MONSIEUR LONDON : UNE SELECTION DES MEILLEURS SAVOIRS-FAIRE

Maison London : Test de la cravate en lin, de la pochette et des boutons de manchette.

Deuxième article de test sur les accessoires: on s’intéresse cette fois-ci à Monsieur London, dont le pari est de réunir en une marque des accessoires durables, confectionnés par les meilleurs spécialistes. Il ne s’agit cependant pas d’oublier le légendaire flegme du gentleman et on y rajoute donc évidemment une bonne dose d’originalité française pour se démarquer des marques britanniques plus rigides.

Vous trouverez dans cet article une présentation de la marque et plusieurs produits testés sur les collections 2015 et 2016.

I Monsieur London : concept et histoire

Valentin Goux et Thibault Fulchiron étaient encore il y a 4 ans journaliste politique et consultant en changement. Un peu las de leur travail et à la recherche de nouveaux horizons, ils démissionnent et entreprennent un long voyage d’introspection, qui ne s’est pas fait à moitié puisqu’il s’agissait d’une randonnée depuis l’Alaska jusque l »Argentine.

C’est en Colombie qu’ils rencontrent un artisan qui confectionne des sacs en cuir suédé d’une qualité exceptionnelle. Tout naturellement, Thibault et Valentin, qui apprécient la qualité et une esthétique réussie, ont l’idée de partager ce savoir-faire avec le monde à travers une boutique spécialisée dans les sacs et accessoires de grande qualité.

1 Aller chercher les compétences là où elles sont

Au fur et à mesure qu’ils creusent cette idée, le concept devient de plus en plus complet: il s’agit alors de regrouper les savoirs-faire européens les plus qualifiés (qui s’ajoutent à l’artisan colombien) et les distribuer. L’idée prend d’abord forme en 2013 avec l’e-shop Monsieur London, puis se manifeste de manière plus concrète avec la boutique physique à Londres, à la Royal Opera Arcade (que la marque a récemment quitté).

Monsieur London cravate en lin bouton de manchette

Monsieur London cravate en lin bouton de manchette

Monsieur London cravate en lin bouton de manchette

(crédits photo: Creative Industry Finance)

Si le savoir-faire et la confection (généralement faite main) sont entièrement délégué aux ateliers les plus compétents), le design et le sourcing des matières est toujours pris en charge par Thibault et Valentin eux-même.

2 Le traditionnel anglais, with a twist français

« England is quite a classical country you know »: c’est ce que le tailleur londonien de Valentin et Thibault leur a répondu au fur et à mesure de leurs demandes vues là bas comme originales, voire compètement inattendues.
Il est en effet assez étonnant de voir des français s’aventurer à Londres dans la mode masculine, tant les artisans londoniens de Saville Row ou Jermyn Street, ou les bottiers de Northamptonshire semblent être la norme là bas.

Et c’est justement le pari fait par la marque: profiter de leur identité française pour apporter un twist subtil à l’austère classicisme anglais. Cela se manifeste à travers des textures originales, et des couleurs vives mais faciles à porter.

Voici une interview en anglais du Huffington Post qui vous en dira plus sur cet état d’esprit:

 

3 Le logo, à l’image de Monsieur London

Alors qu’on aurait pu s’attendre à un dandy en canne, à un monocle ou à un chapeau, les fondateurs de Monsieur London ont voulu quelque chose de moins conventionnel, mais tout de même représentatif de la marque.

C’est une vieille blague d’université qui leur fait penser au lapin, un animal qui colle bien à l’esprit bien britannique de la marque du fait des compétitions de saut de lapin locales. Il fallait ensuite donner plus de caractère à la texture et au tracé du dessin, pour le rapprocher le plus possible d’une gravure, et rappeler subtilement l’univers de la chasse.

logo-monsieur-london

 

II Une gamme riche en savoirs-faire

Nouveau: Test de la collection Printemps Ete 2016

Je fais assez rarement attention aux accessoires durant les saisons Printemps/Ete. Estimant que les cravates, boutons de manchettes et pochettes toutes saison font déjà bien suffisamment l’affaire.

C’était avant de pouvoir tester certaines pièces de la collection Monsieur London.

1 La cravate en lin à chevrons

C’est la pièce qui m’a le plus impressionnée: il s’agit d’une cravate à chevrons en lin, avec un superbe nuancier de couleurs.
Je ne savais pas qu’une texture aussi travaillée que le chevrons était possible sur ce genre de matières: le résultat est moins duveteux que de la laine ou du cachemire, et moins précieux (et brillant) que de la soie.
C’est un compromis assez juste et idéal pour porter une texture traditionnelle et travaillée,avec beaucoup de caractère, qui sont normalement réservées davantage aux matières d’hiver.

Conseils de style

Cette cravate est somme toute assez polyvalente: malgré sa texture, elle reste relativement lisse et peut donc se porter simplement avec un costume classique (ici dans un twill discret).

Pour aller plus loin et parvenir à un match parfait, je l’ai associée à une veste en lin, laine et soie de chez Blandin et Delloye. Elle est à 60% en lin donc c’est la matière qui ressort le plus (et de loin) de la pièce et sa texture riche en nuance fait bien écho à celle de la cravate.

J’ai choisi une chemise blanche Oxence avec poignets mousquetaires.

Monsieur London cravate en lin bouton de manchette

Monsieur London cravate en lin bouton de manchette

Monsieur London cravate en lin bouton de manchette

Il s’agit pour moi d’une très bonne alternative:
– à la grenadine de soie pour la texture: les chevrons donnent du caractère, prennent bien la lumière et permettent à cette cravate d’avoir assez de consistance pour pouvoir se porter toute l’année, et pas seulement l’été
– à la soie et la laine pour la matière: toutes les cravates à chevrons que j’ai vu jusqu’à présent étaient en laine (ou en laine et cachemire). L’utilisation du lin est une excellente idée car on a une matière moins rêche qui permet un motif plus précis. Le lin permet aussi d’avoir une cravate qui se porte toute l’année, alors que la laine est clairement plus hivernale.

Bref, je m’attendais à un produit d’été et plus je la porte plus je me rends compte qu’il s’agit en fait d’une excellente cravate de mi-saison.

La cravate en lin est disponible sur le site de la marque.

2 La pochette

Ce n’était pas forcément gagné pour porter facilement cette pochette en soie à motif Jungle avec ourlet roulotté. Elle est illustrée par Morgane Guerry:

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(photo issue de Monsieur London)

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Pour le pli, encore assez bordélique ici, j’ai opté pour un pli en pointe selon cette infographie: (un bon pli casual)

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J’étais un peu sceptique sur le motif, mais ça passe plutôt bien au final ici et on retient surtout une belle combinaison de couleurs bien calmée par le blanc en fond. Bref, une pochette qui se porte de manière casual avec des couleurs assez vives.

Elle est disponible ici à 42 euros. (avec un rapport qualité/prix satisfaisant et surtout une combinaison blanc-vert-jaune qui passe bien et compliquée à retrouver ailleurs).

3 Les boutons de manchette

Les boutons de manchettes impliquent forcément une chemise à poignets mousquetaires et donc un contexte formel. Ils sont du coup portés avec une chemise Oxence et un costume croisé Blandin et Delloye. J’ai opté pour des boutons de manchettes avec une forme et une texture travaillée (mais une matière un peu moins noble que sur les autres modèles disponibles puisqu’ils sont en laiton).

Il s’agissait pour moi de la paire la plus facile à porter et sans logo.

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(photo issue de Monsieur London)

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Ils sont disponibles ici à 45 euros. (difficile d’émettre un avis sur le rapport qualité/prix de boutons de manchettes, surtout quand on les mets très peu, mais je suis satisfait du travail effectué sur le laiton sur cette paire).

1 Testé: La cravate made in Ireland

Les cravates sont le plus pure résultat du savoir-faire britannique: elles sont confectionnées par Atkinsons, une manufacture irlandaise qui obtient en 1827 le fameux « Royal Warrant » (vous savez, celui de Trickers, Barbour ou encore Turnbull&Asser). Elle se spécialise ainsi dans la production de popeline royale irlandaise, qui comprend à moitié de la soie et de la laine mérinos australienne (dont les fibres sont un peu plus longues que la laine mérinos classique)). Si la matière reflète bien le classicisme britannique, la forme générale de la cravate est plus moderne, une largeur par exemple plus fine. On a ici du 6,5 cm pour trouver un juste milieu entre la cravate traditionnelle de 7,5 à 8 cm et la cravate slim de 5cm.

Le modèle Dohag m’a beaucoup rappelé les étoffes de tissu Donegal typiquement irlandaises.

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En attente d’update: les photos de tenues de la cravate par Oty arrivent très prochainement, je vous notifie sur Facebook dès que c’est en ligne !

2 Testé: Les gants confectionnés à Millau

Les gants Monsieur London sont confectionnés à Millau, une ville connue pas seulement pour son viaduc mais plutôt pour le rare talent de ses gantiers: on en comptait 12000 il y a quelques siècles, puis seulement 6000 dans les années 60 et seulement quelques petites entreprises de nos jours, misant sur le savoir-faire et travaillant souvent pour de grandes maisons.

Comme vous vous en doutez, on a ici à faire à des gants urbains. Et qui dit urbain implique une certaine finesse pour bien s’intégrer à un costume ou un pardessus habillé (avec lesquels on ne portera forcément pas des énormes gants de ski).

Pour répondre à cette exigence, tout en maintenant une chaleur suffisante pour la rigueur de l’hiver, il fallait des matières aptes à isoler et conserver le mieux possible la chaleur: Monsieur London a donc opté pour un cuir d’agneau pleine fleur ultra doux et pour une doublure en soie (qui est un excellent régulateur thermique). Un rapport chaleur/épaisseur idéal.

Autre avantage de gants peu épais: un bien meilleur toucher et l’impression de ne rien porter.

Ces gants Braguelonne sont disponibles dans trois couleurs différentes: marron, noir et prune. Si les deux premiers sont des choix absolument sans risques, j’ai ici choisi les gants prune pour les porter avec des couleurs simples (gris, bleu marine).

La veste joue sur la texture, la chemise et le cardigan sur les motifs, et les gants apportent une touche finale avec une couleur plus originale.

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Les points de couture sont proches des bords du cuir

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Des points de couture serrés et bien réguliers

Gants-Bragelonne-Prune-Monsieur-London

Gants-Bragelonne-Prune-Monsieur-London

La doublure est fixée avec soin, et va bien jusqu’au bout des doigts

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La couture qui relie la doublure en soie au gant est un point sellier: elle permet un fil plus fin et est plus élégante

A 185 euros la paire, je vous vois venir pour le prix, et pourtant au vu du travail effectué, cette paire de gants est l’une des plus accessibles que j’ai pu voir:

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le dolage: doler la peau signifie égaliser son épaisseur et l’assouplir afin d’unifier sa fleur

– étirer la peau: on le fait de manière la plus naturelle possible , dans le sens de la colonne vertébrale de l’animal (faire le dos rond est par exemple une des manières la plus naturelle d’étirer votre peau)

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on découpe ensuite la peau suivant le patron, puis on le coud et y adjoint la doublure

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-le gant est ensuite porté par une main chaude pour le lisser

3 Les autres produits phare: les sacs en cuir et les chapeaux

a Les sacs en cuir, les débuts de la collection

C’est en découvrant à Bogota des sacs faciles à utiliser, pratiques, robustes et surtout sobres et sans marques apparentes que Valentin et Thibault ont eut cette envie de ramener en Europe ces accessoires basiques mais élégants et durables.
Les sacs Monsieur London sont un peu la pièce de leur collection qui divise le plus, notamment à cause de leur prix. Et pour cause, le modèle le plus cher est à  1300 euros, ce qui rebutera la plupart d’entre nous.

Et pourtant, on peut dire que malgré un tel prix, le sac est quasiment donné au vu de la main d’oeuvre et de la matière première.

La main d’oeuvre

Ce sac aura demandé 70 heures de travail, réalisées par un artisan qualifié de Bogota. Je vous vois d’ici venir à l’évocation de Bogota.

« C’est fait en Colombie, donc la main d’oeuvre n’est pas chère non ? « 

D’une part, la Colombie est loin d’être un pays si cheap que ça: certes ça reste moins cher que la France, mais ça l’est bien plus que par exemple l’Asie du Sud-Est.
Ensuite, on ne parle pas d’un travail à la chaîne sans aucune compétence derrière mais plutôt d’un artisan expérimenté, ayant passé des dizaines d’années dans la maroquinerie, et qui fera tout lui-même à la main. Et une telle qualification, forcément ça se paie, surtout sur 70 heures de travail (soit quasiment deux semaines, à raisons de 8 heures par jour).

La matière première

Je l’ignorais, mais l’Amérique du Sud est une destination de choix pour du cuir de qualité: c’est à Bogota, dans le quartier des tanneries de Restrepo, qu’on trouve des cuirs de vache au tannage végétal ou minéral. Après une sélection rigoureuse, elles sont coupées, percées puis cousues.

On y adjoint une doublure en daim en peau de chèvre.

Une vidéo des artisans de chez Restrepo Leather montre précisément le processus.

Je vous invite à jeter un oeil aux produits de cette marque, très similaires à ce que proposent Thibault et Valentin: vous vous apercevrez que Monsieur London marge vraiment très peu, surtout si on prends en compte les frais de port et le taux actuel de l’euro et du dollar.

Un petit aperçu du sac Baranquillo, le fameux à 1380 euros:

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b Le chapeau, la pièce de caractère

Le chapeau était au début du siècle conçu pour protéger l’homme des éléments. C’est la voiture qui contribue progressivement à sa disparition. Pourquoi ? Car non seulement elle rend sa fonction utilitaire complètement obsolète. En plus, elle rend le port du chapeau désagréable voire carrément impossible à cause de toits trop bas, qui permettent à peine d’y rentrer une tête nue.

C’est ce qui a signé le déclin de la chapellerie de l’Aude, autrefois une place forte de cet artisanat, renommée au niveau mondiale au même titre que les chapeaux américains et italiens.
Cette région au savoir-faire pointu confectionne de nos jours les chapeaux Monsieur London.

Ce type de bonnet en feutre est hyper polyvalent et se portera facilement toute l’année, ils sont particulièrement adaptés aux visages fins .

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Monsieur London a d’ailleurs été très inspiré de Downtown Abbey:

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Aller plus loin

Une cravate et une paire de gants au choix seront à gagner prochainement, avec également des lots de chez Atelier Particulier: le concours sera ouvert dès dimanche soir et ce pour une semaine.

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  • Cyril

    Bonjour Valery,

    Je n’ai pas trouvé le concours dont tu parles, c’est normal?

    • jamaisvulgaire

      Il date malheureusement de 2015…

  • Thomas

    Bonjour Valery,

    Monsieur London semble ne plus vendre de gants. A tu d’autre marque à me conseiller pour trouver des gants dans le même style?

    • jamaisvulgaire

      Omega Guanti sur Zampa di Gallina ou Atelier Particulier.

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