CREER UNE CRAVATE DE A A Z: DU DESSIN DU MOTIF JUSQU’A LA CONFECTION (EXEMPLE DE BARYE PARIS)

Disclaimer: Voici un article qui sort un peu du lot aujourd’hui. J’avais rencontré les fondateurs de Barye Paris il y a de ça quelques mois pour voir leur première collection.
Il s’agit de cravates très fortes, pas forcément faciles à porter et surtout adaptées aux occasions, ou aux tenues habillées avec un gros twist assumé. Même si l’essentiel de JamaisVulgaire se concentre sur les basiques faciles à porter, il ne faut pas non plus oublier de traiter des pièces moins accessibles et surtout consacrées à des occasions spéciales: c’était donc l’occasion de le faire ici.

J’ai choisi de le faire avec cette marque car elle va au bout de sa démarche d’originalité en allant jusqu’à créer ses motifs (ce qui m’a en plus beaucoup surprit car il s’agit pour le moment d’une toute petite structure).  C’était donc l’opportunité parfaite pour vous parler de pièces fortes, en détaillant en plus le processus de création jusqu’au bout.

Le format de l’article est donc un peu différent de d’habitude (étant donné qu’il a été rédigé par les créateurs de la marque) mais il tâche le plus possible de présenter la marque et le processus de création avec recul et objectivité.

Valéry

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Modèle regimental «Dahlia » – Barye Paris

La particularité de Barye est de réveiller les codes traditionnels en proposant ses propres motifs, maîtrisant de fait l’ensemble du processus de création puis de fabrication. On vous explique pourquoi et comment.

Le dessin

Tandis que les tisserands fabriquent leurs étoffes en choisissant parmi les archives de motifs – entre autres – de pois, rayures, blasons ou autre motif Paisley, les créateurs de Barye Paris ont imaginé et dessiné chacun de leurs modèles. C’est d’ailleurs la raison d’être de leur projet, mûri depuis plusieurs années. Si le savoir-faire et les techniques sont un héritage, les dessins, eux, sont tout ce qu’il y a de plus neufs et originaux. La première étape – et la plus longue et toujours à quatre mains – est celle de la recherche d’inspirations et la documentation, jusqu’aux premiers essais dans un carnet de croquis.

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article-barye-paris-confection-motif-cravates-7Des premières esquisses au motif final. Modèle Paisley « Papillon »- Barye Paris

Des centaines peut-être, parmi lesquels il aura fallu choisir. Puis les formes et les couleurs se précisent. Avec l’aide d’illustratrices textiles, spécialistes du placement des motifs, les dessins finaux sont enfin prêts. Six d’entre eux sont retenus pour la première collection, inspirée de la flânerie estivale, dans les allées d’un jardin botanique.

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LES MATIERES

S’agissant surtout de modèles estivaux pour leur première collection, c’est de la soie qui a été choisie, et non du coton ou du lin comme cela est souvent le cas pour des cravates d’été.

Concernant la triplure, cette bande de tissu à l’intérieur de la cravate qui lui donne sa tenue et son galbe (sa main), la tradition veut qu’elle soit en laine, la perfection veut qu’elle ait deux faces, l’une « grattée » l’autre « tissée » pour éviter à la cravate de tourner sur elle-même.

L’IMPRESSION DES MOTIFS

Qui dit dessins orignaux, sous-entend un tissage sur-mesure (grenadine, jacquard, tricot, sergé…) et dans le cas de Barye, l’impression sur soie. L’étape du tissage est évidemment cruciale, puisque qu’elle va déterminer la qualité de la matière, son aspect et donc le style de la cravate.

Le rendu visuel et la densité seront ainsi totalement différents si la méthode utilisée est celle de l’impression sur un tissu uni (comme les fameux « carrés » en soie d’Hermès), ou le tissage jacquard (préféré par le cravatier napolitain Marinella).

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Un des fameux carrés Hermès

article-barye-paris-confection-motif-cravates-marinellaLes cravates Marinella

Ici, la difficulté est d’obtenir un maximum de minutie dans les traits et les couleurs, pour rendre fidèlement les plus petits détails.
Pour Barye, il aura fallu définir sur place avec l’imprimeur textile, chaque nuance de couleurs parmi les centaines de teintes proposées. A l’attention des puristes de la colorimétrie et de ses subtilités, il faut savoir que tous les imprimeurs n’ont pas le même choix, chacun n’offrant pas le même panel.

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LA CONFECTION

Les tissus sont ensuite acheminés vers le lieu où les cravates prendront forme, entre les mains expertes des couturières du dernier atelier parisien consacré à la cravate. Dans le cas de Barye Paris on trouve essentiellement des modèles trois plis et à la demande des pièces sept plis.

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Cravate 7 plis, modèle « Pélican » – Barye Paris

Les couturières commencent leur travail en plaçant le patron selon l’axe des motifs et la trame du tissu, avant de découper les 3 pans de matières nécessaires à la fabrication.

Il existe plusieurs types de patron, plus ou moins larges et évasés, avec une pointe en triangle ou carrée. La plupart des cravates classiques sont d’une largeur de 8,5 cm, et ont une forme dite « bouteille ». Dans les années 80, la mode était aux formes extra-larges, jusqu’à 12 cm ou plus, tandis que ces dernières années se nouaient bien plus de cravates « slim ».

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La couture intervient après avoir placé la triplure à l’intérieur du pliage (en général 3 plis) et l’assemblage des trois pans (le plus petit étant placé au niveau du cou).

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Les cravates les plus haut-de-gamme se reconnaissent notamment par la présence du fil de réserve (ou fil d’aisance), qui permet à la cravate de retrouver sa forme initiale après avoir été nouée et dénouée. Repérer ce détail permet d’ailleurs de vérifier que la pièce a été réalisée à la main.

En terme de finition, les cravates sont doublées sur la pointe ou roulotées à la main. Le « bourdon » est ensuite cousu pour sceller la fermeture. La touche finale est l’ajout d’un passant pour maintenir le petit pan, et la pose de l’étiquette (celle-ci faisant d’ailleurs parfois office de passant).
Barye a pris le parti de ne pas mettre de passant, laissant libre le petit pan. L’étiquette joue en revanche le rôle d’un « range-pince », lorsque celle-ci n’est plus utile à son propriétaire, ou que les circonstances exigent un look plus détendu.

article-barye-paris-confection-motif-cravates-6Modèle « Sumac »

Voici donc un aperçu de la fabrication d’une cravate en soie Barye, du dessin à l’assemblage.
Vous l’aurez compris, il existe diverses méthodes de réalisation selon le style recherché, mais les grandes étapes et certaines règles de confection relevant de l’artisanat, sont à respecter pour obtenir les plus belles cravates.

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Modèle « Zucchini »
Collection « Planten un Blomen » de Barye Paris – www.maisonbarye.fr

Exemples de style (par Valéry)

Pour terminer, voici quelques photos tirées de l’Instagram de la marque, pour se faire un meilleur aperçu de la manière de porter ces cravates plutôt originales. Ce sont des tenues qui sortent vraiment des sentiers battus, avec des assortiments très forts  mais qui au final respectent bien les codes: ce sont simplement des styles qu’on porte dans des occasions plus rares.

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La combinaison costume business et cravate club est d’habitude ultra codifiée et formelle: elle est ici plutôt bien détournée avec un panel de couleurs original et un habile jeu sur les proportions (en particulier les proportions des rayures qui sont plutôt étonnantes).  Par contre, ce n’est clairement pas une tenue basique à porter dans n’importe quelle occasion et il faut clairement maîtriser son sujet pour ne pas tomber dans le cliché d’un vieux mafieux.

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Idem ici, la tenue est bien exécutée et la cravate, aussi originale soit-elle, s’insère sans soucis vu que tout est cohérent entre le costume croisé ultra estival et le panama. Par contre, il faut encore trouver l’occasion parfaite (et j’ai du mal à voir autre chose ici qu’un mariage) tant il peut être facile de tomber dans le cliché du gangster cubain.

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Belle manière de porter du seersucker ici avec une tenue relativement riche pour un registre estival: on arrive bien à jouer avec les rayures du gilet et du costume en seersucker étant donné qu’on a des dimensions très différentes. Si les couleurs de la chemise et de la veste sont plutôt neutres, le gilet et la cravate apportent un peu plus de consistance et permettent de ne pas avoir un ensemble clair trop uniforme. Le seersucker, la soie et la popeline de coton permettent également d’avoir pile ce qu’il faut en terme de contraste de matières.

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