Guide ultime: le derby bout demi-chasse, nos meilleures alternatives à la Dover

Gentleman Farmer


Un style qui vous dit probablement quelque chose et dont on vous parle sur les blogs depuis plusieurs années. Pourtant, ce n’est pas un style foncièrement facile à adopter, surtout en ce qui concerne les souliers.

Pourquoi ? Car on connaît surtout les brogues en cuir grainé, avec une semelle épaisse, et qui peuvent sembler pataudes, voire un peu vieillottes.
Et en plus de ça, elles manquent de polyvalence car elles sont trop grossières et rustiques pour se porter avec un costume.

J’avais essayé il y a 3 ans: on voit clairement que c’est trop imposant pour une tenue de bureau, un peu habillée.

Comment faire alors dans ce cas si on veut une paire un peu plus rustique et affirmée, mais qui se porte de manière habillée ?

Vers quelle paire, un peu plus masculine et authentique, peut-on se tourner ? ( surtout si l’on s’est lassés des éternelles derbies, richelieu, double boucle et mocassins)

Voici un bon début de réponse en image:

Vous voyez toute de suite la différence: une paire affirmée, qu’on verrait bien portée dans les pâturages de Balmoral de la série The Crown (et de la réalité) et pourtant qui fait bien son effet dans une tenue formelle.

Cette fameuse paire, c’est le derby dit demi-chasse. Avec la finition violon de l’article précédent, c’est un peu ma nouvelle lubie du moment.

Je vous explique pourquoi dans cet article.

I Les origines du bout demi-chasse: un patronage nécessaire

Le bout demi-chasse, c’est une derby avec un plateau et avec un nez jointé: c’est-à-dire que l’avant est en deux parties, avec une couture au milieu.

Les origines du demi-chasse

L’objectif: une chaussure qui résiste le mieux possible à l’humidité. Les derbys classiques étaient déjà une belle évolution par rapport à la richelieu.
Mais les bottiers de l’époque ont vu un moyen assez simple de faire mieux: en remontant le plus possible les coutures pour les protéger de l’humidité: d’où la création du plateau que vous connaissez sur les mocassins.

Pourquoi a t’on besoin de cette couture à l’avant ?

Sur une derby, ce type de construction n’est pas possible à obtenir avec un seul morceau de cuir (surtout quand on voit la juxtaposition du milieu)
C’est pour cette raison que ce patronage demande deux morceaux de peaux distinctes, et a donc un bout fendu: c’est ce qu’explique bien le bottier bespoke Nicolas Templeman dans ce thread sur styleforum.

On voit bien sur les photos qu’il serait compliqué à partir d’un seul morceau de cuir la juxtaposition parfaite nécessaire pour le patronage d’une derby: on le réalise donc en deux morceaux de cuirs, ce qui nécessite ainsi un bout fendu.

La couture avant du demi-chasse: le nez jointé

La caractéristique de cette couture plateau, c’est qu’elle relie les deux parties du bout par une couture ultra robuste mais , dans la confection traditionnelle, sans jamais traverser tout le cuir (et donc sans entraver l’étanchéité).

Voici une vidéo d’Edward Green de la technique de couture avant sur un des modèles icôniques, la Dover:

 

A noter qu’il s’agit du type de couture le plus élaboré, qu’on ne retrouve normalement que chez les paires très haut de gamme comme on va le voir plus bas.

Les différents types de nez jointé

– la couture inversée faite main: c’est celle notamment des Dover, qu’on a vu en vidéo
Vous verrez dans la sélection que cette couture surtout effectuée à l’intérieur se retrouve rarement chez les autres bottiers européens. Il faut aller chez les bottiers asiatiques pour trouver des alternatives à bon prix: grâce aux coûts de main d’oeuvre réduits, ceux-ci peuvent prendre le temps de reproduire cette technique de couture très chronophage.

– la double couture apparente: une double couture extérieure beaucoup plus marquée. Avec un fil contrastant, elle conviendra d’ailleurs bien aux paires workwear

– bout rallongé avec un plateau plus court: typiquement italien, caractéristique de marques comme Santoni. Ce genre de configuration peut très bien marcher ou peut être un échec complet. Cette paire 2 oeillets est d’ailleurs un exemple assez osé avec la forme du quartier qui n’est pas sans rappeler les Arca de chez Corthay.

Et sur la plupart des demi-chasse entrée et milieu de gamme, on trouve un bout cousu machine, assez ordinaire. Pas foncièrement laid mais pas non plus très enthousiasmant:

Ici sur des Carmina, un modèle à 390€ et quelques représentatif d’un très bon rapport qualité/prix sur une fabrication européenne.

Les modèles à éviter:

Les plateaux cousus machine: un plateau cousu machine aura un rendu extrêmement fade et plat, qui retire à la chaussure tout son héritage un peu plus rugueux et campagnard.
Résultat: une paire trop lisse pour un demi-chasse qui perd tout le caractère qu’elle devrait avoir.
C’est une esthétique qu’on retrouve très souvent chez des paires entrée de gamme qui se veulent habillées

Aux modèles un peu patauds: L’exact opposé du premier contre-exemple. La paire ci-dessous d’une célèbre marque française a un cousu norvégien et une triple semelle qui alourdissent considérablement son allure générale, elles peuvent être intéressantes pour un week-end à la campagne mais elle s’intègreront mal dans une tenue de ville plus habillée.

 

Quitte à choisir un modèle imposant, prenez-en plutôt un qui assume ce registre à 100% avec une matière et des finitions un peu plus intéressantes comme ces Alden Ravello:

II Conseils de style: comment bien porter un derby bout demi-chasse

Style Gentleman Farmer

Comme je vous l’ai indiqué plus haut, les derbies demi-chasse, aka split toe derbies, sont idéales pour un style Gentleman Farmer.
Qui dit Gentleman Farmer dit tweed, velours côtelé et éventuellement gros lainage. Evidemment, l’idée n’est pas non plus de se prendre complètement au premier degré et s’habiller comme à la campagne en plein Paris, mais plutôt d’intégrer ces matières dans une tenue urbaine.

C’est ce que j’ai fait ici avec notamment la veste safari de chez Besnard avec un joli tweed Prince de Galles de chez Abraham Moon. Le pantalon s’inscrit dans un style Gentleman Farmer à travers le velours côtelé: il est en dehors de ça très habillé grâce à sa couleur encre très particulière, et évidemment grâce à son ceinturage D-Ring.
On évitera évidemment les pantalons habillés plus classiques dans une laine 4 saison standard, qui seront beaucoup trop habillés et précieux pour ce registre.

Style formel

Un grand classique

Le combo sartorial classique: pantalon habillé gris, blazer et cravate en grenadine de soie bleu marine, le tout porté avec les Dover. Difficile de se tromper avec cette tenue: il s’agit ici d’un visuel d’Edward Green.

On remarque que cette derby demi-chasse, malgré des lignes un peu utilitaires, s’intègre vraiment bien dans cette tenue grâce à sa forme équilibrée, légèrement affinée au niveau de l’arche.

 

Malheureusement, on trouve surtout sur Instagram des combinaisons chaussures/chaussettes/pantalons et rarement des photos de plein pied (en tout cas pour les plus belles paires).
Si vous lisez cet article sur ce type de chaussures très spécifique, c’est que vous êtes très probablement assez initié pour construire le reste des tenues de vous même 🙂

Le compte @shellvedge propose de très belles compositions, avec des matières et des patines marquées: ici un modèle de chez Meccariello avec un cuir en pécari:

Le compte @nkapped propose également des derbies bout demi-chasse qui sortent largement de l’ordinaire, en particulier la paire du milieu avec la languette contrastante twistée en cuir Horween (de chez le bottier chinois Acme Shoemakers):

Notre sélection de derbies bout demi-chasse (et les meilleures alternatives à la mythique Dover)

Hardrige: les derbies Cactus 270€

La première paire que j’ai testée de ce style: il fallait donc que je vous en parle. Il s’agit d’une paire cousu norvégien donc on s’attendrait à un modèle imposant et un peu rigide. Hardrige innove ici sur la semelle: elle est ici en gomme, et surtout ultra souple et légère.
Bref, on s’attends sur le papier à une torture pour les assouplir alors qu’elles sont, au contraire, confortables tout de suite.

 

Les marques européennes milieu de gamme

De gauche à droite:
– Carmina 80414 Forest 395€: nous avions déjà testé Carmina qu’on connaît bien pour son rapport qualité/prix. Ici, un bout demi-chasse avec une double couture extérieure dont le rendu reste plutôt fin.
– Lof&Tung Denham 350€: Lof&Tung est la marque de l’e-commerce suédois Skoaktiebolaget. D’un point de vue stylistique, cette paire est un sans fautes et restitue bien l’esprit Gentleman Farmer d’un bout demi-chasse. La forme est en revanche très classique, et moins subtile que des paires plus coûteuse. On a ici un bout demi-chasse avec une couture simple, relativement fine.
– TLB Mallorca Artista 136 425€ : TLB Mallorca est une marque espagnole comparable à Carmina, et la ligne Artista est sa gamme Premium. Elle se distingue par une forme légèrement affinée, qui est par ailleurs soulignée par la couture avant qui est ici très allongée, avec un rendu tressé.

 

Les marques britanniques

-Crockett&Jones Handgrade Balfour 850€: décliné dans la fameuse forme 363 (on vous en parle dans notre test Crockett&Jones). J’aime beaucoup cette version réalisée à partir d’un cuir grainé très particulier, le Willow Grain, dont l’impression en ligne donne un rendu très raffiné.
– Gaziano&Girling Stamford environ 1500€: on est proches de la Dover en termes de prix, ce modèle est en revanche plus confidentiel et avec la forme beaucoup plus racée caractéristique de Gaziano&Girling
– Edward Green Dover 1200£ donc environ 1400€ : la paire la plus icônique des demi-chasse avec une forme et un patronage équilibré, et ce fameux savoir-faire sur la couture du bout demi-chasse

Les bottiers asiatiques pointus

Vous l’avez compris, un beau derby demi-chasse c’est:
une forme un minimum affinée (voire même un peu racée)
un cuir texturé
un nez jointé avec une longueur classique, mais avec des coutures internes à peine visibles de l’extérieur, comme sur les plus belles paires britanniques (vous savez, celles à plus de 1000£ 🙂 )
– et évidemment si possible un très bon Goodyear, voire un cousu trépointe (c’est-à-dire cousu main)

Pour remplir ce cahier des charges sans aller au-delà des 1000€, il faut regarder ailleurs qu’en Europe et aller en Asie où on a à la fois:
– un savoir-faire poussé qui inclut même les techniques artisanales manuelles les plus chronophage
une main d’oeuvre au coût moins élevé, qui peut prendre le temps d’utiliser ce savoir-faire manuel sur des paires RTW vendues à des prix qui restent accessibles.

 

On trouve notamment:

Yeossal Thompson 547€ (à gauche): on ne vous présente plus cette marque singapourienne que nous avons déjà testée à deux reprises. Pour du cousu main et des formes racées, le rapport qualité/prix est largement meilleur que les marques européennes classiques.
A noter cependant que si Yeossal fabrique directement ses vêtements, elle ne fabrique pas directement ses souliers. On peut donc trouver mieux en termes de rapport qualité/prix.

CNES (à droite) 391€ + frais de port: CNES est la marque d’un atelier vietnamien (qui fabrique pour quelques autres marques et bottiers asiatiques prestigieux). Son derby bout chasse remplit lui parfaitement le cahier des charges:
un nez jointé raffiné avec couture intérieure
une forme racée, ici avec une finition violon qui se voit bien au V qui se dessine à partir de la taille. On a donc une forme affinée au niveau de l’arche, mais assez de place à l’avant pour que la paire reste confortable
un cuir grainé avec une texture originale, il s’agit du cuir Alcazar des tanneries d’Annonay

Et en plus de ça, il s’agit d’une marque d’atelier: c’est donc le meilleur rapport qualité/prix dont on peut bénéficier sur ce type de produit.
On le propose justement en GMTO à partir de demain, vous pouvez vous inscrire ici à la newsletter du Club des Beaux Souliers pour être averti en premier.

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