Michaël Ohnona, tailleur chez d’Avenza: quand la culture du vêtement rencontre l’expertise technique (interview vidéo)

Voilà plus de 5 ans que nous avons commencé à tester des tailleurs pour la plupart en demi mesures sur JamaisVulgaire.
Nous avons ainsi un peu tout vu au fur et à mesure de ces tests, d’autant que de nombreux tailleurss se partagent les mêmes ateliers.

Avec ce recul de 5 ans, je me rends compte que nous avions pris le parti de ne tester que le produit fini c’est-à-dire le costume. J’estimais à ce moment là que c’était surtout à travers lui, entre ses finitions, son tissu et sa coupe, que la personnalité et l’originalité du tailleur se manifestaient.

Avec le recul, c’était une erreur manifeste tant le rapport entre un tailleur et son client est important et tant il peut varier d’une maison à l’autre.

Et ça, je m’en suis en particulier rendu compte grâce à Michaël Ohnona, qui travaille à présent pour la maison d’Avenza dont je vous avais parlé dans un précédent article.

En plus de cumuler une expertise en prise de mesure, en stylisme et de connaître les moindres rouages des usines de confection, c’est aussi pour une personnalité originale, un humour parfois grinçant mais en tout cas un rare sens du partage que l’on viendra chez lui.

Avec ses 20 ans d’expérience Michaël est par ailleurs doué d’un sens de la pédagogie qu’on ne retrouve plus vraiment chez beaucoup de tailleurs contemporains qu’il sera ravi de vous délivrer en quelques punchlines bien senties.
Et ça, vous allez le voir dans les premières minutes de notre interview vidéo:

Disclaimer: dans le cadre de la collaboration JamaisVulgaire x d’Avenza, les pièces prototypes ont été réalisées AVANT l’arrivée de Michaël dans l’équipe à l’aide de l’algorithme Fitapp. Michael a ainsi pu corriger certains défauts lorsque nous avons reçu les pièces. Le rendu aurait toutefois été bien meilleur avec une prise de mesure initialement réalisée par Michael.

I Le parcours de Michaël Ohnona: quand la culture du vêtement rencontre une maîtrise technique avancée

1 Entrepreneuriat et culture de la fripe

C’est dès ses 13 ans que Michaël Ohnona s’intéresse aux vêtements lors de ses virées aux puces de Clignancourt d’où résultera une vraie passion pour la fripe (quoi de mieux pour construire sa culture du vêtement ?). Il portera des costumes dès ses 15 ans au lycée, puis en études de droit (qu’il effectue un peu pour satisfaire ses parents, et surtout car c’est un milieu où le trois pièces pour aller en cours est à peu près accepté à cet âge).

Il quitte au bout de trois ans ses études de droit pour se rendre à Abidjan et y faire produire 2200 maillots de bain en boubou et wax qu’il tentera ensuite de revendre sur les marchés. On est à l’époque en 1988 et, à seulement 22 ans, Michael Ohnona a un sacré goût pour la prise de risque.
Il tire deux leçons des échecs de cette aventure: un vêtement qui ne se vend pas est un vêtement raté et l’originalité n’est pas un gage de succès en soi.
A son retour à Paris, il intègre l’ESMOD dont il obtient un diplôme de modéliste puis travaille régulièrement aux puces de Clignancourt, en particulier pour revendre des jeans de collection.
C’est un milieu que je connais très mal mais que j’ai toujours considéré comme très formateur dans l’histoire et la culture du vêtement.

L’initiation à la technique

Après quelques années dans la fripe, le moment est venu de retourner à un style plus classique: il se forme ainsi chez l’AICP (académie internationale de coupe de Paris) , puis effectue un stage chez Lectra pour obtenir des bases en CAO (conception assistée par ordinateur) utilisée en modélisme, patronage et placement. Il délivrera d’ailleurs des formations à ce sujet pendant 2 ans;

La CAO peut vous paraître très abstraite dans la réalisation d’un vêtement, mais elle permet justement de comprendre en détails comment un atelier de confection fonctionne: c’est le genre d’outils à maîtriser qui différencie un vrai tailleur d’un simple conseiller en mesure.

Armé de ces nouvelles compétences, Michael travaille d’abord chez la marque de jean Big Star pendant 3 ans où il mets à profit ses aptitudes de modélisme. Il obtient au passage son CAP tailleur en 1997.

C’est en 1999 que sa première véritable expérience professionnelle dans le milieu tailleur démarre: chez la maison Korn.

Maison Korn: La montée en compétence auprès des meilleurs experts français

C’est un nom qui ne me disait absolument rien et qui mérite un petit aparté: il s’agit au départ d’un des plus vieux ateliers français de vêtements homme. Il démarre en 1927 et produit à la fois du prêt-à-porter de luxe et de la mesure industrielle. Il s’agissait d’un des plus gros fabricants de vêtments homme de luxe français à la fin des années 2000, dont l’usine ultra-moderne Vestil était l’aboutissement de sa volonté de mélanger art tailleur et production machine.


Michael Ohnona y entre le 1er mars 1999 et Korn dépose le bilan en mai 2000: ce court laps de temps sera le plus formateur pour lui. Il y est chargé du département de la mesure industrielle où il applique des altérations aux gabarits de base à l’aide du logiciel FITNET.
Durant cette période, il côtoie des techniciens extrêmement expérimentés (souvent avec plus de 20 ans d’expérience) parmi les meilleurs au monde.

C’est à ce moment là que Michael se lance: ça tombe bien, l’activité mesure de Korn est reprise par le façonnier qui confectionnait la mesure: Manuribe, une usine de 50 personnes entre Angoulême et Périgueux (qui produisait notamment pour Old England ou encore Dormeuil)

Cet atelier deviendra le partenaire privilégié de Michaël durant des années, il va par ailleurs mettre en place leur système de CAO et former leur opérateur.

A l’époque, Michael est un tailleur à domicile dont la notoriété grandit rapidement grâce à un bouche à oreilles fructueux et déjà des premiers envois d’email.

Il emménage ensuite quelques années plus tard dans sa boutique qu’il appelle « Pour Hommes extraordinaires »: il travaillera d’abord avec Manuribe, puis avec Shirt-U l’entreprise française issue de Manuribe dont les ateliers sont en Pologne. IL va ensuite travailler avec l’entreprise Bernhardt Fashion en Allemagne et l’Atelier des Créateurs au Portugal.

L’offre de petite mesure propose ainsi une demi-mesure , affinée par de nombreuses opérations faites main à Paris. Michael Ohnona poursuit cette activité jusqu’en 2021 et le covid-19 le pousse alors à déposer le bilan.

TLDR: pourquoi vous avoir raconté en détails un parcours aussi riche ? C’est surtout pour vous montrer qu’il inclut la combinaison rare d’une vraie formation tailleur, de compétences techniques poussées et d’une culture du vêtement travaillée sur des décennies.

II Un rendez-vous avec Michaël Ohnona

1 La prise de mesure

Comme expliqué en disclaimer, les mesures pour les prototypes de la collaboration JamaisVulgaire x d’Avenza avaient été prises en juillet via l’algorithme FitApp, peu avant l’arrivée de Michaël.

Celui-ci a pu procéder à quelques retouches sur certaines pièces, mais la qualité globale du fit est loin d’être comparable à ce qu’elle aurait pu être s’il avait tout supervisé de A à Z.

Sur le sujet qui lui est consacré sur depiedencap, les utilisateurs font l’éloge de son coup d’oeil et de sa maîtrise technique;:

Plus précisément Michaël Ohnona se différencie par la précision des retouches et modifications apportées éloigné de l’impression de travail à la chaîne que peuvent donner d’autres maisons plus connues:

2 Relationnel et contact humain

On pourrait caractériser Michael Ohnona en trois points:
toujours prêt à partager sa passion et à discuter style et codes: Michaël est une mine de connaissance dont vous apprendrez beaucoup lors des prises de mesure et des essayages

Voici notamment ce que dit de lui le fameux paulluxsartoria, rédacteur chez Parisian Gentleman et the Rake:

– il sait globalement s’adapter à vos attentes, mais il sera intraitable sur certains points et ne vous laissera pas commettre la moindre faute de goût

Feedback d’un contributeur depiedencap

– avec un peu de chance, vous aurez probablement le droit à son humour grinçant et pince-sans-rire, dont cette affiche pour un déstockage d’il y a quelques années est un brillant exemple

Michael Ohnona chez d’Avenza

Si vous lisez cet article, c’est probablement que vous avez déjà lu mon précédent article sur d’Avenza, la maison italienne pour laquelle travaille dorénavant Michaël Ohnona (sinon, je vous invite à le faire immédiatement).

Celle-ci propose pour rappel à la fois :
– une fabrication industrielle avec finitions main en Roumanie (avec en particulier un tout nouveau procédé de montage de col assez bluffant, je vous en reparle dans l’article suivant)
– une fabrication industrielle en Roumanie avec finitions main en Italie, dans l’atelier d’Avenza: une petite mesure ultra-compétitive
– une fabrication 100% artisanale en Italie dans l’atelier d’Avenza, avec une qualité bespoke

Inutile de vous dire qu’il fallait quelqu’un comme Michaël pour jongler avec cette offre, qui requiert à la fois
une connaissance technique approfondie de ce que permet la fabrication industrielle
– et le fameux sésame du CAP Tailleur indispensable pour proposer une vraie grande mesure, renforcée par plus de 20 ans d’expérience

Conclusion

Je suis très fier, avec Michaël Ohnona et d’Avenza, de pouvoir vous proposer une offre complète avec ce qui se fait de mieux en termes de prise de mesure et de confection: je vous retrouve dès mercredi pour la présentation des pièces JamaisVulgaire x d’Avenza ainsi que l’ouverture des prises de rendez-vous.

Pour tout rendez-vous ayant lieu avant le 21 Décembre, je serai également présent pour une session complémentaire de 30 minutes de coaching de style offerte (valeur: 100€)

Les places sont très limitées, je vous invite donc à vous inscrire ici à la newsletter pour être tenu au courant les premiers de l’ouverture du calendrier.

Valery
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