Test&Avis Clotilde Ranno: des costumes en petite mesure italienne avec une prise de mesures soignée

Nous avons eu la chance de tester parmi les tailleurs les plus prestigieux en petite mesure napolitaine: Jean-Manuel Moreau, L’Officine.
S’il est indispensable dans la demi-mesure en général de vous aider à bien différencier les tailleurs, ce travail est encore plus exigeant et pointilleux lorsqu’on parle de petite mesure italienne; plus coûteuse et dont les différences se situent plus dans les détails.

Ce travail est d’autant plus important pour ceux d’entre vous qui s’apprêtent à dépenser plus de 2000€ dans un costume, un investissement conséquent pour lequel il est important de savoir où l’on va.

C’est dans cette optique que j’aborde cet article sur Atelier Clotilde Ranno, qui propose depuis quelques années une belle demi-mesure italienne confectionnée à Rome et à présent à Naples.

Nous vous avions déjà parlé de Atelier Clotilde Ranno il y a environ 4 ans: elle était à l’époque spécialisée dans les chemises. Il s’agissait d’une des rares personnes à travailler avec une des plus prestigieuses usines de chemises au monde, où un nombre impressionnant d’opérations était effectué à la main (par une centaine de mains plus exactement, les connaisseurs sauront de quoi je parle).

La voir s’aventurer dans les costumes a forcément éveillé ma curiosité: je savais en tout cas déjà qu’il fallait s’attendre à une confection avec un très beau savoir-faire.

Etant donné que Clotilde Ranno est un nouvel acteur dans la petite mesure parisienne, j’étais très curieux par rapport à cette offre: en particulier quand j’ai vu les premiers résultats notamment sur le fameux John Slamson, un des rédacteurs de Parisian Gentleman.

C’est à ce moment là que j’ai voulu également me prêter au jeu.

I Clotilde Ranno: une mesure italienne pointue encore confidentielle

1 Une belle ascension dans la mesure, concrétisée par l’ouverture d’une boutique

De solides connaissances en patronage, ainsi qu’une belle offre de tissus bio

Si Clotilde n’a pas de formation tailleur à proprement parler, elle a apprit sur le tas avec de solides références: elle commence par un diplôme de management à l’IFM (Institut Français de la Mode) qui inclue les bases de patronage et de coutures.

C’est là bas qu’elle effectue un mémoire sur la mode écologique: elle a ainsi développée une très belle expertise sur les tissus éco-responsables et coton bios. 

Elle se forme ensuite pendant 10 ans en cours du soir sur le stylisme, le modélisme et la création de motifs (pour les tissus) pour obtenir de vraies compétences de créateur-styliste.
Enfin, elle s’est aussi formée directement auprès des maîtres tailleurs avec lesquels elle travaille pour arriver à une connaissance technique avancée sur le patronage.

La prise de mesures est ainsi minutieuse:
– le pantalon: les classiques tour de ceinture, bassin cuisse et mollet ainsi que les longueurs côtés. Pour la longueur et la profondeur d’entrejambe, Clotilde pose des épingles et prends ces mesures après essayage par le client.
Enfin, les genoux cagneux et jambes arquées sont tout de suite pris en compte lors de la mesure: ainsi le produit livré par l’atelier tombe bien tout de suite. Ce n’est pas toujours le cas en demi-mesure industrielle où il faut parfois procéder à des retouches ultérieures pour ce genre de particularités.

– la veste: d’abord le tour de torse, carrure et estomac. Les autres mesures sont prises une fois la veste essayée: longueur des manches et de la veste, largeur de ½ veston, carrure dos et carrure devant, carrure épaule, biceps, avant-bras. Elle mesure également si la hauteur des épaules, bras positionnés à l’arrière ou l’avant.
Clotilde demande aussi à chaque essayage au client s’il met son téléphone ou son portefeuille dans sa poche poitrine, et elle le prend en compte dans ma prise de mesures.

Enfin, Clotilde prendra quelques photos pour illustrer certains points techniques à ses fabricants, pour un maximum de fiabilité.

Plébiscitée par les puristes

Une mesure pointilleuse qui n’est pas passée inaperçue auprès des puristes, en particulier John Slamson, rédacteur chez Parisian Gentleman et qui en parle de manière très élogieuse sur son blog personnel.

Desservie encore par une communication très discrète

Vous me connaissez: quand j’analyse une marque, je n’aime pas du tout me limiter à une analyse technique bête et méchante du produit mais j’aime vous donner une compréhension globale.

Ici, la communication est assez discrète: mise à part John Slamson et moi-même, on ne trouve pas encore sur le compte Instagram de Clotilde Ranno beaucoup de réalisations sartoriales, mais seulement des pièces un peu ordinaires (vestes et manteaux gris anthracite notamment) qui ne la différencient pas tant d’une demi-mesure classique.

Bref, ne vous y fiez pas: elle peut vraiment aller beaucoup plus loin.

Clotilde aime aussi beaucoup mettre en avant son chiot, Ravel, un adorable cocker spaniel. Il n’a certes pas de rapport avec le produit, mais il faut bien admettre qu’il est adorable et c’est le genre de petit plus qui donne de l’âme à une boutique.

J’en profite pour vous donner un premier aperçu du costume:

La boutique rue Caumartin

Clotilde a d’ailleurs pu ouvrir sa première boutique au 2 rue Caumartin 75009 Paris, métro Madeleine, où vous pourrez vous rendre sur rendez-vous pour l’offre mesure. Mais où vous pourrez aussi découvrir des accessoires pas si faciles à trouver à Paris.

La boutique est accueillante, avec aux murs les tableaux de Clotilde, et, pour la cabine d’essayage, un superbe rideau Holland&Sherry.

2 Une offre haut de gamme complète

Une superbe sélection d’accessoires

Ce qui n’est pas non plus foncièrement mis en valeur, c’est la très belle sélection d’accessoires Calabrese disponible chez Clotilde Ranno, avec un goût très sûr notamment sur les cravates madder 7 plis que j’ai beaucoup appréciées

Des chemises toujours qualitatives

Si Clotilde Ranno a depuis changé d’atelier pour les chemises, elle propose toujours des modèles d’une confection ultra pointue où tout est en grande partie fait main:
– le patron
– plus de 30 coutures
– les raccords pour les rayures et carreaux

L’offre mesure

Elle se décompose pour les costumes et chemises en deux gammes. A noter que les costumes sont full canvas (entièrement entoilés de manière traditionnelle) dans les deux cas:

Les costumes cousus machine avec passage main à Rome

Il s’agit d’un cousu machine précis et qualitatif avec certains passages faits main, notamment:
– l’emmanchure montée main
– le dessous du col bâti à la main
– la milanaise faite main

Le costume 2 pièces full canvas est dans ce cas là proposé à partir de 1560€ (le prix dépendra ensuite du tissu) et les chemises à 195€

La gamme faite main à Naples

Il s’agit de l’offre en petite mesure artisanale napolitaine de Clotilde Ranno avec patrons faits main et possibilité d’essayages intermédiaires.
Les patrons faits main permettent de prendre encore plus en compte votre morphologie.

Les prix reflètent la qualité de cette confection:
– +700€ pour les vestes par rapport à l’atelier romain, avec essayage intermédiaire
– +180€ pour les pantalons (et 200€ en supplément avec essayage intermédiaire)

A titre d’exemple, pour le costume que j’ai choisi:
– la veste croisée full canvas fabriquée à Rome est à 1495€ (le prix est plus élevé car la forme croisée consomme plus de tissu et d’un tissu à carreaux qui demande plus d’opérations pour l’alignement des motifs)
– le pantalon cousu main à Naples est à 760€ (et aurait été à 580€ pour un cousu machine à Rome).

Les chemises

Deux gammes sont également disponibles pour les chemises:
– une cousue machine en UE à partir de 20 mesures prises au corps et un patron spécifique à partir de 195€, ainsi que les raccords pour les motifs
– une gamme faite main à Naples (a partir de mi-mars) avec patron fait main et 8 passages main (dont les boutonnières) à partir de 360€ (le prix d’entrée de l’offre qui donne déjà accès aux meilleurs tissus comme Thomas Mason ou Alumo).

Il est possible pour les chemises de faire une chemise patron pour bien valider la coupe. Celle-ci est à 150€ et peut se porter tout à fait normalement car elle est réalisée avec les mêmes finitions qu’une chemise finale.

II Test technique de la veste fabriquée à Rome

Voici les finitions de la veste fabriquée à Rome, ici à 1495€, avec de nombreuses finitions main. J’ai voulu ici une pièce sartoriale très affirmée.

  • Epaulette légère: l’épaule est légèrement structurée, avec une cigarette discrète. Ce qui est plus typique d’un style romain contrairement à l’épaule napolitaine complètement déstructurée

  • Emmanchure montée main: cette méthode de montage beaucoup plus précise permet une plus grande liberté de mouvement et surtout des motifs mieux alignés (pas encore à 100% certes, mais c’est difficile de faire mieux sur ce type de motifs)

 

  • Poche poitrine a barchetta légèrement incurvée: ce qui est foncièrement intéressant avec cette poche poitrine, c’est son placement.  Il arrive en effet fréquemment sur les confections moins qualitatives que les revers larges couvrent presque intégralement la poche poitrine, ce qui rend la pochette complètement inutile.
    Elle est ici placée un peu plus bas, de manière à rester tout de même visible.
  • De généreux revers de 10,5cm avec double milanaises faites main: pour ce croisé, je voulais un costume très affirmé aussi bien à travers les motifs que la construction. La double milanaise faite main est un signe distinctif d’un style et d’une confection typiquement italiennes.
  • Le dessous du col en feutre est monté à la main, ce qui lui permet de mieux se plaquer contre la nuque et l’avant, d’où ce cran qui se pose parfaitement sur le torse.

  • Veste entièrement doublée: il s’agit d’un costume habillé, 4 saisons et structuré. Il était donc logique de choisir une doublure intégrale avec ici une belle doublure bordeaux qui rappellent les carreaux rouges.
    On trouve également 5 poches intérieures avec à gauche une poche smartphone pas trop basse et entre les deux une poche ticket bien pratique.
  • Le tissu Holland&Sherry Bouclana: plus qu’un “simple” Prince de Galles bleu à carreaux rouge, il s’agit en fait d’un tissu avec une texture très légèrement bouclée (d’où le nom Bouclana), ce qui rajoute beaucoup de caractère à l’ensemble mais sans pour autant avoir un rendu trop chargé.
  • Les poches plaquées latérales: un type de poche que je préfère car je le considère comme beaucoup plus polyvalent: il me permettra ainsi de porter cette veste de manière dépareillée (je la vois déjà bien avec mon pantalon Alberto Volgio)
  • Le boutonnage croisé 6×2: il m’arrive parfois de me sentir un peu engoncé dans un croisé classique. Ce n’est pas du tout le cas ici grâce à la prise de mesure réussie de Clotilde et au placement des boutons bien étudié

Vous ne manquerez pas non plus sur cette photo l’alignement parfait des carreaux entre les deux pans de la veste.

Le fit

La première chose qui m’a surprise en enfilant ce costume, c’est le décalage entre le ressenti et le visuel:
à l’essayage: une veste très confortable, avec un grand sentiment d’aisance. En l’essayant les yeux fermées, j’aurais pu croire qu’elle était trop grande
visuellement: une veste qui tombe pourtant parfaitement, de manière droite avec un cintrage très discret et avec un simple pli de tension au niveau du boutonnage. Une silhouette vraiment intemporelle qui pourra m’accompagner longtemps.

 

III Test technique du pantalon

Pas de gurkha ici, ni de large patte de boutonnage: l’idée était de trouver un équilibre pour la pièce. Le motif Prince de Galles est déjà un peu chargé donc il fallait rester sobre sur le reste.
Vous pouvez donc d’autant plus apprécier les pinces, les ajusteurs latéraux a pistola, ainsi que les travetti et surpiqûres faites main.

  • La sous-ventrière: située à l’avant-gauche du pantalon, c’est la fameuse patte intérieur qui peut s’accrocher avec deux boutons de l’autre côté. Elle donne un effet gainant et permet un boutonnage plus équilibré grâce à une meilleure répartition de la tension.
    Concrètement, c’est un peu comme une sous-ceinture qui permet d’avoir un maintien sur 11 cm de haut au lieu de seulement 4cm (comme une ceinture classique).
    Elle apporte plus de maintien, de confort et surtout d’élégance grâce à un tombé bien meilleur. 

 

  • Les poches incurvée : Tout comme les poches plates et la poche poitrine, elle est également légèrement incurvée.
  • Les pattes de serrage A pistola :  Signe particulier d’une confection napolitaine très haut de gamme, la patte recouvre ici à la fois la ceinture et le haut du pantalon, ce qui permet une meilleure répartition de la tension. D’une forme de pistolet, on l’appelle “a pistola”.

  • Doubles pinces: elles sont très marquées et ont une belle profondeur
  • La ceinture intérieure entoilée:  Une finition très haut de gamme qu’on ne retrouve que chez les culottiers napolitains. La durabilité et le maintien obtenus en sont bien meilleurs.
  • Poches arrière double passepoilées et boutonnées: rien de spécial là-dessus.On remarque sur cette photo l’alignement parfait des motifs entre les deux jambes.

 

III Conseils de style

Un croisé Prince de Galles bleu à carreaux rouges, ça semble dit comme ça difficile à porter. Pourtant, il est facile de mélanger les registres.

S’il y avait eu un Pitti Uomo hivernal, j’aurais probablement porté ces deux tenues.

Tenue sartoriale habillée

Tout est dans le titre: cette tenue ne joue que sur le registre habillée avec ce joli manteau Prince de Galles col châle croisé de chez Maison Lener.
On a une superposition de motifs Prince de Galles, rendu possible grâce à leur différences en termes de couleurs et de dimensions. L’écharpe Elizabetta apporte un autre micro-motif dans un ton coloré qui permet de séparer plus facilement le costume et le manteau.

J’ai encore une fois choisi ici la montre Riskers, dont la forme galet et le cadran minimaliste conviennent bien à cette tenue habillé.

Enfin, j’ai choisi les richelieu balmoral CNES et des chaussettes super-solides de Mes Chaussettes Rouges qui s’inscrivent toutes deux bien dans cette démarche de formalité un peu plus originale.

Je porte ici:
– un manteau Maison Lener
– une écharpe Elizabetta
– des richelieu balmoral CNES
– une chemise Claude CCF
– une cravate Gentlemenclover

Tenue sartoriale militaire

On joue un peu plus avec les registres ici avec la Jungle Jacket Yeossal qui permettent une tenue sartoriale aux accents un peu militaires, comme on pouvait jadis en voir au Pitti Uomo. Comme je l’avais expliqué dans le test de cette veste, la géométrie travaillée des poches en biais avec pli creux se marie bien avec la construction croisée de la veste.

Pour faire echo à la texture forte du tweed donegal de la Jungle Jacket et au tissu bouclé du costume , j’ai ici choisi une cravate en soie de Panama (un type de soie sauvage) avec motifs chevrons de chez Maison Baylé. Evidemment, on évite d’assortir la cravate et la pochette: il y a ici un rappel discret sur les tons de couleurs.

J’ai encore une fois choisi les richelieu CNES avec ici les chaussettes vanisées de chez Maison Baylé: ces chaussettes aux côtes contrastantes rappellent subtilement le bleu et le rouge du costume.

Je porte ici:
– une Jungle Jacket Yeossal
– une cravate et une pochette Maison Baylé
– des richelieu CNES
– une chemise Claude CCF

Conclusion

Pour tout vous avouer, je trouvais il n’y a pas si longtemps très ambitieux de la part de Clotilde de se lancer directement dans la petite mesure italienne, là où il y a déjà plusieurs acteurs parisiens bien établis et avec une sacrée réputation.

Je n’avais pas non plus vu de réalisations spécialement impressionnantes à part le blazer bleu marine sans fautes de John Slamson. Bref, la question se posait réellement de savoir si sur une offre à partir de 1500 euros (et dans mon cas 2200 euros), Atelier Clotilde Ranno était un bon choix, en particulier en termes de qualité de la prise de mesures.

Comme vous avez pu le lire, j’ai été pleinement satisfait du tombé du costume: c’est la première fois que j’ai une telle impression de confort, d’aisance et d’espace, à tel point que j’ai cru au début que la veste n’était pas assez ajustée.

Au final, c’est un tombé droit, intemporel et légèrement ajusté qu’on obtient, comme je n’en avais pas encore connu chez d’autres tailleurs.

En termes de confection, j’apprécie ici surtout la possibilité de mélanger confection romaine et napolitaine: la confection machine romaine convient bien à une veste avec un peu de structure aux épaules tandis que la confection main napolitaine ouvre un véritable horizon des possibles en termes de détails, de tombé et de finitions main.

J’aurais voulu pouvoir vous faire un comparatif technique poussé avec des offres similaires (Jean-Manuel Moreau ou l’Officine, mais c’est Gustave qui avait testé ces costumes donc compliqué de comparer sans les porter au quotidien): c’est un projet que je garde en tête pour plus tard.

L’idée ne sera pas de mettre en avant un tailleur plutôt qu’un autre, mais plutôt de vous aider à voir les différentes approches possibles entre ces différentes maisons, entre la demi-mesure et la grande mesure, dont l’offre peut être vue comme encore un peu floue.

En attendant, je vous recommande chaudement d’aller jeter un coup d’oeil à Atelier Clotilde Ranno, au 2 rue Caumartin à Paris (métro Madeleine), pour son offre mesure ou pour sa très belle sélection d’accessoires.

 

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