Max Martin: un tailleur à Saint-Brieuc avec une personnalisation unique en demi-mesure

On vous propose en ce moment beaucoup de tests de tailleurs. Celui-ci est le dernier sur le mois d’Août, et il est aussi un peu différent, à la fois en terme de localisation et de façon.

Nous parlons généralement de tailleurs parisiens, et trop peu de tailleurs de grandes villes de province (le dernier était Keitel à Lille). J’ai eu l’occasion de rattraper un peu ça récemment avec un un tailleur de la ville de mes parents (Saint-Brieuc): Max Martins.

I L’histoire: de Shanghai à Saint-Brieuc

Quelques mots sur Saint-Brieuc avant d’évoquer Max Martin: comme beaucoup de ville de province, son centre ville historique périclite au profit de centres commerciaux situés en périphérie (et ça se voit très facilement au nombre de bails commerciaux vacants, qui ont pourtant pignon sur rue).

Afin d’au moins limiter ce déclin et de re-dynamiser le centre-ville, plusieurs initiatives ont été mises en place comme celle des Boutique Starter: un local dont les travaux sont pris en charge par la banque, avec un loyer très modéré pendant 2 ans.  C’est l’opportunité dont a profité Maxime pour se lancer sans risques.

Celui-ci travaillait auparavant à Shanghai en commerce international, et appréciait particulièrement s’y faire ses costumes. De fil en aiguilles (aha), il trouve un fournisseur satisfaisant pour lequel il commence à prendre des commandes auprès de son réseau. Il n’en faut pas moins pour se former au métier de tailleurs et se lancer naturellement à son compte.

1 Le concept: une personnalisation poussée à l’extrême (avec ses risques)

Le gros point fort de Max Martins, c’est très certainement sa personnalisation: Maxime travaille avec une usine chinoise qui propose quasiment toutes les variations possibles et imaginables sur les finitions d’un costume. Pour en faire tout le tour, il nous a fallut quasiment 4 heures (contre 30 à 45 minutes en moyenne chez un tailleur classique) :3 heures pour la veste, 1 heure pour le pantalon.

Impossible de vous faire un inventaire exhaustif sinon l’article serait trop long: voici quelques possibilités qui m’ont marquées.

Les types de boutonnage: on connaissait le un, deux et trois boutons (et même le deux boutons et demi). On ne connaissait pas par contre toutes ces variantes de deux boutons et demi, avec en particulier la possibilité de choisir à quel niveau commence le roulé du revers.

La composition des poches: avec ou sans poche monnaie dans les poches intérieures

 

La bande intérieure du pantalon: Pour ce genre de finition particulière, on peut aussi voir deux types d’aperçus: un schématique et un en photo qui permet de se faire une meilleure idée du rendu.

Le choix des boucles pour les ajusteurs latéraux: à sélectionner en fonction du tissu et du type d’ajusteurs (a priori les deux petites boucles sont destinées aux doubles fermetures ).

Les possibilités de personnalisation sur le pantalon sont nombreuses et séduiront les plus sartorialistes d’entre vous: pas moins de 15 fermetures différentes sont disponibles

 

Les ajusteurs latéraux: ils peuvent être boutonnés ou à boucle. Les ajusteurs à boucle permettent selon moi un rendu un peu plus minimaliste, qui mets davantage en valeur la matière.

Les salières: On peut à la fois choisir la forme (en rond ou en U), mais aussi le tissu utilisé pour la salière en elle-même et pour son liseré.

 

Différents types d’épaules sont disponibles en jouant sur le padding et sur la cigarette:
– le padding: il est possible d’avoir un rendu complètement naturel (“no shoulder pad”) tout comme un rendu plus classique (“normal shoulder pad”)
– la cigarette: on peut sélectionner natural shoulder, tout comme “high sleeve head” (cigarette prononcée)

Même les surpiqûres le long de la ligne d’épaule, et le long de l’emmanchure sont personnalisables. A priori ce n’est pas une option auquel je toucherais pour éviter la faute de goût.
Mais il y a très probablement un moyen intelligent et de bon goût d’utiliser cette personnalisation et de casser les codes (je ne l’ai juste pas encore trouvé..).

Attention cependant, s’il est possible de tout faire, ce n’est pas non plus une invitation à faire n’importe quoi. Voici quelques exemples de personnalisations qui sont allées (beaucoup) trop loin (malgré tout les conseils avisés de Maxime, le client reste roi et il est délicat d’éviter des aberrations):

Cette photo est probablement une bonne synthèse des fautes de goût qu’il est possible de faire sur une chemise:
– un col avec motif contrastant: ça peut être de bon goût, mais pas forcément quand on a trois motifs différents sur la base, l’endroit et l’envers du col
– une poche poitrine passepoilée (surtout si on veut faire une chemise formelle)
– un intérieur de manche contrastant
– une couture anglaise sur les épaules contrastantes
– des boutonnières et des boutons contrastants

Encore une fois, le client est roi et Maxime a fait tout ce qu’il pouvait pour limiter les dégâts avec ses conseils avisés.

 

Nous sommes nous-même allés un peu trop loin sur les personnalisations, en s’aventurant notamment à une finition particulière: le dos princesse (c’est ce pli creux dans le dos qui permet une légère ouverture et qui accentue le cintrage de la veste). On s’est vite aperçu que si c’était adapté à une veste casual, ça ne se prêtait pas du tout à une veste de costume:

 

2 Une sélection de tissus alternative

Si Max Martins propose les tissus classiques  (par exemple de chez Holland&Sherry, Zegna, Drago, Loro Piana), on y trouve aussi des liasses un peu plus originales utilisées par son atelier, comme celles de Jorge Carli (que nous avons ici choisi) ou encore Stylbiella.

Il s’agit de drapiers beaucoup moins connus, mais avec des rapports qualité/prix avantageux: Maxime est pour l’instant le seul en France à les proposer.

J’ai été en tout cas très agréablement surpris de voir ces drapiers dont je n’avais jamais entendu parler proposer des styles vraiment pertinents.

Voici ce qu’on trouve par exemple pour Stylbiella, dans un style typiquement italien:

II TEST DU COSTUME A RAYURES BOUCLEE 

Le tissu

Nous avons travaillé ici sur un tissu rayé blanc sur fond bleu marine : sa particularité, c’est d’avoir des rayures bouclées. Elles ressortent du coup beaucoup plus et apportent à la tenue en plus du motif une vraie texture.

C’est probablement mon costume dont les rayures ressortent le plus, avec un gros côté mafieux pas forcément facile à assumer, ni indiqué pour une tenue formelle si votre environnement de travail est regardant. Pour rappel, les rayures d’un costume sont un signal de pouvoir, et c’est d’autant plus vrai lorsqu’elles sont si épaisses : à éviter du coup pour votre premier job.

Les rayures ne sont pas le seul élément remarquable de ce motif: le fond bleu marine est en fait en chevrons.

La veste

Poches intérieures zippées: Cette personnalisation ultra poussée permet ce genre de finitions bien pratiques: des poches plus larges que la moyenne , surtout la poche intérieure droite pour le téléphone, bien pratique quand on a un téléphone format “phablette” (je ne sais pas si on a encore le droit d’utiliser ce mot en 2019..).
La variété des poches est assez impressionnante et on trouve pêle-mêle une poche pour la monnaie, une poche pour les clefs etc. L’idée n’est évidemment pas de charger inutilement sa veste (ce qui la déformerait), mais de pouvoir retrouver facilement les petits objets du quotidien.
Doublure paisley: Maxime propose également la possibilité d’imprimer ce que l’on veut dans la doublure (unique en France) avec des centaines de designs déjà réalisés disponibles sur demande. Portant déjà un motif assez voyant, j’ai opté pour un motif paisley très classique.
Nous avons aussi choisi une doublure rayée pour les manches: l’ensemble peut paraître un peu chargé mais il reste la plupart du temps invisible
Salières: Vous l’aviez vu en introduction: on a même l’embarras du choix sur les salières. Elles sont ici réalisées à partir du tissu du costume, entourées par un liseré fait avec la doublure.
Poche poitrine: Il s’agit comme à l’accoutumée d’une poche barchetta. Seul regret: elle est étonnamment étroite (9cm) par rapport à la largeur normale de ce type de poche (entre 10 et 11cm). C’est donc légèrement moins pratique pour mettre en valeur sa pochette

 


Poches extérieurs: vu que c’est un costume business, on a inévitablement des poches à rabats ainsi qu’une troisième poche ticket simplement passepoilée pour éviter de surcharger la veste (déjà bien chargé rien que sur les motifs).

Boutonnière fonctionnelle: elle est réalisée en biais et avec des boutons qui se chevauchent (les fameux ‘kissing buttons”)

Revers: je les ai choisi relativement sobres. Ils ont ici une largeur assez classique de 8cm, avec une jolie milanaise faite main.

Boutons et boutonnières: tous les boutons sont cousus en Zampa di Gallina (ce qui est assez rare sur un costume) et toutes les boutonnières seront bientôt faites main.

Les épaules: Pour ne pas tenter le diable, nous sommes restés assez traditionnels sur la structure, avec une épaule napolitaine qui comporte un très léger fronçage au niveau de la tête d’épaule.

Coupe

Peut-être le seul bémol: elle est un poil trop cintrée à mon goût (rien de très grave) et je la ferai probablement relâcher un peu.

Le dos est plutôt correct: mis à part un léger pli de col et un pli qui part de l’aisselle à droite (du fait d’une épaule un peu basse qui aurait dû être un peu plus prise en compte.
Il s’agit de défauts assez mineurs qu’on avait déjà vu chez de nombreux tailleurs et qui se rattrapent très facilement en retouche.

Le pantalon

Les finitions du pantalon:

On peut forcément prendre un peu plus de liberté sur les finitions du pantalon, avec ici une direction assez sartoriale.

Ajusteurs latéraux: vous le savez, nous avons banni la ceinture et privilégions désormais les ajusteurs latéraux, dont on peut ici choisir les boucles.
Poches latérales avec passepoils: une option rarement proposée chez la plupart des tailleurs
Poche arrière gauche à passepoils avec languette de fermeture: la languette de fermeture et le bouton aspect corne donnent un aspect encore un peu plus travaillé à ce pantalon.
Double pince, tournée vers l’extérieure: qui dit pantalon sartorial, dit ajusteurs latéraux et pinces. Max Martin propose une variété impressionnante de types de pinces: elles peuvent être simples, doubles, tournées vers l’intérieur ou l’extérieur. Le standard est tourné vers l’extérieur: on est restés assez sages là dessus vu qu’on avait déjà beaucoup innové sur le reste.

Comme pour la plupart des pantalons à pinces, on a un poil plus d’aisance au niveau des cuisses, puis ça se resserre au niveau des mollets: c’est le bon compromis pour un pantalon confortable mais qui ne dénature pas la silhouette.

Conseils de style

Vous l’avez compris: ce type de costume du fait de ses rayures est pour le moins exhubérant. Nous avons donc joué cette carte à fond avec des accessoires eux aussi un peu voyants:
– une cravate vintage venue tout droit du Japon, avec un fond jaune assez prononcé, de la marque Charles Jourdan.
– une pochette de la carte des vins de France, de la marque Rampley&Co, avec une combinaison de couleur assez osée, rouge et jaune

 

Conclusion

En allant chez Max Martins, je ne m’attendais pas à repartir avec au final un de mes costumes les plus travaillés de ma garde-robe en terme de finitions. Les possibilités sont tellement riches qu’on peut véritablement y passer des heures et y faire à peu près ce qu’on veut. Avoir autant de possibilité est extrêmement rare en demi-mesure, et est normalement réservé au bespoke.

Attention tout de même, pousser la personnalisation dans ses derniers retranchements est un jeu parfois risqué, qui est selon moi à réserver davantage aux plus avertis d’entre vous.
Maxime propose sinon des finitions par défaut sobres et de bon goût et sera de très bon conseil pour vous proposer un résultat équilibré (ne vous fiez pas si vous allez dans la boutique aux créations douteuses de certains clients).

Le résultat est sinon correct en terme de rapport qualité/prix et de prise de mesures. Le costume a coûté 799 euros: plutôt bien pour du semi-entoilé, avec un tissu qualitatif mais plutôt impressionnant si on tient compte des possibilités de personnalisation.

Max Martins se situe à Saint-Brieuc au 27 rue de la Charbonnerie. Ne vous fiez pas au design très basique du site, c’est justement la marque de fabrique des pépites cachées dont les plus connaisseurs d’entre vous sauront tirer pleinement parti 🙂

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