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Test&Avis Septième Largeur: les bottines Chelsea Grand Cambre

Si vous lisez JamaisVulgaire, c’est probablement car vous appréciez de lire des tests qui respectent un minimum votre intelligence à travers lesquels vous pourrez comprendre clairement ce qui différencie une marque d’une autre, à positionnement et à prix de vente égal.



Et c’est d’autant plus pertinent sur le marché du soulier milieu-de-gamme (entre 200 et 400€) avec fabrication en Espagne: les nouveaux entrants sur le marché sont nombreux et on a souvent du mal à y voir clair.

Voilà pratiquement un an que j’ai le plaisir de tester Septième Largeur, une marque pionnière sur ce segment et qui, grâce à plus de dix ans d’expériences, prouve à chaque fois son savoir-faire et toute la profondeur du travail qu’elle est capable de réaliser avec son atelier..

Pour le test de ces Chelsea Basile par Septième Largeur, nous n’allons pas vous rappeler en détails une énième fois ce que sont des chelsea, ni ce qu’est un montage Goodyear. En revanche, nous allons aller plus en détails sur la technique.

I La collection Septième Largeur 2021

Avant de parler des Chelsea Basile, je vais aussi vous montrer d’autres modèles plus marqués qui m’ont beaucoup plu dans cette collection, mais qui sont de toute évidence moins polyvalents que les bottines testées.



De manière générale, Septième Largeur travaille cette année encore une fois sur ses modèles de base, en jouant ici sur des nouvelles combinaisons de cuir et de semelle.

Les bottines Renan

Cette version montante des double boucle Renan est proposée dans un registre très casual: je l’ imagine bien soit dans une tenue 100% workwear avec jean brut, soit dans une tenue Gentleman Farmer.

Elles sont disponibles ici à 325€


Les bottines Basile en veau gras chocolat

Ici, il s’agit de la version cuir gras des bottines que nous allons tester. La nuance peut paraître subtile mais ce cuir gras appartient à un registre complètement utilitaire et ne saurait se porter avec un costume dans un registre business.
En revanche, je les vois très bien avec un costume en velours côtelé ou en moleskine porté avec un col roulé.

Elles sont disponibles ici à 325€

Les Trima

Elles sont le penchant casual des fameuses derbies Gastby: une réinterprétation osée de chaussures bateau mais qui passe plutôt bien dans cette version très workwear.

Elles sont disponibles ici à 275€

Un MTO prometteur

Hormis ces nouveautés, Septième Largeur est actuellement en train de développer son MTO. Quelques modèles très prometteurs ont déjà été exceptionnellement réalisés comme ce mocassin en cordovan de chez Horween (le client avait ramené le cuir: la marque ne le propose pas encore mais Mathieu m’a indiqué que c’était pour bientôt).

II Le Chelsea Grand Cambre

Pour décrire le Grand Cambre (c’est-à-dire le fait que les Chelsea soient réalisées en un seul morceau de cuir), Septième Largeur parle sur son site de “défi technique” sans malheureusement vraiment approfondir (mais ça peut se comprendre, les marques ne sont jamais à l’abri du “too much information”).
Après quelques recherches, j’ai pu retrouver quelques explications sur ce savoir-faire. C’est à la fois très technique et très intéressant.


des peaux plus rares et plus cheres

Et en cuir, qui dit peau plus grande, dit aussi peau plus rare et chère car plus une peau est grande, plus elle a de chance d’avoir des veines ou autres marques, petites blessures etc.
Pour un wholecut, on doit donc trouver une large peau dénuée de toute traces.


Une construction beaucoup plus compliquée

Plus une peau est grande, plus il est difficile de lui donner une forme tout en la découpant correctement et en anticipant toutes les variations de taille qu’elle peut avoir..
Le site shoegazing y a consacré un article très complet où sont évoqué le travail des chaussures seamless (une seule peau sans aucune couture) et wholecut (une seule peau avec une couture à l’arrière. Je vais tenter de vous le restituer de manière un peu simplifiée.

Des seamless du bottier Maftei

Tous les cuirs ne conviennent d’abord pas à du wholecut (et encore moins du seamless, beaucoup plus exigeant): ils doivent ainsi avoir un minimum d’élasticité. Ainsi, si le cordovan peut convenir à du wholecut, il ne va en revanche pas du tout être adapté à du seamless

Vient ensuite le formage: c’est cette étape où on va donner au cuir sa forme en l’étirant autour d’une forme en bois(on appelle cette étape le blocking en anglais). La difficulté est évidemment de l’étirer de manière égale sur toute la surface de la forme (et plus la peau est grande, plus c’est dur).

Et il reste encore le surplus de cuir à gérer: c’est ce qu’on voit bien sur cette photo du bottier Daniel Wegan.

Ensuite, il faut encore découper le cuir et prévoir de l’espace pour rajouter l’élastique.
Attention car, une fois que le cuir n’est plus sur la forme, il va mécaniquement se rétracter , et c’est justement ce qu’il faut prévoir avant la découpe. Ce n’est qu’une fois que cette étape est effectuée qu’on va coudre la doublure.

La différence sur une bottine Chelsea ?

Ce qu’on recherche avant tout dans une bottine de ville, c’est une forme racée et épurée, qui allonge visuellement le pied en particulier au niveau de sa cambrure.

Le tout est généralement équilibré par un bout légèrement arrondi, car je ne suis évidemment pas là pour vous parler de chaussures pointues.

Lorsqu’il y a une couture au niveau de la cambrure, en dessous de l’élastique, cela va venir casser la ligne globale de la chaussure contrairement à un grand cambre qui allonge la ligne globale.

En dehors de ces considérations esthétiques, les bottines seront plus faciles à entretenir. Attention par contre à bien choisir votre taille car les chaussures en cuir une pièce peuvent plus facilement prendre les plis en l’absence de couture.

Une Chelsea grand cambre, c’est si rare que ça ? Le reste du marché ne le fait pas déjà ?


Pour 325€ Septième Largeur propose une bottine Chelsea Grand Cambre, réalisée en une pièce de cuir. Lorsque Mathieu m’a proposé de tester cette paire, je ne me rendais pas vraiment compte d’à quel point cette caractéristique était rare sur le marché, et surtout à ce prix.

Le blog américain spécialisé sur les chaussures Stitchdown en a également fait le constat:

Les Chelsea =< 325€

Sur un positionnement prix similaire, les autres marques/DNVB qui sont confectionnées dans le même atelier en Espagne ont toute une couture au niveau de l’élastique avec un niveau de prix pas si éloigné (290-300€).

Pour seulement 30€ de moins, on a un rendu largement moins intéressant: un produit beaucoup moins pertinent que ce que Septième Largeur propose

Comble du comble, même la marque en propre de l’atelier propose des bottines chelsea avec couture à 330€.

Au Portugal

De la même manière, sur la production portugaise de chez Carlos Santos / Zarco, les bottines Chelsea sont elles aussi cousues et se retrouvent dans des gammes de prix comparables voire légèrement supérieures.

Carlos Santos joue par contre sur une couture en biais et la mise en valeur de la patine

A Northampton

Enfin, si par acquis de conscience on regarde chez les marques les plus accessibles de Northampton comme Loake, on peut en trouver à 320€ avec la couture classique.

Le Grand Cambre ailleurs

Pour trouver ailleurs cette fabrication Grand Cambre, on pourra sinon débourser 440€ chez Carmina, 430€ pour le Linea Mastro de Meermin (fabriqué en Chine et fini main en Espagne) puis 950€ chez Weston (ou 230€ pour le full made in China de chez Meermin, mais évidemment la qualité de finitions, de cambrions/contreforts etc et de forme ne sera pas la même).

Le plus comparable serait probablement les Chelsea RM Williams à 450€, pour une fabrication artisanale en Australie (pour ceux qui ne connaissent pas, RM Williams est une véritable institution là bas: la coutume est pour chaque Australien de recevoir une paire au passage à l’âge adulte).

Pour répondre à la question du début de paragraphe, c’est donc extrêmement rare sur le marché, même dans des niveaux de prix supérieurs.

(C’est assez rare que je fasse une analyse comparative aussi poussée sur le marché, n’hésitez pas. à me dire en commentaire si vous en voulez plus pour d’autres tests. Je trouve de mon côté que c’est très utile pour évaluer la pertinence de l’offre d’une marque. )

Chelsea Basile: les autres caractéristiques

La semelle Dainite

On parlait justement de bottine urbaine (qui se porte avec un costume) juste avant: avec ce registre, on s’attend généralement à une semelle en cuir fine qui favorise une forme élancée. Les possibilités deviennent donc plus limitées si on souhaite conserver cette finesse avec une semelle technique: il convient dès lors d’exclure tout ce qui est trop épais et cranté.

Exit donc la semelle Vibram qu’on réservera à un port décontracté, on le voit bien sur cette photo:

La semelle Dainite en revanche, proposée sur la paire de Basile que j’ai choisie, est à la fois fine mais surtout avec des crampons circulaires discrets (en plus d’être plus facile d’entretien). S’ils sont très adhérents, cela ne vaut pas des Vibram à ce niveau mais cela conviendra largement à la plupart de vos activités en ville et même en campagne.

Le montage Goodyear

Il s’agit d’un montage Goodyear (comme pour tous les modèles de chez Septième Largeur) avec talon baraquette: la trépointe fait bien tout le tour de la chaussure avec une incision discrète au niveau de la cambrure pour faire la transition (ce ne sont pas des défauts de fabrication 🙂 ).

Je suis toujours très prudent sur les premiers ports d’un soulier avec cousu Goodyear: ici, j’ai portée ces Chelsea d’une traite une journée entière sans soucis (mais en étant en déplacement seulement une demi-journée).
Il faut dire que la construction wholecut/Grand Cambre, la semelle dainite ainsi que l’élastique contribuent largement à rendre des bottines bien plus confortables qu’une bottine lacée plus classique.

Le cuir utilisé

Il s’agit d’un veau crust des tanneries du Puy: pour rappel, il s’agit de cuir qui n’a pas été traité par la tannerie et qui est coloré ensuite.
Il est à mon goût moins nerveux qu’un veau box. Je le trouve donc plus confortable car il s’assouplit plus rapidement: il est bien adapté au patronage d’une Chelsea wholecut.

Conseils de style

Tenue casual 1

J’ai choisi ici des matières hivernales assez rugueuses, qui évoquent une version plus moderne du style Gentleman Farmer: on retrouve des grosses mailles, du pied de poule et du velours côtelé. Les bottines Chelsea s’insèrent bien dans ce style en apportant un côté un peu plus habillé grâce à leur finesse.

Je porte ici:

– notre saharienne en velours côtelé avec d’Avenza
– notre cardigan col châle laine cachemire avec Paris-Yorker
– un pull col roulé Abensia
– notre pantalon en flanelle de laine Loro Piana avec Maison Singulier

Tenue casual 2

Une tenue plus affirmée sur les couleurs du pantalon et du pull: les bottines Chelsea restent ici assez neutres et discrètes. Elles apportent un côté légèrement habillé à l’ensemble sans trop en faire.

Je porte les bottines Basile Septième Largeur avec:
– notre saharienne en velours côtelé avec d’Avenza
– notre cardigan col châle laine cachemire avec Paris-Yorker
– un pull col roulé Paris-Yorker
– notre pantalon élastique en flanelle de laine rayée d’Avenza.

Tenue casual habillee

Il s’agit ici d’une tenue décontractée mais qui est tout de même un minimum habillée à travers la veste structurée avec cran parisien et cigarette légère à l’épaule. La couleur bordeau du col roulé relève également l’ensemble.
Les bottines Chelsea collent parfaitement à ce registre soigné mais tout de même confortable.

Je porte ici:

  • une veste cran parisien pied de poule réalisée avec d’Avenza (disponible en MTM à Paris)
  • un pull col roulé Paris-Yorker
  • notre pantalon en laine et cachemire Loro Piana avec Maison Singulier

Tenue casual hivernale

Les bottines se portent également sans soucis avec des matières plus rugueuses et hivernales. Ce n’est pas forcément ce que j’ai fait sur cette tenue mais vous pouvez opter sans soucis pour des tweed épais.

Je porte ici:
  • le polo-coat en laine technique mérinos bouillie réalisé avec d’Avenza
  • un pull col roulé de chez Silbon
  • la veste bordeaux à chevrons réalisée avec d’Avenza
  • le pantalon en flanelle de laine rayé réalisé avec d’Avenza

Tenue formelle

On le voit bien ici, les bottines Chelsea sont bien assez fines pour se porter facilement avec un costume formel. Il n’y a même pas vraiment de contre-indication sur la matière étant donné que le veau crust marron est très polyvalent.
On évitera simplement de les porter dans un contexte cérémonie très habillé, ou pour dans les cadres business les plus codifiés.

Je porte ici:

  • un costume trois pièces à carreaux vert forêt (test imminent)
  • une cravate Dare in Paris
  • une montre About Vintage

Conclusion

Si vous êtes arrivé jusqu’ici, vous aurez probablement deviné que j’ai vraiment été emballé par cette paire.
Je ne pensais à vrai dire pas qu’il y aurait tant à vous raconter sur cette notion de Grand Cambre avant de me lancer dans ce test: j’ai rapidement compris que c’était une méthode de construction vraiment rare sur le marché et que Septième Largeur la proposait à un prix très compétitif.

Elle est idéale pour une bottine de ville et permet une ligne épurée qui la rend portable avec un costume dans un environnement pas trop codifié. De son côté, la semelle Dainite permet un port plus casual, en promenade à la campagne par exemple, tout en restant assez fine.

Bref, avec ces bottines Basile Grand Cambre, Septième Largeur propose belle prouesse en terme de savoir-faire et de polyvalence, pour seulement 325€.

Valery

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