Test&Avis Besnard: une confection napolitaine sartoriale accessible (test de la Safari Jacket Abraham Moon)

Vous savez ce que je regarde en premier chez une nouvelle marque ?

C’est la manière dont elle se différencie de ce qui existe déjà. Et vous vous en doutez, dans la fameuse niche de marques sartorialistes en prêt à porter qui distribuent entièrement en ligne, il y a du monde au portillon.

Mais parmi elles, peu se focalisent sur la meilleure qualité de confection possible en restant dans des prix raisonnables.

Ainsi, j’ai eu une très agréable surprise lorsque j’ai entendu parler de la marque Besnard, avec bonne partie de son offre confectionnée à Naples (ce qui est vraiment compliqué à trouver dans du prêt à porter milieu de gamme) et proposée à des prix très raisonnables (chemise à 160€, saharienne en tweed à 650€).

I BESNARD: UN HERITAGE FAMILIAL ANCRE DANS LE TAILORING

1 D’Albert Besnard à Victor Besnard

Besnard est fondée par Victor Besnard en 2018. Tout commence en réalité 140 ans plus tôt avec son arrière-arrière-grand-père, Albert Besnard, qui crée son atelier de tailleur en 1876 à la Haye à l’âge de 26 ans.
Il s’agit à l’époque d’un petit atelier situé à côté du Palais Royal: bien pratique puisqu’Albert Besnard était spécialisé dans la confection d’uniformes et de costumes pour la cour. Il se construit ainsi une belle clientèle d’aristocrates et de diplomates et parvient en une quarantaine d’année à bien développer sa structure.
Malheureusement, il ne trouvera pas de successeur pour reprendre les rênes de l’établissement.

140 ans plus tard, Victor découvre un des costumes de son ancêtre: il avait justement déjà à cette époque une belle expérience dans le textile chez un tailleur à Amsterdam et un multimarque de luxe qui lui avaient donné un fort intérêt pour le tailoring et le style masculin avec une affection particulière pour le tailoring napolitain déstructuré, et des icônes de cinéma comme Sean Connery ou Cary Grant.

Ainsi, il se décide à relancer l’enseigne, en parallèle de son travail de consultant en stratégie, avec l’aide de certains de ses anciens collègues de sa maison de tailleur qui l’assistent sur les patrons et le développement des prototypes.

Cet amour du beau et du bien fait se traduit dans une offre de prêt-à-porter majoritairement réalisée en Italie (avec certaines pièces à Naples), avec toutes les exigences qu’on peut trouver dans la mesure italienne.

2 Une offre de basiques soignée

a Chemises fabriquées à Naples avec de nombreuses finitions faites main

Avant même de pouvoir tester la saharienne, j’avais déjà remarqué Besnard sur Instagram pour le superbe roulé de col de ses chemises en oxford col boutonné (le tout grâce à des dimensions généreuses: 9cm de largeur).

De manière générale, la gamme de chemise de Besnard est réalisée à Naples avec 4 passages main:
– le col
– les emmanchures (avec notamment une emmanchure décalée)
– la fixation des boutons (en Mother of Pearl)
– les hirondelles

C’est vraiment intéressant de pouvoir accéder à cette qualité de confection napolitaine pour 160€

b Pantalons

Idem pour les pantalons: il n’est pas forcément évident de trouver une vraie taille haute bien marquée en prêt à porter. Elle est ici déclinée dans une version assez simple et basique du pantalon habillé: une pince et ajusteurs latéraux.

Besnard a démarré son offre de pantalons avec des chinos habillés en coton confectionnés au Portugal. Victor a ensuite déplacé sa production en Italie: tous les nouveaux pantalons (par exemple les modèles en flanelle VBC) y sont confectionnés.

3 Style général de la marque

C’est ce qui m’a aussi beaucoup plu chez Besnard: une identité visuelle extrêmement sobre qui laisse s’exprimer de très belles matières et des constructions soignées.

II TEST DE LA SAHARIENNE EN LAINE ABRAHAM MOON

C’est toujours intéressant de tester de l’outerwear sur des nouvelles marques digitales: il s’agit de pièce coûteuses à produire, sur lesquelles elles doivent se différencier pour affirmer leur identité, mais sans prendre trop de risques pour autant.

J’ai donc jeté mon dévolu pour ce test sur la saharienne en tweed Prince de Galles Abraham Moon.

1 La coupe

Il s’agit d’une saharienne prévue pour différents niveaux de layering: par dessus un costume, une grosse maille ou une simple chemise. Le dos boutonné est ainsi prévu pour un ajustement facile.

De la même manière les deux fentes latérales permettent une belle liberté de mouvement.

2 La structure

Cette saharienne est complètement déstructurée et non doublée, avec simplement une parementure américaine: ça la rend facile à enfiler par dessus un costume.

Seule une légère doublure en viscose est présente dans le dos et évidemment dans les manches pour enfiler plus facilement la veste.

Epaules

Etant donné que la veste est complètement déstructurée, l’allure des épaules dépendra de ce que vous porterez en dessous.
On peut avoir un rendu très défini avec un costume en dessous:

Ou un rendu légèrement plus lâche avec ici une grosse maille en dessous:

3 Le tissu

Il s’agit d’un tweed Prince de Galles Abraham Moon avec un grammage assez moyen qui convient bien, sur ce genre de veste non doublée et déstructurée à des températures allant de 7-8 degrés à 19-20 degrés. Elle est pour repère légèrement plus chaude que la Jungle Jacket Yeossal.

Le Prince de Galles est en tout cas plutôt coloré avec un beau contraste entre les lignes ocres et les lignes vert forêt: il convient parfaitement à un style Gentleman Farmer prononcé.

4 Les finitions

Les poignets

Je ne sais pas pour vous, mais je ressent toujours un malaise profond lorsque le sacro-saint centimètre de poignet de chemise ne dépasse pas de ma veste. Et, sur toutes mes pièces d’outerwear, c’est la première fois que je trouve une manche qui puisse se refermer aussi bien autour de mon poignet, pour que tout tienne correctement en place.
Le bouton en corne est par ailleurs facile à manipuler, même avec des gants, en particulier grâce à la boutonnière faite main assez généreuse.

 

Si vous regardez bien vous verrez par ailleurs une couture verticale à droite de la boutonnière du poignet: il s’agit d’un travetti. Ceux-ci sont aussi présents sur les poches.

Les poches

On apprécie beaucoup le travail sur les poches avec à la fois
-le rabat en forme V avec un subtil arrondi
-un pli creux pour les poches poitrines (en revanche pas pour les poches latérales).

Le placement des poches et le respect de l’alignement des motifs permettent d’ailleurs de bien se rendre compte de la qualité de cette confection napolitaine.

Finitions diverses

J’étais surtout habitué à la confection napolitaine pour les costumes en petite mesure (pour lesquels les budgets sont généralement de plus de 2000€). Je ne pensais pas pouvoir retrouver cette qualité de confection en prêt à porter dans un tarif à peu près accessible pour une pièce d’outerwear, c’est à dire à moins de 1000€.

Pourtant, on retrouve énormément de fait main ici:
– le col
– l’emmanchure
– les boutonnières
– la couture des boutons en corne: c’est particulièrement flagrant à ce niveau avec une couture zampa di gallina et des boutons montés sur pied (ce qui est la manière la plus durable de les coudre)
– les travetti au niveau des poches et des poignets

 

III CONSEILS DE STYLE

J’ai opté pour deux tenues possibles: une sartoriale et une Gentleman Farmer. Je ne suis pas allé chercher très loin cette source d’inspiration puisque c’est ce qui est suggéré tout en bas de la fiche produit de la saharienne:

Sartoriale

Avec un tweed Prince de Galles aussi prononcé, je m’attendais à vrai dire à une pièce forte niveau couleur, qui demande une certaine sobriété sur le reste de la tenue. Ce n’est en fait pas vraiment le cas et on peut juxtaposer d’autres couleurs assez vives à l’ensemble.

C’est ce que j’ai fait ici avec le costume Clotilde Ranno Prince de Galles bleu et rouge: on cumule ici deux motifs identiques mais avec des couleurs, une épaisseur de motifs et des textures qui n’ont pas grand chose à voir. Du coup, ça passe 🙂

Je n’ai pas de contre indication particulière ici, à part peut-être d’éviter de porter un costume trop sage, en simple sergé de laine qui aurait l’air très fade et trop formel par rapport au tweed.

De la même manière, des richelieu noires bout droit seraient trop formelles et austères par rapport à ce tweed un peu coloré. J’ai ainsi opté pour des richelieu Crockett&Jones marron, une couleur plus décontractée, avec un cuir Antiqued bien particulier dont on vous reparlera.

Je porte avec:
– un costume Clotilde Ranno
– une cravate Dare in Paris
– une chemise Maison de l’Homme
– des chaussettes vanisées Maison Baylé
– des richelieu Crockett&Jones

Une Gentleman Farmer

C’est le registre tout indiqué pour cette veste: elle se porte parfaitement par dessus une grosse maille un peu texturée. C’est ce qu’on a ici avec le pull col roulé Paris Yorker (il s’agit de l’édition limitée en laine perlée).

Si cette tenue reste majoritairement dans un style Gentleman Farmer, l’idée reste de mixer les influences et de conserver une touche sartoriale: c’est ce que permet le pantalon Abensia. Pour rappel, il s’agit d’un pantalon en velours côtelé dans un gris taupe original mais très polyvalent, et avec une belle touche habillée à travers la fermeture D-Ring et les deux pinces.

Enfin, les derbies demi-chasse Cactus de chez Hardrige complètent bien la tenue: il s’agit de chaussures utilitaires ancrées dans le registre Gentleman Farmer, avec un beau cousu norvégien.
On est cependant très loin de la chaussure pataude: elles sont bien assez fines pour s’intégrer sans soucis à une tenue de ville. Elles se portent même bien avec des chaussettes vanisées un peu habillées (ici de chez Maison Baylé).

Je porte avec
– un pull col roulé Paris-Yorker
– un pantalon habillé Abensia Paris
– des chaussettes vanisées Maison Baylé
– des derbies demi-chasse Hardrige

CONCLUSION

C’est probablement la première fois que je teste une pièce de prêt-à-porter réalisée à Naples: le niveau de finitions faites main est impressionnant pour une de l’outerwear napolitain distribué à ce prix. L’alignement des motifs au niveau des poches est par exemple un excellent gage de qualité.

A l’image de l’offre de Besnard, l’esthétique est ultra-réussie: il s’agit certes d’une pièce forte mais avec laquelle on arrive facilement à jongler entre plusieurs styles. Avec son tissu Abraham Moon au grammage moyen, elle se portera facilement pendant la mi-saison, entre 5 et 20 degrés.

Bref, si vous voulez goûter au savoir-faire napolitain avec une très belle pièce d’outerwear qui se portera autant en mi-saison que les jours hivernaux un peu plus doux, je vous recommande cette saharienne en tweed Abraham Moon disponible ici à 650€.

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