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Notre compte-rendu du Pitti Uomo 97

Mieux vaut tard que jamais..

Pour tout vous avouer, le Pitti Uomo n’avait jamais été vraiment une priorité: probablement car j’en avais un peu trop l’image d’un salon réservé aux marques, aux acheteurs, et aux influenceurs Instagram qui veulent se faire prendre en photo mais sans nécessairement repartir avec de vraies opportunitées en terme de business.

Bref, ce n’était pas évident au premier abord d’y tirer son épingle du jeu en tant que média sérieux, avec du contenu de qualité.



I Pitti Uomo: when in Florence, do as Sartorialists do

Comme dans tout évènement modeux, il y a toujours une tenue de base pour laquelle on a l’impression que tout le monde s’est passé le mot de manière complètement informelle.

Ici, l’uniforme de base était assez clair: pull à col roulé beige/marron clair , pardessus déstructuré en laine à chevrons bleu métallisé, et parfois un chino ou jean en velours côtelé blanc/blanc cassé avec des mocassins marrons.

C’est surtout la présence écrasante de cols roulés qui m’a marquée.

On pouvait facilement croiser une trentaine de personnes chaque jour avec cette exacte tenue.

Avec du recul, les astuces pour anticiper sont assez simples: faire une veille sur l’Instagram de toutes les marques italiennes sartoriales un peu connues comme Lardini, Tagliatore ou encore Lubiam.
Et si vous n’arrivez pas le premier jour du Pitti Uomo, jetez un coup d’oeil aux photos récapitulatives pour avoir un peu le feeling des différentes tenues.


L’influenceur italien Danielo Carnevale, dont la tenue prise le premier jour donnait bien le ton général

Bref, je suis passé personnellement complètement à côté en décidant d’emmener deux costumes avec moi.
Mais au final, quel est l’intérêt d’aller au Pitti Uomo si c’est pour ressembler à un énième clone ?

Le port du manteau

Le port du manteau simplement posé sur les épaules était un gimmick que je trouvais un peu clownesque mais, comme nos confrères de BonneGueule l’avaient remarqué dans un précédent article, il y a derrière une vraie raison pratique qui dépasse le show-off pur et simple.

Première raison: il fait étonnamment froid le matin et le soir (aux alentours de 2/3 degrés) par rapport aux milieux de journées ensoleillés avec un très agréable 14/15 degrés.
Compliqué du coup de garder toute la journée sur soi son manteau et trop encombrant de l’avoir dans les bras.

Seconde raison: il fait bien plus chaud en intérieur, en particulier aux heures de pointes. Donc là encore ça reste beaucoup plus pratique de garder son manteau sur les épaules pour ne pas avoir un effet chaud/froid en sortant.

Les prospectus

L’idée était pour nous de rencontrer un maximum de marques et de les recontacter ultérieurement pour voir comment travailler ensemble: on a donc fait une sacrée collecte et distribution de cartes de visite.
Evitez par contre de vous encombrer de lookbooks parfois massifs que distribuent certaines marques (surtout quand vous pouvez simplement les consulter en ligne) car, à raison d’une trentaine d’enseignes rencontrées par jour, vous allez rapidement déchanter.

L’organisation

Je ne me réalisais pas à quel point ce salon pouvait être énorme, avec des centaines de marques répartis en plusieurs bâtiments pas si proches les uns des autres.

La priorité était évidemment d’aller voir les marques internationales sur lesquelles on s’était déjà un minimum renseigné, qui seraient les plus intéressantes pour JamaisVulgaire.
Soit en fait presqu’une centaine.

Nous n’avons du coup pas eu vraiment de temps à consacrer à une vraie découverte de marques qu’on ne connaissait pas déjà. Surtout qu’on ne sait plus trop où donner de la tête devant une telle immensité.

Les marques italiennes

Pour être paré, je me suis rendu là-bas avec notre photographe Léa Chamboncel, dont une partie de la famille est italienne et qui parle donc la langue couramment.

On a pu s’entretenir avec beaucoup de marques locales, mais on en tire des conclusions très mitigées sur leur intérêt éditorial pour nous, media français.

Plusieurs raisons à cela:
– elles n’ont souvent qu’un site web artisanal qui ne fait pas d’e-commerce
– elles ont un business model exclusivement de distribution (et souvent sans aucun relais en France)
– beaucoup d’entre elles ont une offre peu lisible et sont très chères en retail alors qu’on les retrouve aussi sur Yoox à 1/4 du prix

Bref, avec une offre peu structurée, un acte d’achat compliqué à effectuer de votre côté, et des retombées pas directement visibles pour ces marques ça dissuade de passer des jours sur un shooting et un article de 2000 mots.

Nous avons tout de même vu de très belles choses en terme de silhouettes et de tenues. S’il y avait à mon grand dam énormément de cols roulés sur les stockman, les associations de matières étaient très intéressantes en terme de textures et de couleurs.

Il s’agissait cela étant souvent de la même chose: des vestes déstructurées déconcertantes de souplesse et de légèreté avec de très belles matières et finitions, et des cols roulés.

De Petrillo

De Petrillo est l’exception notable parmi les marques tailoring italiennes: elle est beaucoup plus tournée sur le online avec une distribution chez The Rake, et leur propre e-commerce à venir. On a beaucoup apprécié la variété de leur vestiaire et il est fort probable qu’on vous en reparle très bientôt.

Valstar Milano

Un autre coup de coeur: la marque est connue notamment pour la Valstarino, produite pour la première fois en 1935, inspirée par les Flight Jackets A1. Depuis, le modèle phare est décliné dans tout un tas de matières et de coloris particulièrement intéressants.

Fabio Attanasio et The Bespoke Dudes

Si vous suivez un peu la mode masculine, vous connaissez très probablement Fabio Attanasio. En plus d’être un des principaux influenceurs menswear italien, il a fondé sa marque de lunettes de soleil The Bespoke Dudes.

Pas de chance, la seule paire que j’ai pris le temps d’essayer ne me va (vraiment) pas du tout.

Rien à dire sur son design mais quand la forme de visage n’y est pas, il n’y a pas grand chose à faire.

Camplin

Une marque historique de cabans, pas forcément facile à distribuer depuis la France; C’est une des rares marques italiennes à jouer sur un côté héritage workwear avec des cabans qui équipent la marine depuis des décennies.
Il était à un moment possible de trouver ces cabans aux alentours des 200 euros, un excellent rapport qualité-prix.
Il s’agit d’une marque de fabricants, qui a notamment collaboré en France avec Cadot.

Capri

Premier coup de coeur de notre visite, en particulier pour les couleurs osées et les motifs. Pas de distribution à Paris cependant.

Ernesto

Il s’agit d’une marque de fabricants localisée à Parme qui propose elle aussi des vestes déstructurées: j’ai beaucoup aimé la mise en scène, les motifs et les revers.

 

Orazio Luciano

Ce tailleur napolitain est une véritable légende sur l’instagram #menswear #sartorial: il travaille notamment avec Jean-Manuel Moreau, dont Gustave va vous parler prochainement.

Ravazzolo

J’avais connue cette marque via le tumblr de Dirnelli: comme les autres italiennes, elle propose de très belles constructions. J’ai voulu vous la montrer ici pour les tenues particulièrement inspirées.

Royal Row

Auparavant appelée Royal Hem, on trouvait énormément de produits de la marque pour pas très cher sur Yoox. Elle s’est ici rebrandée en Royal Row avec comme devise “Britalian Style” (ce n’est pas sans rappeler une autre marque qui commence à faire parler d’elle: the Angloitalian company)

On apprécie toutefois le mélange de constructions italiennes et de grosses laines de caractère très britanniques.

Les marques britanniques

C’était une grande satisfaction de ce salon: pouvoir enfin rencontrer de nombreuses marques UK avec qui nous n’avions pas forcément déjà travaillées.

Walker Slater

Sûrement un des gros coup de coeur de ce salon: Walker Slater exploite le tweed avec beaucoup de créativité et propose un excellent rapport qualité/prix grâce à une structure verticalisée.

Beaucoup de pièces increvables, bien coupées, avec des matières qu’on ne retrouve pas ailleurs et à des tarifs imbattables. C’est une marque qu’on prendra plaisir à vous présenter plus en détails prochainement.

Grenfell

Second coup de coeur: je suivais leur compte Instagram de près depuis quelques temps. Et pour cause, c’est pour moi probablement le plus bel Instagram britannique en terme d’outerwear.
Ce qui au final n’est pas très difficile vu la qualité de leur gamme.

Private White VC

Autre marque qu’on suivait depuis longtemps pour laquelle on apprécie le bon rapport qualité/prix et l’originalité de l’outerwear (on a beau dire, la Twin Track a un sacré caractère).
Il s’agit également d’une des rares marques de fabricants à avoir su développer une très belle identité.

Peregrine

Vous l’aviez deviné: encore une marque que je suivais depuis longtemps et que je vous avais recommandée sur pas mal de mes ebooks payants.

J’ai été ravi de rencontrer son représentant et de constater une qualité et une recherche impressionnante pour une collection produite au Royaume-Uni vendue une bouchée de pain.

On vous en reparle très bientôt 🙂

Johnstons of Elgin

En parlant de marques de fabricant, on se devait de rendre visite à nos amis de chez Johnstons of Elgin dont les pièces ont été présentées avec beaucoup de goût sur le salon (avec notamment ce superbe mélange de gris et de beige).

Et aussi avec toujours une belle innovation sur les constructions, avec par exemple ce trench complètement déstructuré.

Chrysalis

Une autre marque britannique d’outerwear héritage très confidentielle: elle se spécialise dans le tweed aux propriétés déperlantes et isolantes. Des vêtements à l’origine conçus pour la chasse, mais portables dans un style Gentleman Farmer.

Cheaney

Nous n’avons pas encore testé de bottiers de Northampton sur le segment un peu intermédiaire du 300£-350£. Avec sa réputation intraitable sur le rapport qualité-prix, il y a beaucoup de choses à dire sur la marque des transfuges de Church’s.

Sander’s

Sander’s possède comme les autres enseignes de Northampton sa propre usine: j’avais connu la marque avec les Buck shoes produites notamment pour Mark McNairy’s.

Marques françaises

Si on va au Pitti, c’est plutôt pour rencontrer des marques étrangères avec qui nous ne sommes pas déjà en contact direct à Paris.
Voici néanmoins quelques marques que nous avons pu croiser:

Heschung

Nous avions testées les bottes de chasse Gingko pour partir en Arctique: Heschung a justement sorti une édition spéciale Arctique du modèle Buis avec un joli contraste de blancs

Chevignon

Chevignon propose des blousons en cuir bien pricés: à la suite d’un récent rachat, la marque est en pleine refonte de sa communication et de son offre.

Je trouvais auparavant que la communication était justement trop concentrée sur la doudoune Tog’s, pas vraiment un modèle qui me parlait.

Serge Pariente

Une autre marque de blouson en cuir dont j’avais déjà entendu parler. Je n’étais à vrai dire pas tout à fait friand du style très streetwear proposé sur le site et l’Instagram.

J’ai en revanche été tout à fait convaincu après avoir vu les pièces en vrai: le rapport qualité/prix est plutôt bon, d’autant plus qu’il s’agit d’une marque de fabricants.

Bourrienne

Nous avions déjà été en contact avec Bourrienne, qui propose des chemises blanche d’inspiration début 19è avec une foule de détails qu’on ne trouve pas ailleurs: plastrons fait mains, fermetures très habillées au poignet. Bourrienne a réussit à trouver un bel équilibre en rassemblant toute une foule de détails rares sur des pièces qui restent portables.

La marque taillait auparavant à partir du 39, ce qui ne nous semblait pas pertinent pour un test. La gamme s’est bien élargie autant en termes de tailles que de modèles et est à présent bien assez mûre pour qu’on vous en parle plus en détails.

Olow

On avait déjà évoqué cette marque en 2016: elle a fait son bonhomme de chemin et propose à présent une ligne complète sur le thème “Hors Saison”, avec donc à la fois des pièces d’hiver et d’été. Il y a à boire et à manger mais quelques pièces nous ont semblé particulièrement intéressantes

Reste du monde

R.M Williams

La marque R.M Williams est une des rares à proposer des Chelsea façonnées dans une seule et même pièce de cuir, reliée par une couture à l’arrière, au niveau du talon.

Cette marque est une religion en Australie: R.M Williams est porté aussi bien par les CEO que par
les fermiers. Avoir sa première paire à 18 ans est un peu un rite de passage à l’âge adulte.
Pour moi le meilleur rapport qualité/prix du monde en terme de Chelsea casual, j’espère pouvoir vous en parler plus en détails prochainement.

Portuguese Flannel

A la base fournisseur de flanelle, la marque propose également ses propres chemises avec une variété de motifs impressionnante, ainsi qu’une belle épaisseur de matière.

Ring Jacket

Cette marque japonaise, avec une fabrication locale et beaucoup de détails faits main, était un incontournable du salon.

Les constructions sont sublimes et les finitions méticuleuses, et la marque a réussit à apporter une vraie personnalité à l’ensemble pull col roulé + manteau qu’on a pu voir sur beaucoup d’autres stands.

Aurland

Saviez-vous que le penny loafer était d’origine norvégienne ? Moi non plus. Et pourtant, ils ont été inventés en 1908 à Aurland, une ville norvégienne, par un jeune cordonnier formé à Boston, Niels G.Tveranger qui s’inspirait notamment des mocassins traditionnels iroquois. La marque éponyme se propose de recréer ce mocassin norvégien original.

Viberg

Située à Victoria, l’usine Viberg a été lancée en 1931 et s’impose de nos jours comme l’un des meilleurs fabricants de workboots au monde.


Comme beaucoup de marques, elle s’est aussi tournée vers la mode pour proposer une ligne plus urbaine, mais avec le même contrôle qualité, des matériaux de pointe et une grosse concentration sur l’artisanat.

Norwegian Rain

On vous en avait déjà parlé à travers notre test en Arctique: la marque propose notamment de nouveaux coloris comme ce camel particulièrement bien pensé.

Notre conclusion sur le Pitti Uomo 97

C’était à la fois extrêmement inspirant (mais aussi très fatiguant): on est ravis d’avoir pu échanger en face à face avec des marques étrangères mythiques qu’on suivait depuis très longtemps.

On est donc motivés à bloc pour vous les faire découvrir à travers les articles les plus complets possible, non seulement en français mais aussi à présent en anglais pour certaines marques iconiques.

Notre ambition pour 2020: devenir un site de référence non plus seulement en France mais aussi à l’international.

Merci a Léa Chamboncel pour l’ensemble des photographies de l’article.

Valery

Fondateur de JamaisVulgaire, j'aime le tartan blackwatch (cf ma photo), la Bretagne, le Cambodge et la boxe khmère (qui a inspiré la boxe thaï).

Enorme geek devant l'éternel, je passe aussi des heures pour vous à éplucher tous les petits blogs et forums pour vous dénicher les marques les plus improbables.

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