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Test&Avis Paris-Yorker: des chemises compétitives et des déclinaisons originales

Comme vous le savez, je suis toujours très prudent sur les nouveautés proposées par les DNVB, en particulier lorsqu’elles étendent leur offre à des produits dans lesquelles elles ne sont pas spécialisées.

Il s’agit souvent de produits rajoutés à la gamme pour effectuer des ventes complémentaires, qui n’apportent pas grand chose au marché par rapport à ce que des marques plus spécialisées peuvent déjà proposer.  Bref, ce n’est pas foncièrement ce que j’ai envie de tester, et encore moins de vous montrer.

Pour autant, certaines marques font un effort sur ces produits, effectuent un vrai un travail de recherche et essaient de sortir des sentiers battus.

C’est en tout cas la reflexion que j’ai entamée lorsque je me suis intéressé à la nouvelle gamme de chemises de la marque Paris-Yorker.

I Un savoir-faire historique sur les pulls

1/ Le travail de coupe

Depuis 2011, Paris-Yorker bénéficie d’un sacré savoir-faire sur les pulls. Mon gros coup de coeur comme vous le savez sûrement est le pull col cheminée en laine mérinos, surtout pour sa coupe irréprochable.
Comme vous vous en doutez, une maille (donc un tricot) se comporte très différemment d’un tissu de chemise, qui lui est normalement beaucoup moins extensible.

Chaque maille ayant son élasticité propre, je vous laisse imaginer le travail de patronage avec la variété de mailles proposées par Paris-Yorker.

A priori on peut donc être confiant sur la coupe sur un tissu de chemise, moins extensible et plus prévisible.

2 / Une première diversification réussie en hiver

a / Les écharpes

Comme je vous l’avais indiqué dans le précédent article, Paris-Yorker s’était déjà un peu diversifiée dès la collection Automne/Hiver avec une gamme d’écharpes. Pour le coup, l’offre était très comparable à ce que proposent les autres DNVB, avec une laine superfine plutôt agréable et quelques choix originaux sur les motifs (notamment la rayée).

b / Les ceintures

Je n’ai pas encore eu l’occasion de la tester, mais le concept de la ceinture autoreverse m’a beaucoup intéressé: elle permet d’alterner entre son côté cuir lisse et son côté cuir grainé (qui n’est pas du tout visible sur les fiches produits…) et est disponible en noir et marron.
La version marron peut être une excellent choix pour une ceinture formelle (côté lisse) et une ceinture casual (côté grainé).

3 / Une offre variée de chemises

Je vous avais expliqué en introduction qu’on fait attention à tester chez les DNVB des pièces qui apportent une vraie valeur ajoutée au marché.
Dans la nouvelle offre de chemises Paris-Yorker, vous trouverez à la fois des chemises originales, mais aussi des chemises tout ce qu’il y a de plus basiques, qu’on retrouve aussi chez de nombreux concurrents: ce n’est pas forcément ce qui nous enthousiasme le plus pour un test produit, mais c’est ce qui permet à une marque d’être compétitive et de limiter les risques.

Elle est tout de suite assez variée en termes de:
– cols: américain (boutonné), officier et français
– matières: popeline de coton double retors, oxford , denim

A première vue, que des déclinaisons assez classiques donc.

Sauf que Paris-Yorker s’est amusée à mixer des genres auxquels on ne s’attend pas forcément: notamment le col boutonné avec gorge apparente et la popeline de coton. C’est une variation qu’on ne voit pas vraiment d’habitude, étant donné que ces finitions assez utilitaires sont d’habitudes réservées à des tissus assez texturés de chemise, et non pas à une popeline formelle toute lisse.

Je voulais aussi pour information tester la chemise denim, mais malheureusement l’offre commence au S.

II Test des chemises Paris Yorker

Les finitions communes

Si ces deux chemises ont des styles différentes, elles partagent des caractéristiques communes:
– coutures anglaises: 7 points au cm
– hirondelles de renfort
– boutons en nacre véritable
– coutures en croix
– popeline de coton bio espagnole
– confection à Casablanca

Pour des chemises entre 54 et 75€, on est sur un positionnement prix très compétitif

1 La chemise col boutonnée blanche en popeline de coton

Petit rappel sur le col boutonné

Si vous lisez JamaisVulgaire depuis un certain temps, vous savez que la chemise à col boutonné n’a pas vocation à être une chemise formelle (même si elle est blanche).
Le col boutonné était au départ sur les chemises oxford portées par les joueurs de polo anglais il y a plus de 120 ans. Cette chemise a ensuite été portée dans des tenues formelles sous l’influence de marques comme Brook Brothers

Pour moi, son registre idéal reste le style preppy / Ivy League. Etant donné le rendu légèrement plus habillé que confère la popeline de coton, j’ai choisi un style preppy plus habillé, avec notamment un pantalon taille haute avec onglet étendu.

 

J’ai choisie ici la déclinaison sans poche. Ainsi, avec une cravate, on a la formalité d’une popeline de coton blanche et le côté plus nonchalant du col boutonné preppy. La poche poitrine aurait en revanche un côté utilitaire qui n’a rien à faire là.

De la même manière, elle n’aurait apporté à mon goût pas grand chose à la chemise portée sans cravate:

La popeline de coton

Il s’agit d’une popeline de coton bio espagnole avec un poids de 110g/m (assez légère donc) et un titrage 50/1 : elle est est très confortable et parfaite pour le Printemps/Ete.
Elle froisse en revanche vite (ce qui est un peu moins gênant dans le registre semi-formel du col boutonné et de la gorge apparente) et n’est pas spécialement opaque: c’est le propre de toutes les popelines légères d’été.

La popeline en été ?

C’est un choix qui se fait en fonction de votre sudation (pas très glamour, mais lorsqu’il s’agit de s’habiller en été il faut être pragmatique):
si vous avez tendance à transpirer très facilement, je vous déconseille la popeline qui est un tissu qui évacue moins bien l’humidité que l’oxford
si vous êtes dans la moyenne: cette popeline de coton sera bien plus légère que du lin ou de l’oxford et vous tiendra donc moins chaud

Les finitions

Col boutonné

Bonne surprise dans cette gamme de prix, mais les pointes sont piles assez longues pour apporter un beau roulé au col: elles sont de 7 cm. Et bien entendu, le col est souple et sans baleine.

Ces 7cm permettent à la chemise de bien se porter avec une veste aux revers un peu larges, et aussi avec une cravate à la largeur généreuse.

Gorge apparente

Une gorge apparente qu’on retrouve normalement surtout sur les chemises en oxford, avec un héritage Ivy League: moins formelle donc qu’une boutonnière sans gorge.

La coupe

J’ai choisi pour vous montrer la coupe des photos avec la chemise portée manches retroussées, ce qui me semble être le port le plus logique pour ce genre de chemises estivale.

La coupe est ici aussi assez près du corps. Je porte ici du XS que je situerais en largeur de col entre le 36 et le 37.

Contrairement aux chemises col boutonné typiquement preppy, le dos est ici sans pinces et sans le fameux box pleat.

Je la porte ici avec un pantalon The Initialist, on en parle bientôt dans un prochain test !

2 La chemise formelle col français

Pas forcément la chemise la plus intéressante à tester pour moi, mais la plus représentative de la base de l’offre de Paris-Yorker

La popeline de coton

Il s’agit ici d’une popeline de coton double retors 80/2 , donc un peu plus lourde: 123g. Il s’agit d’un titrage classique pour cette gamme de prix: assez fin pour rester confortable et assez robuste pour supporter un port régulier au bureau (quand la vie normale reprendra).

Elle prend ainsi beaucoup moins facilement les plis que la première chemise.

Les finitions

Poignets arrondis: les poignets biseautés ont toujours été un peu trop formels pour moi: le poignet arrondi reste le plus polyvalent.

Le col

On n’ira pas jusqu’à parler de petit col, mais les pans sont ici un peu plus étroits: 5,5 cm. Ca reste tout de même dans la moyenne haute de ce qu’on trouve en prêt-à-porter dans cette gamme de prix et ça permet largement de se faire plaisir sur le noeud, et de porter une cravate avec une largeur digne de ce nom.

 

La coupe

La coupe est plutôt réussie et dessine de dos une belle silhouette en V quand elle est bien rentrée dans le pantalon. L’emmanchure est assez haute.
Je porte ici du XS que je situerais en largeur de col entre le 36 et le 37.
Le dos est sans pinces.

Et le rendu dans la vraie vie ?

Gardez tout de même à l’esprit que, dans la réalité, un vêtement va vivre et, peu importe sa qualité, très rapidement perdre ce fit irréprochable tout près du corps (à moins de rentrer comme un forcené votre chemise dans le pantalon toutes les cinq minutes).

Tout dépend aussi du ceinturage de votre pantalon: un ceinturage un peu relâché (comme c’était le cas avec le pantalon du shooting), et la chemise ressortira plus facilement qu’avec un pantalon avec une ceinture serrée à l’extrême (ce que je déconseille).

On est dans un rendu assez classique pour une chemise de ce prix. Par contre, l’absence de pinces dans le dos explique aussi ce flottement dès que la chemise ressort un peu.

Si vous avez les épaules un peu prononcées par rapport à la taille, la coupe n’est donc pas forcément pour vous (à moins de les faire recintrer).

III Conseils de style

1 A mi-chemin entre sartorial et preppy

La chemise blanche à col boutonné est ici une bonne transition entre la veste texturée et la cravate à motifs: une chemise blanche classique aurait été trop formelle et trop lisse, le col boutonné avec ce léger roulé lui apporte un peu de consistance et lui évite de passer pour une chemise de travail insipide.

J’ai choisi de porter avec le pantalon Singulier de notre précédente collaboration, ainsi que des mocassins Morjas en cuir suédé.

Je porte cette chemise avec:
– une chemise oxford col boutonné
– un pantalon Maison Singulier
– un blazer Blandin&Delloye
– une paire de mocassins Morjas
– une cravate Gentlemenclover

2 Une tenue business avec un twist

Une tenue beaucoup plus classique ici: le contraste bleu foncé et bleu clair fonctionne toujours bien, la cravate rouge à pois blancs rajoute une touche de couleur (et en l’occurence de motifs grâce à leur texture jacquard).

Pour bien coïncider avec la largeur des pans de cols de 5,5cm, on doit ici rester sur une largeur de revers de costumes moyenne à fine: c’est ce que j’ai ici avec ce costume The Initialists (on vous en parle dans le tout prochain test, c’est surtout le pantalon sur lequel j’ai eu un sacré coup de coeur).

Je venais par ailleurs juste de recevoir quelques semaines avant les bottines Mauban de notre collaboration de Décembre: des bottines qui se portent facilement avec un costume très simple, sans se poser de questions.

Je porte cette chemise avec:
– un costume The Initialist
– une cravate Howard’s
– une paire de bottines Mauban

Conclusion sur les chemises Paris-Yorker

Pour la première gamme de chemises d’une marque spécialisée dans la maille depuis 10 ans, Paris-Yorker s’en sort plutôt bien et laisse augurer du meilleur.

La chemise col boutonné en popeline de coton est une déclinaison qui constitue une belle alternative à l’oxford plus classique, et n’est mine de rien pas proposée chez les autres marques, même les DNVB spécialisées dans la chemise.
Elle est beaucoup plus légère que l’oxford et tout à fait indiqué pour l’été, surtout si vous voulez vous essayez à un style preppy un peu soigné.
Je ne vous recommande par contre pas la version avec poche poitrine, qui est pour moi d’un registre trop utilitaire pour de la popeline de coton.

Pour 54€, on a par ailleurs un excellent niveau de finition: 7pts/cm, hirondelles de renfort, boutons en nacre cousu en croix.
On apprécie aussi les 7 cm de largeur du col: pas trop imposant pour le grand public, mais assez généreux pour que les puristes puissent apprécier un roulé convenable.

La chemise col boutonné est disponible ici à 54€

La chemise col français en popeline double retors est quant à elle un peu plus coûteuse: 75€. La différence de prix se justifie notamment par le tissu qui est cette fois-ci une popeline double retors.
Cette chemise est un basique formel et est techniquement compétitive par rapport à ce que les autres marques DNVB dans la chemise peuvent proposer. Sans être spécialement large, le col de 5cm de largeur le rendent acceptable même pour être porté avec un costume aux revers généreux (jusqu’à 9-9,5 cm).

C’est ensuite une histoire de morphologies et de sensibilités personnelle par rapport à la coupe: tout comme pour un chino, un pantalon habillé ou un jean brut, certaines marques auront une coupe qui vous ira mieux que d’autres. Je vous recommande donc de tenter l’expérience avec ces chemise, surtout que les frais de retour sont offerts.

Gardez à l’esprit aussi qu’il n’y a pas de pinces sur les chemises Paris-Yorker: elles ne seront donc pas forcément indiquées si vous avez une morphologie en V.

La chemise col français est disponible ici à 75€

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