GUIDE ULTIME DU TATOUAGE HOMME: MOTIF, HYGIENE, EMPLACEMENT (ET DOULEUR, FORCEMENT)

Que vient faire un sujet comme le tatouage pour homme sur un blog appelé Jamais Vulgaire ?

Et bien justement, les tatouages sont une forme d’expression forte de sa personnalité, mais sur laquelle il est aussi possible de se tromper et de faire des fautes de goûts qui sont pour le coup bien plus graves que d’acheter une chemise trop grandes (et non, il ne faut mieux pas compter sur le laser). Avec un peu de bon sens, on peut se faire tatouer sans se faire définitivement ostraciser de la société. Vous trouverez aussi quelques conseils de base et des idées de tatouages.

Le sujet me tient aussi à coeur puisque j’ai maintenant deux tatouages: un fait à la machine et un au bambou et que je m’estimais prêt à vous présenter le sujet avec ce recul (attention, ce n’est qu’une introduction très générale, je ne me prétends pas être un spécialiste). Mon point de vue sera aussi probablement plus différent et moins méticuleux que les puristes français du tatouages étant donné que j’ai fait les miens en Thaïlande et au Cambodge.

I Les questions à se poser

Les raisons de son tatouage et du choix du motif

« Pourquoi je veux me faire tatouer ?  » et surtout  » Pourquoi je veux me faire tatouer ce motif en particulier » sont les deux questions indispensables à se poser au début. Soyez capables de répondre honnêtement à cette question si vos amis la posent.

Evitez aussi toute réponse superficielle en vous la reposant après une première réponse. Cette méthode simple vous aidera beaucoup à définir une envie un peu floue en posant des mots dessus.

Inutile de vous dire qu’en allant chez un tatoueur, vous devez avoir une idée du motif que vous voulez (avec dessins et inspirations à l’appui etc): s’il est intéressant de choisir un tatoueur pour son style et sa patte personnelle, il est beaucoup moins responsable de le laisser décider pour vous d’un tatouage de A à Z (et a priori aucun tatoueur ne le fera).

Un bon tatoueur pourra par contre optimiser votre dessin pour qu’il s’accorde bien à votre corps (par exemple à la forme de vos muscles si vous le faites aux bras).

Certains puristes du tatouages n’hésitent pas à aller chez des artistes tatoueurs, qui vont développer entièrement le motif pour eux. C’est un autre type de choix, mais qui vous coûtera autrement plus cher en terme de budget.

Songez aussi à la pérennité du tatouage. On est d’accord: un tatouage est personnel, il reflète vos goûts et ça ne regarde que vous. Mais demandez-vous bien si vous vous reconnaitrez encore dans votre tatouage dans 10 ou 20 ans, et que vous le porterez toujours avec fierté.

La question se pose surtout si vous êtes par exemple à fond dans une tendance ultra éphémère qui ne voudra plus dire grand chose dans quelques années (exemple idiot, se faire tatouer le blason des Lannister dans Game of Thrones).

La fiabilité du salon de tatouage

Avec toutes les règlementations en vigueur en France, vous n’avez a priori pas de soucis à vous faire sur les salons de tatouage bien en place.

Si, comme moi, vous allez faire le votre dans un endroit plus exotique (Thailande et Cambodge par exemple), voici une brève checklist de ce que vous devez vérifier:

des aiguilles et une encre neuve: c’est le strict minimum pour éviter le sida ou une hépatite. Si on ne les déballe pas devant vous, n’y pensez même pas.

des gants et des mains propres: j’ai pris le risque de faire sans, et six semaines plus tard, ça va toujours. Mais je ne peux que vous recommander d’y faire ultra attention.

l’utilisation régulière d’alcool/désinfectant

la propreté des lieux

les feedbacks et la réputation de votre tatoueur (même à l’autre bout du monde, il aura forcément au moins une page facebook ou un site)

Tatouage-sans-gants

Un tatouage à la méthode traditionnelle sans gants, à ne pas refaire (mais c’est le genre de choses qui n’arrive pas en France)

L’emplacement du tatouage: devenir tatoué sans être vu comme un marginal (et donc sans se fermer des portes)

Je vous incite toujours à bien réfléchir à vos achats: je veux être sûr que vous puissiez les porter souvent, en être fier ou alors au moins ne pas les regretter.

Mon opinion est la même pour un tatouage: prendre le moins de risque possible pour ne pas le regretter.

Il doit donc rester invisible quoi qu’il en soit en situation professionnelle (sauf si vous envisagez de devenir mannequin tatoué, mais la concurrence est deja bien féroce).

Ca veut dire quoi ?

On ne doit rien voir en été, avec une chemise de travail avec le premier bouton ouvert et manches retroussées. (avec deux boutons ouvert ça passe, vu que vous serez dans un cadre casual, mais c’est sur le plexus et ça fait ULTRA mal).

Ca vous laisse donc une bonne partie du torse, du dos, et des bras (jusqu’au coude): ça laisse vraiment de quoi faire.

chemise-tatouages

Cet homme pourrait très bien être recouvert de tatouage: on en saurait rien. (source: A Simpler Man)

On évitera surtout le visage et les mains qui sont généralement vus comme des signes de rebellion par rapport à la société.

Je ne vois sinon pas trop l’intérêt des jambes, et encore moins des chevilles, (qui sont des zones tatouées généralement plus féminines)

Privilégiez enfin des endroits qui ne bougeront pas, que ça soit en cas de gain ou de perte de poids, pour ne pas déformer votre tatouage.

Et la douleur ?

Elle dépend évidemment de l’emplacement: moins il y a de peau, plus ça fait mal. Et plus il y a de tendons et de nerfs, plus ça fait mal.

Ouch:

Le plexus (mon premier tatouage)

La clavicule

Les côtes

Les avants bras et mains (mais ça, on l’a vu, c’est exclut)

bambou-clavicule

Un tatouage en parti fait au bambou sur la clavicule, probablement une des pires combinaisons possibles

Si vous vous demandez quel endroit choisir pour votre premier tatouage, je commencerais d’abord par ceux là:

Supportable:

Bras

Epaules

Dos

Pectoraux

La douleur et la sensibilité à la douleur sont une question génétique, propre à chaque individu. Certains vont juste trouver la sensation désagréable et grincer des dents et d’autres la trouveront insupportable. (il n’y a pas de fierté mal placée ou de complexe particulier à avoir par rapport à ça)

Distinguez aussi les contours et le remplissage: lors de mon premier tatouage sur le plexus, le dessin des contours était désagréable mais complètement supportable, tandis que le remplissage, avec plusieurs aiguilles était long et atroce (imaginez un gamin de maternelle gribouiller sur votre plexus avec des aiguilles et faire plusieurs passages sur votre peau en sang).

Les deux tatouages que j’ai pu faire (à la machine et au bambou) ont toujours laissé ma peau en sang. Théoriquement, ça ne doit pas arriver avec un très bon tatoueur qui enfoncera l’aiguille seulement dans les deux premières couches de votre peau, et jamais au délà, ce qui reste loin des vaisseaux sanguins.

Mes pires douleurs ont de loin été pendant le tatouage au bambou, vu que la profondeur à chaque coup avec ce type d’instrument est ultra approximative.

Il n’y a pas vraiment de moyen d’alléger la douleur (les crèmes vraiment efficaces n’existent pas). Il faut juste mieux arriver en forme et l’estomac bien rempli.

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Avec quel instrument ?

J’aurais bien fait une partie entière dessus mais au final tous les tatoueurs en France proposent la machine (et je vous parlerai plus en détails du bambou lundi).

La machine

La méthode classique utilisée pour 99% des tatouages (un chiffre à peine balancé au pif): elle permet d’aller assez vite et de vous faire les ombres et les couleurs.

En fonction des endroits, ce n’est généralement pas trop douloureux.

Par contre, si vous vous aventurez à faire un dessin ultra rempli et chargé en ombre et en couleurs dans une zone sensible, attendez vous à en baver (un remplissage d’ombre sur le plexus avait prit 2H).

Voici un joli aperçu (ça a l’air déjà un peu gore vu comme ça, mais dites vous que ça c’est la méthode soft):

Le bambou

Il s’agissait d’une méthode traditionnelle en Asie du Sud-Est (et probablement ailleurs dans le monde) pour se faire tatouer des tatouages de protection sacrés.

Tout est humain contrairement à la machine.

Je m’explique: avc la machine, l’aiguille va s’enfoncer plein de fois dans votre peau, à profondeur à peu près régulière (et moindre). C’est assez mécanique et on s’y habitue vite. (la vraie douleur vient avec le fameux coloriage qui fait intervenir généralement trois aiguilles en même temps)

Avec le bambou chaque pression sur votre peau représente un point, et le but est de représenter un dessin qui n’ait pas l’air en pointillé mais en traits pleins.

Mais chaque point est donc soumis au skill de votre tatoueur qui doit aller manuellement pile à la bonne profondeur pour ne pas vous faire mal ou vous saigner à blanc.

Et laissez moi vous dire que, même pour un tatoueur hors pair, le challenge reste entier et qu’il se loupera bien une fois sur 20 (ce qui fait à peu près toutes les 20 secondes donc).

Evidemment, pas d’ombre ni de couleurs ici.

Bref, ça fait ultra mal, mais le rendu est vraiment différent d’un tatouage à la machine. Le jeu en vaut la chandelle mais c’est surtout la tradition autour qui est vraiment intéressante.

Une vidéo sur le sujet arrive demain 🙂

bambou-tatouage

A noter que le tatouage au bambou ne se fait plus vraiment au bambou mais avec une tige métallique (ce qui à mon avis ne fait pas beaucoup moins mal)

 

(pour info ces tatouages étaient surtout réservés aux bonzes, qui sont eux maintenant passés à la machine)

Après: l’entretien

Pour entretenir votre tatouage avec toutes les précautions qu’il mérite, voyez le comme une blessure que vous devez aider à cicatriser.

Le bépanthène sera votre meilleur ami: vous devez graisser en permanence votre tatouage pour éviter qu’il se déssèche dans les prochains jours. Laissez aussi la peau à l’air libre pour faciliter la cicatrisation.

Le soleil est à éviter absolument. Pourquoi ? Car la peau qui pèle quelque jour après un tatouage fera aussi partir le motif 🙂 Et l’encre du tatouage a tendance à verdir au contact du soleil.

Evitez aussi la transpiration: ce n’est pas très grave d’avoir un coup de chaud dans le métro en ce moment mais il vaut par contre mieux éviter les gros efforts physiques.

Vous pourrez aussi tirer une croix sur la piscine, les bains et le sauna

II Les types de tatouage

(nb: ceci n’est qu’un aperçu rapide des différents types de tatouages et sur leur pérennité en société, nous n’entrerons pas en détails sur leur signification).

On entre dans le vif du sujet: effectivement, tous les goûts sont dans la nature et un tatouage est censé refléter vos passions.

Vous êtes libre de vos choix, mais comprenez bien que plus un tatouage fait référence à une culture de niche ou une culture éphémère, plus il sera difficile à expliquer et à assumer après.

Par contre tous les tatouages ne sont pas égaux en terme de perennité: se faire tatouer Jon Snow sur le torse sera bien plus difficile à présenter à vos petits enfants qu’un symbole rock, ou même bouddhiste.

Plus un mouvement culturel (ou religieux) dure longtemps, plus il s’agit d’un investissement sage en terme de tatouages (mais ce n’est pas une raison pour vous faire un tatouage ultra générique si ce mouvement là ne vous parle pas du tout).

Les tatouages modernes

Les tatouages biomécaniques et cybernetique, très japonisants et sortis tout droit de la culture steam punk sont difficiles à critiquer tant ils ont l’air cool. Mais ils seront tout de même mon premier exemple pour vous montrer qu’un tatouage peut être à la fois stylé mais aussi dangeureusement éphémère. Car je ne donne malheureusement pas très cher de cette niche culturelle d’ici une vingtaine d’années.

tatouage-mecanique

Un très beau tatouage, mais pas forcément le meilleur exemple de longévité

Les tatouages de mouvements old school 

On touche à des références plus mainstream: beaucup de tatouages oldschool font référence à l’univers du rock’n’roll, que ça soit la pinup ou l’ancre.

tatouage-rock-pinup

Pas trop mon truc, mais une culture un peu plus mainstream et donc un tatouage un peu plus accessible.

Les tatouages traditionnels grand public

Le mot traditionnel évoque davantage des mouvements culturels ou religieux millénaires, ou au moins séculaires.

Vous connaissez déjà les plus connus, rendus tristement célèbres par des goûts douteux et des choix sans vraie conviction: les tatouages tribaux et les tatouages chinois (les dragons et toutes ses variantes possibles et imaginables).

C’est probablement un des pires choix possible à faire, à moins que vous ayez passés des années en immersion totale chez les Maoris.

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Autant le premier est tristement classique, autant le second est déjà plus original. Toujours est il que ça n’a aucun intérêt d’en faire si on n’a pas de véritable attachement à cette culture tribale polynésienne.

Les tatouages chinois et japonais

Leurs esthétiques sont très semblabes: souvent des scènes de batailles, de samouraï et de dragons. Ils sont aussi ultra travaillés avec des myriades d’ombres et de couleurs.

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Pour les Yakuzas, le tatouage sert à montrer sa loyauté au gang.

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Un fan du jeu vidéo Yakuza s’est fait exactement le même tatouage qu’un des héros: une perception culturelle -un peu- différente 

Par contre, ils sont culturellement plus réservés aux gangs chinois ou japonais, et le dragon comme on en voit si souvent n’a donc pas grand sens.

Les tatouages sacrés

En temps de guerre en Asie du Sud Est, on ne considérait pas que la protection physique d’une armure. D’une part car il faisait bien trop chaud pour envisager une cotte de maille massive comme ça pouvait être le cas en Europe, car les armes étaient plus légères et demandaient plus de mobilités.

On comptait aussi et surtout sur la protection divine et spirituelle et celle ci se concrétisait forcément par un tatouage.

Hormis le cadre guerrier, le tatouage traditionnel (Sak Yant) qu’on retrouve en Thailande et au Cambodge représente toujours un dieu de la mythologie hindou, qu’on choisi en fonction des bénéfices qu’on veut en tirer.

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Je trouve honnêtement ces tatouages superbes, et ils ont le mérite d’avoir une vraie signification: vous en apprendrez un peu plus lundi soir, avec une petite surprise sur la page facebook dès lundi.

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  • I.D.

    Papier très instructif et documenté, merci. A ce propos, je ne peux que conseiller « Histoire illustrée du Tatouage à travers le monde » de Maarten Hesselt van Dinter pour prolonger la chose. Ce dernier a voyagé d’un continent à l’autre pour mettre en lumière la culture du tatouage.

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