Soieries du Mékong x JamaisVulgaire: les écharpes texturees en laine et soie, fabriquées au Cambodge

Ca faisait un petit moment que je voulais relancer les écharpes fabriquées au Cambodge, mais aussi vous proposer des motifs et textures différents de ce que l’on trouve dans le commerce classique.


Je vous ai proposé à plusieurs reprises, et cette année encore avec Krama Héritage, des écharpes en soie sauvage: une soie très représentative de l’artisanat cambodgien, avec du caractère et des irrégularités caractéristiques du fait main.

A la différence de la soie classique brillante, la soie sauvage est plus mat et a une texture plus riche: elle convient donc bien à une tenue masculine.

Je voulais cependant vous proposer une alternative, avec une soie plus lisse et fluide, moins rêche et toujours avec une texture travaillée.

Idéalement avec un mélange de matière laine/soie pour bénéficier des propriétés thermiques de ces deux matières.

Et c’est ce que je vous propose aujourd’hui avec les écharpes en mélange laine et soie de la marque Soieries du Mékong, elles aussi fabriquées au Cambodge.

I Soieries du Mékong: des savoirs-faire préservés, à travers des pièces modernisées

Reconstruire les savoirs-faire à Banteay Chhmar

Les ateliers de Soieries du Mékong sont localisés à Banteay Chhmar, au nord-ouest du Cambodge (une province que je connais très mal, alors que j’y ai vécu 2 ans et demi). Il s’agit d’un site archéologique important et ancien encore assez peu compris.

En terme touristique, le site est donc prometteur mais le village, frontalier de la Thaïlande, est en revanche extrêmement pauvre: beaucoup de femmes doivent donc aller travailler en Thaïlande, ou dans des casinos frontaliers pour envoyer de l’argent à leur famille. Inutile de vous faire un dessin, mais elles pratiquent des professions malheureusement assez peu enviables.

C’est en 1998 que Philippe de Pougnadoresse se rend dans ce village dans le cadre d’une mission pour l’association Enfants du Mékong (dont on va reparler plus bas): il constate cette situation économique peu enviable.

Mais il dresse également les forces sur lesquelles ce village pourrait compter pour se remettre sur pied: parmi elles, une survivante du génocide khmer rouge, que les villageois appellent Neak Krou (neak = personne, et krou = enseignant). C’est la dernière du village à maîtriser l’art traditionnel du tissage de la soie, et à pouvoir le transmettre.

Le génocide khmer rouge et la perte des savoirs-faire

Ce n’est pas le sujet de l’article, mais il est important de vous donner un contexte: les khmers rouges avaient une idéologie communiste extrême, qui voulaient arriver à la société utopiste communiste parfaite théorisée par Karl Marx.
Cette idéologie est donc également nihiliste: une fois au pouvoir en 1975, il leur fallait faire table rase de tout ce qui constituait le monde d’avant, perçu comme capitaliste et impérialiste. Cela impliquait donc de détruire le lien social, le lien familial mais aussi toutes les technologies, les savoirs-faire (et même les arts martiaux).

Ce bond en arrière a été extrêmement aliénant pour la population et a laissé un handicap durable pour le développement du pays dont on constate encore les séquelles aujourd’hui.

L’objectif devient alors limpide: il faut transmettre ces savoirs-faire pour les empêcher de s’éteindre, puis dans un second temps capitaliser dessus et construire un atelier pour donner du travail aux femmes du village, et les rendre indépendantes économiquement.

C’est ainsi qu’est née Soieries du Mékong, qui a depuis 1998 formé une centaines de tisserandes, avec un vraie statut d’artisanes: la structure emploie actuellement une soixantaine de de personnes. En 2019, c’est 6200 pièces qui ont été crées.

Un savoir-faire traditionnel khmer, modernisé par des acteurs du luxe français.

Non content de transmettre les méthodes traditionnelles de confection, Soieries du Mékong a pu à travers un partenariat avec la Fondation d’entreprise Hermès bénéficier du savoir-faire d’Hermès pour la formation des tisserandes.

L’association fait aussi appel à des professionnels du design reconnus dans le monde de la mode comme Martine Leherpeur (professeur à l’IFM et qui travaille dans un des premiers bureaux de style français).

Cet apport est assez flagrant lorsqu’on examine la collection de Soieries du Mékong.

Une collection moderne, avec des mélanges de matières et adaptées au marché européen

Depuis 8 ans, j’ai vu défiler de nombreuses marques qui faisaient fabriquer leurs écharpes au Cambodge. Et j’ai aussi vu les collections des fournisseurs locaux.
Celles-ci s’éloignent en général très peu du krama de base, et innovent assez peu par rapport aux design locaux très peu adaptés au marché européen.

Alors qu’il y a un véritable savoir-faire à valoriser, j’ai donc longtemps cherché avant de trouver des produits intéressants à part la soie sauvage.

Grâce à l’expertise de ses intervenants dans la mode, Soieries du Mékong a réussit à innover à la fois à travers des mélanges de matières, mais aussi des motifs et contrastes de couleurs innovants, avec de belles réinterprétations de tartans et des color-blocks bien pensés

L’association Enfants du Mékong

C’est par le biais de la marque Riskers que j’ai pu entrer en contact avec Guillaume d’Aboville, le dirigeant d’Enfants du Mékong. Si le rôle de ces associations est primordial dans l’éducation d’une nouvelle génération, il est absolument critique en ce moment, alors que le pays est privé de ses revenus touristiques (soit une majeur partie de ses revenus).

Une grosse partie des khmers qui vivaient de petits boulots déjà précaires: tuk-tuk, moto-taxis, vendeurs à la sauvette etc se retrouvent complètement privés de revenus. Et c’est aussi le cas pour les professions plus installées mais très dépendantes du tourisme: hôtellerie, guides touristiques

Guillaume m’a ainsi confié que l’association avait distribué en seulement 3 mois l’équivalent de 15 ans de riz. L’association a ainsi lancé une caisse d’urgence covid-19. Guillaume vous en expliquera davantage ici:

Au-delà de cette aide directe, la vocation d’Enfants du Mékong, crée en 1958 par René Péchard, ancien soldat français reconverti en dentiste à Ventiane, qui s’investit au fur et à mesure dans l’éducation des enfants les plus pauvres et vulnérables (jeunes filles, handicapés, réfugiés, minorités ethniques etc) aux alentours, puis crée des premières structures et voit à long terme ce projet sur toute l’ex-Indochine

De nos jours, c’est plus de 60000 enfants qui sont pris en charge et dont l’éducation est assurée à travers le parrainage, avec un effort sur la déontologie et la transparence financière.
Bref, il s’agit d’action similaire à celles de Banteay Chmar, menées à une envergure régionale en Asie du Sud-Est avec un large panel d’infrastructures et de bourses.

Pour avoir d’ailleurs une idée plus concrète de leur action, Guillaume m’a d’ailleurs offert un recueil rédigé par les filleuls Enfants du Mékong où chacun d’entre eux raconte son parcours.

Des marges réduites, et une vraie transparence sur les coûts

Je vous parle beaucoup de ces DNVB qui font le maximum d’efforts pour être le plus transparente possible sur leurs coûts et réduire leurs marges.
Soieries du Mékong est exactement dans le même état d’esprit. Ainsi, pour un foulard vendu 100€ sont payés:
35€ de main d’oeuvre pour le travail des tisserandes et leur protection sociale (un coût supplémentaire par rapport au salaire minimum)
24€ de matières premières, dont les 2/3 sont achetés à des fournisseurs locaux
– 23€ de frais structurels (outils, locaux) et de taxes
– 18€ de distribution en France.

Bref, sur un foulard vendu 100% TTC, on a donc déjà 59€ directement investis dans le produit en lui-même, soit une marge brute bien inférieure aux X2 classique (d’environ 1.7), et donc un rapport qualité/prix qui sort de l’ordinaire

Soieries du Mékong n’est ainsi pas une marque classique, qui a des actionnaires cherche à être rentable, mais une branche d’Enfants du Mékong à qui 100% du bénéfice est reversé (et encore, quand il y en a un).

Les coûts sont également comprimés au maximum avec:
– 0 budget publicitaire
– que du bouche à oreille
– un seul salarié en France, entouré de bénévoles

Savoir-faire et matières

Une image vaut 1000 mots, voici une vidéo sur les étapes de tissage des écharpes Soieries du Mékong: j’en retiens en particulier une teinture de 8H (plus longue que la normale) qui permet des couleurs éclatantes, ainsi que des franges nouées à la main.

 

 

II Test des écharpes en dégradé soie/laine

Pour cette collaboration, j’ai choisi les écharpes en laine et soie dégradées, avec un subtil motif losange et chevrons.

1 La matière 24% soie et 76% laine

D’entrée, on voit sur le packshot le volume qui se dégage de cette écharpe

Le mélange laine et soie permet un excellent compromis sur:
– une matière lumineuse, sans être précieuse: j’optais toujours pour la soie sauvage car la soie classique est trop lumineuse et donne un aspect général trop précieux pour une tenue masculine. Ici, les 76% de laine atténuent cette luminosité et donnent un côté plus mat à l’ensemble

– un touché duveteux et une vraie souplesse: un 100% soie est évidemment très agréable au touché et très doux. Pour autant, quand on rentre dans l’hiver, on attends encore plus de la texture d’une écharpe et on aime en particulier le côté légèrement duveteux de la laine (qui permet davantage de retenir l’air chaud). Ici, c’est précisément ce qu’apporte la laine.
On a ici une vraie souplesse et un bien meilleur tombé qu’une écharpe 100% soie.

 

une consistance et un volume parfaits pour l’hiver: la laine apporte également une consistance bien supérieure à l’écharpe (ce qui vous tient donc forcément plus chaud) et un poids idéal pour l’hiver (qui aurait été d’ailleurs hors de prix avec de la pure soie)

une texture travaillée avec une finesse caractéristique de la soie:  c’est le gros point fort de cette écharpe. J’y ai retrouvé exactement les mêmes types de motifs ikat (en forme de losange) que sur les écharpes en soie sauvage que je distribuais

2 Les couleurs disponibles

Dégradé bleu/gris

Forcément, il s’agit du modèle le plus masculin et le plus facile à porter: sa sobriété le rend facile à porter dans des tenues formelles classique, entre un costume et un pardessus.

Dégradé rouge/orange

Il s’agit d’un coloris plus difficile à porter dans un style masculin, mais qui peut bien se porter en prenant quelques risques, ou en restant dans un ton Automnale/Gentleman Farmer. On est ici dans un registre un peu plus bohème et beaucoup moins formel

Evidemment, en cette période cela sera aussi une excellente idée cadeau pour les femmes de votre entourage:

III Conseils de style

Un style formel avec l’écharpe dégradée soie/laine bleue et gris

J’avais ici besoin d’une écharpe qui apporte un peu de motif et prenne bien la lumière, tout en restant discrète sur les couleurs (car il y avait déjà les gants vert): le modèle dégradé bleu et gris convient parfaitement.

Il permet une belle transition visuelle entre le manteau en laine 3/4 et le combo chemise popeline et cravate en grenadine de soie (elle aussi à motifs).

Dans l’ensemble de la tenue, on a donc un rappel entre le bleu et le gris métallisé qui n’a cependant pas l’air forcé grâce au contraste de matières.

Je porte ici l’écharpe Soieries du Mékong avec:
– un manteau en laine 3/4 The Initialist
– une chemise à petits carreaux Hast
– une veste de costume SuitSupply
– un pantalon habillé Scavini
– une cravate Gentlemenclover
– des gants en cuir de cerf The Nines
– une montre Riskers
– une paire de bottines Astoria de chez Malfroid

 

Un style plus artiste avec l’écharpe dégradée rouge et orange

Pour cette écharpe dégradée rouge/orange, j’ai composée une tenue plus casual et très automnale qui joue sur le contraste entre les différents verts (vert forêt et vert khaki) : l’écharpe Soieries du Mékong permet une bonne transition entre ces différents tons, et rajoute de la couleur.

Les tons sont par ailleurs assez proches entre le pantalon, les bottes, les gants et l’écharpe: on joue sur le contraste de matières

J’ai choisi pour le bas un pantalon de costume Scavini en flanelle marron à rayures marron claire: un bon mélange entre style formel et style Gentleman Farmer.

On se rend compte en particulier sur cette photo du volume de l’écharpe: c’est particulièrement agréable d’avoir à la fois du volume et de la consistance, mais aussi une matière aussi fine et travaillée.

Je porte ici l’écharpe Soieries du Mékong avec:
– un manteau en laine double face Johnston of Elgin
– une chemise à petits carreaux Hast
– un pull Paris-Yorker col cheminée
– des gants en cuir d’agneau The Nines
– un pantalon de costume Scavini Paris
– une montre Riskers
– une paire de bottines Astoria de chez Malfroid

Deux styles habillés

Enfin, j’ai composé deux tenues tout aussi habillées avec le fameux manteau motif Prince de Galles de chez Maison Lener: les écharpes y apportent de la couleur et une texture discrète.

Je porte ici l’écharpe Soieries du Mékong avec:
– un manteau Maison Lener
– des mocassins Morjas
– une chemise Maison de l’Homme
– une cravate Gentlemenclover

Je porte ici l’écharpe Soieries du Mékong avec:
– un manteau Maison Lener
– des mocassins Morjas
– un costume Suitsupply
– une cravate Gentlemenclover

Conclusion

J’ai longtemps cherché un nouveau type d’écharpes à vous proposer, qui soit fabriqué au Cambodge et qui change un peu. Ce modèle dégradé Soieries du Mékong est un peu un mouton à cinq pattes qui apporte à la fois les bénéfices de la soie et de la laine avec:
– une matière qui prends bien la lumière, sans être trop précieuse
– un beau tombé, un volume imposant et une consistance adaptée à l’hiver
– un touché soyeux et duveteux à la fois idéal pour tenir chaud au contact de la peau
– toute la finesse des motifs permises par la soie

En plus de ça, le rapport qualité/prix est imbattable grâce à cette structure de marque associative: une marge brute à peine à 1.7 (là où les DNVB les plus aggressives sont à X2 minimum).

59% du prix est dédié au salaire de tisserandes et d’employés qualifiés avec de bonnes conditions de travail (et dont des structures comme Hermès ont participé à la formation), et à des matières sourcées pour les 2/3 au Cambodge.

Les écharpes en laine et soie à motif Ikat sont disponibles en collaboration avec Soieries du Mékong à 125€ jusqu’au 18 Décembre pour une livraison avant Noël. Dans le cadre de cette collaboration, vous bénéficiez d’une réduction de 10% avec le code promo JAMAISVULGAIRE10.

Valery

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