Renan peut être un bon compromis pour ceux qui jugeraient la Tobar un peu trop affirmée.

 

III Test des bottines Tobar en cuir crust à patiner

Petite précision: il s’agit ici d’une paire de bottine Tobar en cuir crust, patinée ensuite avec la patine G024.

Cuir crust: rappels

Il s’agit d’un cuir qui n’a pas reçu de traitement à la tannerie, en particulier pas d’apprêt ou de teinte dans la masse, ce qui facilite la patine. Il est aussi beaucoup plus souple que le box calf: c’est ce qu’on va voir juste après.

Quid du confort ?

J’ai pu essayer la paire en veau box chez Septième Largeur pour déterminer ma pointure: le cuir était assez rigide (ce qui est normal pour du veau box au début) et je me suis dit qu’il fallait prévoir un petit moment pour l’assouplir.

C’est ce à quoi je m’attendais aussi avec le modèle patiné choisi pour ce test: à ma grande surprise, le confort a cette fois-ci été immédiat, assez pour porter ces bottines d’une traite pendant une demi-journée sans problèmes.

J’étais assez surpris que ce patronage très habillé, sur une bottine balmoral racée puisse se révéler aussi confortable.
On comprends dès lors pourquoi Septième Largeur a décliné ce modèle pour sa nouvelle collection dans un registre plus utilitaire: semelle commando avec veau velours et cuir grainé.

La construction caractéristique Septième Largeur

On en avait déjà parlé dans l’article précédent sur les bottes Moissac, mais les semelles commando ne permettaient pas forcément de se rendre compte du travail réalisé sur la semelle, qui différencie Septième Largeur et sa fabrication espagnole de beaucoup de ses concurrents.

  • Le talon est réalisé en plusieurs strates de cuir
  • Le relief subtil autour du cambrion en métal
  • Le double chevillage bois autour des cambrions qui permet une bonne fixation de la semelle au niveau des cambrions sans avoir une couture trop épaisse à ce niveau qui nuirait à la finesse générale de la chaussure: il est composé de sept clous en bambou (un type de bois retenu pour sa souplesse et sa durabilité)
  • Talons vissés: de la même manière, il ne s’agit pas d’un cousu Goodyear qui fait le tour de la chaussure (qu’on appelle aussi talon baraquette). Ici, le talon est donc également vissé pour un meilleur maintien.

On retrouve sinon les caractéristiques de la construction Goodyear petits points de Septième Largeur:
– une couture sous gravure qui la protègera lors de vos premiers ports, en attendant de rajouter un patin
– les fameux 7 clous de laiton à l’avant, signature de la marque, pour protéger l’avant en attendant un fer

L’art de la patine subtile

Nous en avions déjà parlé dans le premier article consacré à la marque: la patine est un des atouts majeurs de Septième Largeur. Elle l’a bien plus mise en avant sur son site marchand depuis la refonte, avec un aperçu exhaustif de toutes les patines disponibles.

L’interface est d’ailleurs particulièrement bien faite: outre les différentes patines proposées, on a une idée concrète du rendu sur les paires. Ce qui est vraiment utile vu le degré impressionnant de nuances de patines existantes, voici par exemple ce qu’on trouve pour le gris:

Vous le savez, la recette d’une patine réussie, c’est une mélange délicat de richesse des tons et de subtilité: pas donc de grosse patine violette avec des coups pinceaux visibles.

J’ai ici choisie une patine grise foncée: entre grise foncée et noire au loin (rien de bien choquant donc) et qui révèle des reflets plus subtils au fur et à mesure qu’on s’en rapproche.

C’est la patine G024 que j’ai retenue: c’est la plus foncée et c’est celle avec les nuances de gris les plus discrètes. En regardant cette paire, on sait qu’il se passe quelque chose, sans pour autant être capable de définir exactement quoi: c’est pour cette raison une très belle alternative à un noir ennuyeux, sans perdre tant que ça en formalité.

III Conseils de style: bien porter des bottines triple boucle

Même si on pourrait croire à première vue à de simples double boucle noir bout droit, il serait dommage de porter une tenue formelle trop austère.

On évite donc un simple costume bleu marine ou gris anthracite avec revers fins et on opte au minimum pour un motif discret: ici un pied de poule. Idem pour la cravate à la texture jacquard avec motifs losange.

Même démarche également pour le col Claude, des chemises Claude CCF: un arrondi habillé mais pas tout à fait formel qui fait bien echo au caractère des bottines.

Le reste de la tenue est enfin construit autour d’un camaïeu de vert composé du manteau Johnstons of Elgin, de l’écharpe Atelier Particulier et des gants The Nines.

Je porte ici:
– une veste SuitSupply
– un pantalon Scavini
– une chemise Claude CCF
– une cravate Gentlemenclover
– un manteau Johnston of Elgin
– des gants en cuir de cerf The Nines

Conclusion

Je connaissais le modèle Tobar depuis 2014, et je ne l’avais jamais envisagé avant car il me faisait honnêtement un peu peur, et j’avais de gros doutes sur sa polyvalence, surtout car je ne cherche pas spécialement de bottines de rockstar ultra affirmées.

Au final, une fois aux pieds, le ressenti est très différent et elles peuvent facilement se porter avec un costume étant donné que le haut de la bottine est assez discret. Elles feront également leur effet dans une tenue décontractée, même une tenue un poil workwear avec un chino ou un jean brut porté avec revers apparent.

La diversité des patines Septième Largeur tombe d’ailleurs ici à point nommé: il est très facile de trouver une patine qui correspond parfaitement au registre d’une paire, ou qui pourra facilement la calmer ou la réhausser.
Ici, Mathieu (le fondateur de Septième Largeur) a été de très bon conseil pour m’aider à choisir cette patine qui passera parfaitement dans une tenue formelle, sans pour autant être austère dans une tenue décontractée.

Bref, je vous recommande chaudement cette bottine Tobar, en particulier dans la version veau crust pour son confort immédiat, et surtout car le choix de patines vous aidera à exprimer tout le potentiel de cette paire.

 

Valery

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